Impact du Covid-19 : « la catastrophe » dans les agences de voyage, hôtels et restaurants

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Conakry, Guinée : l’impact de la pandémie du covid-19 sur les activités économiques dans le monde est plus qu’une réalité. Dans les grands hôtels, restaurants et agences de voyage de Conakry, « c’est la catastrophe », reconnaissent plusieurs acteurs du secteur

Mme Norma Khazem est la directrice de « Ambassador Voyages », une agence de voyage dont la majorité de la clientèle est tournée vers la Chine et le Liban. En 25 ans d’expériences dans son secteur, Mme Norma dit n’avoir vécu une situation aussi délicate

« Jamais dans ma vie, on a connu une telle situation…Même pendant la pire période de l’épidémie Ebola-2014-2016-, la moitié du personnel n’est restée à la maison. ça fait beaucoup peur » confie à Guineetime la directrice d’Ambassador Voyages.

MmeNorma Khazem, Directrice d’Ambassador Voyages

« Il y a peu d’espoir de recouvrer les mois prochains….On ne sait jamais ce qui va se passer demain et ça, c’est pour tout le monde » poursuit-elle.

A Conakry, c’est un secret de polichinelle. Beaucoup d’agences de voyages, qui opéraient déjà dans un secteur fortement concurrentiel pour un marché très rétréci, ferment. C’est le même scénario dans les grands hôtels de la place

« C’est une période catastrophique pour le secteur… La grande partie des hôtels de 4 à 5 étoiles -ce ne sont pas les Guinéens qui y viennent- mettent les travailleurs en congés. Beaucoup préparent des congés techniques. Des hôtels du second plan, ont déjà fermé. Si ça ne change pas, ils vont tous fermer » reconnait Jacques Théa, président de la Fédération patronale du tourisme et de l’Hôtellerie dont sont membres les agences de voyage.

Du mois de février à nos jours, en dépit de la baisse des activités économiques marquées par les fermetures de frontières ainsi que des aéroports de par le monde, les charges fixes de ces établissements du secteur de l’Hotellerie et du tourisme n’ont pas varié, loin s’en faut.

« La directrice a payé sur fonds propres les salaires de ce mois« , révèle Diassy, le caissier chez Ambassador Voyages.

Les « pertes sont énormes » reconnait Mme Norma Khazem. « Nous sommes touchés depuis février mais ce mois de mars sera encore plus éprouvant« . Elle évalue ses pertes à près de 25 000 dollars américains par mois.

Ambassador Voyages qui ne fait que la vente des billets, se dit éprouvée par l’arrêt des vols des compagnies de l’Afrique de l’Ouest, d’Air France et celles qui font la liaison avec la Chine mais aussi par la fermeture de l’aéroport de Conakry Gbessia.

Le président Thea Jacques, en compagnie d’une collègue de la FEPATOUR

La FEPATOUR, inquiète par l’impasse liée au covid-19 dans ce secteur, a déjà alerté le ministère en charge de l’Hôtellerie et du Tourisme. Elle va déposer également au près du ministre un mémorandum à l’intention du gouvernement.

« En tant que fédération,nous voulons un accompagnement si l’Etat ne souhaite pas voir la fermeture des établissements. Fermer un hôtel, une agence de voyage et vouloir les rouvrir après est tellement coûteux que beaucoup n’essayeront même pas » plaide le président de la FEPATOUR.

Pour lui, ces opérateurs économiques doivent être soutenus par l’Etat en ce qui concerne les charges fixes.

La FEPATOUR espère, comme au temps d’Ebola, que les services des impôts, l’EDG, la SEG soient très cléments vis-à-vis des acteurs de ce secteur, frappé de plein fouet par les conséquences de la pandémie du covid-19.

« Tous les acteurs veulent rencontrer le Chef de l’Etat, Pr Alpha Condé, c’est lui seul qui a la voix, la vraie décision sinon l’économie guinéenne sera fortement touchée » plaide le président de la FEPATOUR qui craint des pertes d’emplois dans le secteur.

Selon la Banque Mondiale à travers une analyse d’IFC, « les dommages sont déjà tangibles : avec l’annulation des événements publics et les consignes de distanciation sociale, les secteurs du voyage et du tourisme voient la demande s’effondrer ; les industriels opérant dans les chaînes d’approvisionnement mondiales connaissent de graves perturbations ; et certaines entreprises, déjà à court de liquidités, doivent réduire leur activité et licencier des salariés. Les tensions sont particulièrement fortes pour les micro, petites et moyennes entreprises, qui disposent en général de moins de ressources pour assurer leur fonctionnement au quotidien que les entreprises de plus grande taille, et qui sont donc plus exposées aux chocs internationaux. »

Pour les analystes de la Banque mondiale, il est important de protéger les acteurs du secteur privé en dépit de la pandémie.

« Le coût de cette pandémie se chiffre en vies humaines, mais ses répercussions sur les économies et les niveaux de vie vont probablement perdurer au-delà de la phase d’urgence sanitaire. En faisant en sorte que nos clients soient en mesure de maintenir leurs activités pendant cette période, il s’agit d’aider le secteur privé dans le monde en développement à se renforcer pour contribuer à un redressement économique plus rapide », souligne Philippe Le Houérou, directeur général d’IFC.

« Ce qui permettra alors aux populations vulnérables de recouvrer plus facilement leurs moyens de subsistance et de continuer à investir à l’avenir. »

L’objectif d’IFC est d’exploiter le potentiel du secteur privé pour améliorer les conditions de vie dans les pays en développement. Le maintien de l’activité des entreprises privées en période de crise est vital, dans la mesure où ces organisations sont les principales pourvoyeuses d’emplois dans les économies en développement.

L’expérience acquise en 2008 lors de la crise financière mondiale, puis avec l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, démontre à quel point il est important de préserver la solvabilité des entreprises pour sauver des emplois et limiter les pertes économiques.

Ama Coronthie