Propos haineux : Ce que pense l’OGDH (Entretien)

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Conakry-Guinée : Ce jeudi 8 octobre, suite aux inquiétudes exprimées de l’ONU à l’approche de la présidentielle du 18 octobre en Guinée, notre rédaction a joint le président de l’OGDH (Organisation Guinéenne de Défense de Droits de l’Homme et du Citoyen), Abdoul Gadiri Diallo, pour parler de cette actualité, mais aussi pour parler de plusieurs autres actualités sociales et politiques du pays. Il soutient que cette déclaration de l’ONU vient au moment opportun.

Nous vous proposons l’intégralité de cet entretien. Lisez !

Guineetime.info : Que pensez-vous de la déclaration de l’ONU ?

M. Abdoul Gadiri Diallo : C’est une déclaration vient au moment opportun dans la mesure où nous avons été témoin d’un certains nombres de propos qui ont été tenus par certains candidats et qui ne sont pas de nature à créer des conditions d’une élection apaisée. Si aujourd’hui le bureau des Nations Unies chargé des Droits de l’Homme emboite notre pas à travers la première responsable, Michelle Bachelet, pour inviter les acteurs politiques à éviter tout discours de haine, tout discours qui conduirait à la violence, je crois qu’il faut surtout apprécier cette démarche. Pourquoi ? Parce que certains medias d’Etat avaient commencé à relayer des messages qui étaient extrêmement dangereux et qui rappelait un peu les discours de la Radio Milles Collines au Rwanda. Et quand c’est Michelle Bachelet elle-même qui crie le holà, je crois cela doit rappeler les candidats à l’ordre. Nous avons vu ce qui s’est passé à Labé et à Dalaba, et nous avons vu les conséquences de cela, notamment à Faranah, Kankan et ailleurs. Il y a eu mort d’homme. A qui cela peut profiter cette mort-là ? Est-ce que les futurs dirigeants veulent gouverner sur des cadavres ? C’est bien à tout cela qu’il est important que chacun mette un peu d’eau dans son vin et qu’on parvient cette fois-ci à avoir une élection civilisée et une campagne électorale civilisée.

Pensez-vous que les candidats à cette élection accepteront cet appel de l’ONU ?

Il faut qu’ils entendent parce que s’ils n’entendent pas, nous sommes-là pour ébranler la machine judiciaire. Et aujourd’hui, si les Dadis (Chef de la junte militaire en 2008 ndlr) sont sous le coup de la justice, c’est parce qu’à un moment donné, ils avaient adopté un comportement qui ont conduit à ce qu’on a connu le 28 Septembre 2009. Alors, ce n’est pas exclu que si les gens ne s’abstiennent pas de  tenir les discours haineux et que cela conduise à de crimes impardonnables, qu’on les interpelle.  Donc, ils ont intérêt à attendre l’appel, à surtout écouter les sirènes qui les orientent vers l’apaisement.

Le Président Alpha Condé a, dans une récente sortie médiatique, souligné qu’il n’accorde pas du crédit au rapport fait par les organisations internationales sur les violations des droits de l’homme en Guinée. Parce que selon lui, elles mettent en charge l’Etat guinéen dans ces différents rapports. Pensez-vous que le Président Alpha Condé a tort de réagir ainsi ou ce sont ces organisations qui ne font pas bien leurs enquêtes ?

Les organisations des Droits de l’Homme sont toujours traitées de ceci ou de cela selon qu’à l’avantage du pouvoir ou à des personnes épinglées. Amnesty Internationale fait partie des organisations qui avaient soutenu le Président Alpha Condé quand il était en prison. Si à l’époque, il a accordé du crédit aux déclarations et aux prises de position d’Amnesty Internationale et qu’aujourd’hui, il dit qu’il n’apporte pas du crédit à ce que cette organisation déclare, imaginez un peu ce que cela fait. Est-ce que c’est parce qu’aujourd’hui c’est lui qui est épinglé qu’il met en doute le sérieux d’Amnesty Internationale ? Alors que quand il était à l’époque la victime et que c’est le gouvernement de Lansana Conté qui était épinglé à l’époque, il ne pouvait pas le dire.

Alors pour vous que doit être la solution à cela ?

Moi, je crois que tout cela à une solution et la solution la plus banale, c’est d’éviter de commettre les violations de droits de l’Homme qui amènent les organisations de défense de droits de l’Homme à prendre position. Il ne s’agit pas de dire telle organisation est sérieuse ou  telle autre n’est pas sérieuse. Que telle est crédible, telle ne l’est pas. Faisons en sorte qu’on ne parle pas de la Guinée dans le mauvais sens. Qu’Amnesty International soit crédible ou pas, il n’a fait que son travail. Pourquoi faut-il qu’on soit toujours sur la défensive pour justifier ? Prévenons pour qu’on ne parle pas mal de nous.

Entretien réalisé par Moise Rama Fils