A Bouaké, N’Gattakro raconte la paupérisation de l’ancien fief de la rébellion en Côte d’Ivoire

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« Comment mon quartier a changé sous Ouattara » (3/5). Après des années de crises, la classe moyenne supérieure a déserté cette zone résidentielle de la deuxième ville du pays.

Sous une pluie battante, Emile Koffi Brou, géographe à l’université de Bouaké, sillonne en voiture la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Çà et là, des maisons d’anciens cadres ou expatriés, vidées de leurs habitants d’origine, sont désormais squattées par une population plus modeste. Un peu plus loin, une route en construction ou le chantier de rénovation du grand marché de la ville donnent le léger sentiment que les affaires reprennent. Et puis, au centre, « le lieu qui résume tout », selon son collègue sociologue Séverin Kouamé : N’Gattakro, une zone résidentielle qu’il définit comme « le miroir aux alouettes de Bouaké ». « Ici rien n’avance, on stagne », complète le géographe, spécialisé dans l’aménagement du territoire et collaborateur d’un ouvrage sur l’évolution de la ville.

De prime abord, ce quartier, qui fut l’un des premiers villages historiques de Bouaké, fait bonne impression. Les travaux avancent en vue d’une réhabilitation du stade de la Paix, qui pourra accueillir jusqu’à 40 000 spectateurs lors de la Coupe d’Afrique des nations 2023. De quoi attirer aux alentours les commerces, maquis et restaurants. « Ce stade, c’est notre dernier espoir », lance Olivia, vendeuse d’arachides, habituée à faire recette les soirs de match des Eléphants. En face, deux beaux établissements parmi les plus appréciés de la ville ont tenu bon : l’hôtel du Stade, très fréquenté par les hommes d’affaires ivoiriens, et l’école catholique Saint-Viateur, l’une des plus vieilles et plus réputées de Bouaké. Voilà pour la vitrine.

Mais en grattant un peu, au-delà des grands axes, le goudron disparaît. « Regardez ! Avec la pluie ce n’est pas une rue qui descend, c’est un cours d’eau », souffle le professeur Brou. En quelques voies de terre, N’Gattakro raconte la paupérisation d’une cité qui n’a pas réussi à redémarrer après des années de crises et qui ne parvient plus à se défaire de son étiquette de ville dangereuse et rebelle.

« La population a beaucoup changé »

Pourtant, il fut un temps où Bouaké était attractive. Les maisons, fatiguées mais toujours belles, et quelques rangées de pavillons évoquent l’espoir suscité jadis par cette partie de la ville. Depuis, la classe moyenne supérieure s’en est allée, laissant la place à des foyers moins aisés, quitte à brader les prix. « Avant, c’était vraiment un beau quartier avec de riches propriétaires, mais ils ont tous déserté », remarque Sonia Koffi, la fille du pasteur local. La façade de sa propre villa familiale se décrépit depuis plusieurs années « à cause des fortes pluies », explique l’étudiante, sans qu’un coup de jeune puisse y être apporté. Dans une rue proche, le salon d’une jolie demeure n’a pour seuls meubles que trois fauteuils et un petit écran plat. « Nous n’avons pas les moyens de faire plus », confesse la locataire des lieux.

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