Au Sahel, « très difficile de faire de la distanciation » dans les camps de réfugiés

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Aucun cas n’a pour l’heure été déclaré officiellement parmi les déplacés au Mali, au Burkina et au Niger, mais les gestes barrières s’avèrent très difficiles à mettre en œuvre.

« Si on a le coronavirus au camp, ça va être une catastrophe. » Hamadoun Boukary Barry s’alarme à l’idée que le Covid-19 s’insinue dans le camp de Bamako, où lui et 23 membres de sa famille vivent depuis qu’ils ont fui la guerre. Ce grand-père à la barbe blanche et au large boubou, qui a fui la région de Bankass (centre) avec les siens il y a un an, a des raisons de s’inquiéter : les camps de réfugiés et de personnes déplacées par les conflits ou les persécutions accueillent parmi les populations les plus vulnérables de la planète. A fortiori ici, au Sahel, dans l’une des régions les plus pauvres du monde.

«Regardez, on dort tous là », dit-il en montrant l’entrée de sa tente. A l’intérieur, un seul matelas et quelques casseroles. « Imaginez si une personne de la famille l’attrape. »

ls sont, comme lui, un million à avoir dû tout quitter sous l’effet de la crise profonde qui agite le Sahel central depuis huit ans. Des groupes djihadistes y sèment la terreur. Ils se sont d’abord mêlés à des rebellions préexistantes dans le nord du Mali, puis ont évincé les indépendantistes et se sont implantés au Burkina Faso et au Niger voisins. Ils embrigadent sur le terreau fertile du sentiment d’abandon, répandu dans certaines ethnies, de l’impuissance et des exactions imputées à des armées faibles. Le banditisme et les éruptions de violence entre communautés alimentent le cycle de la terreur.

« Utilisez votre turban ! »

Les civils n’ont d’autre choix que de prendre la route pour se réfugier dans les villes avoisinantes ou passer la frontière, si elle est proche. Ils vivent dans des camps de fortune, dépendant des aides. L’eau est rare, les moyens sanitaires limités, la nourriture arrive par lots. Le coronavirus, « c’est un défi de plus, et beaucoup n’arrivent pas à comprendre ce que c’est », s’alarme Ibrahima Sarré, travailleur humanitaire dans le camp de déplacés de Sénou, à quelques kilomètres de l’aéroport de Bamako.

Il n’y a dans les trois camps de déplacés de la capitale malienne ni masques, ni gants, juste quelques kits de lavage des mains donnés par une association, qui profite de la distribution pour sensibiliser aux gestes barrières.

 « Utilisez votre turban ! », lance Kola Cissé, membre de l’association peule Pinal Pulakuu. « Tous les déplacés en ont un, c’est notre culture peule. Et comme ils n’ont pas les moyens d’acheter une boîte de masques à 25 000 francs CFA [38 euros] à la pharmacie, c’est un bon moyen », précise-t-il à l’AFP.

Mais dans des camps où s’agglutinent des centaines, voire des milliers de personnes, les humanitaires reconnaissent que faire appliquer les gestes barrières, c’est compliqué. « C’est très difficile de faire de la distanciation quand on vit dans une tente de 5 m2 à treize ou quinze personnes », soupire Ibrahima Sarré. « Comment pouvons-nous demander aux gens de se protéger quand ils n’ont pas facilement accès à l’eau ? », renchérit Jamal Mrrouch, chef de mission de l’ONG Médecins sans frontières (MSF). Les déplacés « peuvent être extrêmement menacés », prévient-il.

L’action humanitaire ralentie

Au Burkina, le maire de Kaya, Boukari Ouedraogo, veut croire que la mise en quarantaine d’un certain nombre de villes « peut préserver » la sienne, où 50 000 déplacés ont trouvé refuge. On n’accède aux sites de déplacés de Kaya qu’après avoir pris sa température et s’être lavé les mains ; et des masques ont été distribués à tous dans les camps, assure-t-il.

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