E.Macron : « Nous devons être aux côtés de l’Afrique »

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Moratoire sur la dette, traitements médicaux, lutte antiterroriste… Le président français s’est exprimé sur la façon d’aider le continent à faire face au coronavirus.

1. POURQUOI IL FAUT SOUTENIR ÉCONOMIQUEMENT LES PAYS AFRICAINS

« On parle d’un continent qui vit la grande difficulté économique. Regardons les chiffres […] : en 2012 en Afrique, on a une dette sur PIB qui est de 30 %. Aujourd’hui, elle est de 95 %. Donc les difficultés […] vont s’aggraver, même si le Covid-19 n’était pas une catastrophe sanitaire – et je ne sais pas dire aujourd’hui s’il ne le sera pas. Donc nous devons absolument aider l’Afrique à renforcer ses capacités à répondre au choc sanitaire et nous devons, a fortiori, l’aider à répondre sur le plan économique […] à cette crise qui est déjà là. Nous devons être à ses côtés.

C’est ce que j’ai voulu lancer au G20, il y a quelques semaines. Nous avons tenu une visioconférence, j’ai utilisé le temps de parole de la France pour dire : “On va se tenir ensemble, agir pour nos pays, et c’est déjà très dur. On doit absolument aider l’Afrique à s’en sortir. C’est un devoir moral, humain, pour l’Afrique et pour nous.” Et c’est ce que j’ai ensuite enclenché avec les leaders africains qui étaient là, dans un travail qui est la méthode à laquelle je crois : mobilisation pour l’Afrique et partenariat avec les leaders.

Il y a dix jours, j’ai été invité par le président [sud-africain] Ramaphosa à une réunion du bureau africain par téléphone. J’ai pu échanger avec lui et [l’Ethiopien] Abiy, [le Rwandais] Kagame, [le Sénégalais] Sall, [le Malien] Keïta et Moussa Faki [Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine]. Et nous avons pu discuter des propositions que j’ai voulu faire à ce moment-là. C’est ce plan pour l’Afrique en quatre axes que nous avons bâti avec les leaders africains. On a aujourd’hui tous les leaders européens du G20, ainsi que l’Espagne, le Portugal et quelques autres, qui sont avec nous. »

2. VERS UN MORATOIRE SUR LE SERVICE DE LA DETTE

« Chaque année, un tiers de ce que l’Afrique exporte sur le plan commercial sert à servir sa dette. C’est fou ! Et on a accru ce problème ces dernières années. Je souhaite qu’on apporte une réponse la plus forte possible sur ce sujet, parce qu’il n’est pas soutenable. Je l’ai dit [lundi] aux Français : je suis favorable à une initiative d’annulation de dette massive, c’est le seul moyen d’y arriver.

A court terme, on a eu une discussion. Il y a quatre représentants spéciaux qui ont été mandatés par l’Union africaine, ils ont fait des propositions que j’ai souhaité qu’on reprenne. Ces propositions, c’était de dire : « moratoire ». Parce qu’on a beaucoup discuté, ils ont beaucoup travaillé. Ils disent : « L’annulation, on n’y arrivera pas tout de suite. » Mais le moratoire, ça veut dire quoi ? Ça veut dire : on ne rembourse plus les intérêts, vous nous laissez de l’oxygène. On étale cette dette et on peut peut-être mettre tout le monde d’accord autour de cette idée.

Mercredi soir, le G20 finance doit acter – je touche du bois, en tout cas on y a mis tout notre capital politique – de ce moratoire sur les dettes à l’égard de l’Afrique. Moratoire qui touche les membres du Club de Paris, mais aussi la Chine, la Russie, l’ensemble des économies du Golfe et les grands bailleurs multilatéraux. C’est une première mondiale. Ça veut dire que le temps de la crise, on laisse les économies africaines respirer et ne pas servir les intérêts de la dette. C’est une étape indispensable et je pense que c’est une formidable avancée.

Maintenant, elle doit précéder d’autres étapes sur lesquelles nous devons travailler, qui sont des étapes de restructuration de la dette africaine. Il faut le faire sans évidemment pénaliser les pays africains les plus rigoureux, qui se sont attachés à avoir une politique de soutenabilité. Mais on ne peut pas non plus dire : « Cet effort ne sera fait que par quelques-uns et les autres ne le feront pas. » Il doit être, si je puis dire, le même chez tous les grands bailleurs. »

3. ET LA CHINE, QUI DÉTIENT 40 % DES CRÉANCES DE L’AFRIQUE ?

« Je n’ai pas eu une discussion avec [Xi Jinping] sur ce sujet. Je sais pour lui l’importance que revêt l’Afrique. Je ne doute pas une seule seconde que pour le président chinois, la situation aujourd’hui de l’Afrique justifie un geste de cette importance. Donc c’est une discussion que nous aurons, soit dans le cadre d’un G20, s’il pouvait se tenir dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines, soit sur un plan bilatéral, parce que je vais le solliciter sur ce point. »

4. L’AFRIQUE PRÉSERVÉE PAR SA CONSOMMATION D’ANTIPALUDIQUES ?

« Ce virus, aujourd’hui, il touche tout le monde. Donc je ne pense pas qu’il faille collectivement dire qu’un miracle préserverait l’Afrique. En tout cas, si ça pouvait arriver, formidable, et je le souhaite profondément. Mais notre devoir est de tout faire pour aider l’Afrique dans ce contexte. […] On est en France aux essais cliniques sur l’hydroxychloroquine-azithromycine. Donc ce qui est en France à l’essai clinique, chez mes amis, doit rester à l’essai clinique, et pas au niveau du traitement répandu. […] L’Afrique aujourd’hui a une vulnérabilité sanitaire : il y a le VIH, la tuberculose, la malaria… C’est d’ailleurs pour ça qu’on s’est mobilisé à Paris, en octobre dernier, pour le Fonds mondial [de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme], pour aider aussi l’Afrique en particulier à se battre contre ces grandes pandémies. »

avec RFI/LeMONDE