samedi, mai 18, 2024

Tribune-Le vote électronique, un véritable défi pour l’Afrique

La COVID-19 a eu pour mérite de bouleverser le statut quo et de révéler des nouvelles façons de vivre et de penser. L’après COVID-19 devrait interpeller : faut-il retourner à la façon habituelle de faire les choses ? ou faut-il maintenir cette approche novatrice d’appréhender le monde?

Pendant la pandémie, malgré les risques encourus, certains pays ont organisé des élections. Le Bénin a toutefois tenté d’apporter une innovation dans la campagne électorale en la rendant exclusivement par voie de médias.  Cela a été moyennement appliqué et le jour du scrutin la distanciation physique a été très éprouvée.

Au-delà de la COVID-19, le vote électronique ne pourrait-il pas être une solution à ce type de situations ? Le vote électronique peut être vu comme «des systèmes dans lesquels l’enregistrement, le dépôt ou le dépouillement des votes lors d’élections et de référendums politiques font appel aux technologies de l’information et de la communication».

Il existe par conséquent plusieurs types de vote électronique. Il peut se faire à distance du bureau de vote (BV) via Internet, appel, sms ou dans le BV mais par des voies électroniques (scanners, ordinateurs, stylos numériques, etc.). Le vote électronique présente divers avantages tels que : l’absence de contact physique, la dématérialisation de certaines fonctions, la baisse des coûts, l’accès au vote au plus grand nombre y inclus la diaspora, le gain de temps; etc.

Malgré les avantages ci-dessus énumérés, des précautions sont nécessaires afin d’éviter tout dérapage. Ainsi en Suisse, en 2014, le vote sur internet a été étendu à l’ensemble du pays car garantissant le secret du vote, l’intégrité de l’élection et la transparence du système. Des  juridictions du Royaume Uni ont permis aux électeurs de voter par voies électroniques y compris depuis des lieux publics tels que les centres commerciaux.

Le Brésil est très avancé en la matière car il détient l’un des systèmes de vote souvent pris en référence pour la sécurité et la rapidité des résultats. Le vote électronique y a été généralisé à l’élection présidentielle de 2002. Ainsi, il y a eu «le déploiement d’un système informatisé capable d’identifier chaque candidat par un numéro et une photographie, et dont les données, à la clôture du scrutin, étaient transmises, sans possibilité d’interférence, via un réseau privé aux instances électorales régionales.»

Ledit système permet de connaitre les résultats quelques heures après la fermeture des BV. L’interface utilisée serait proche de celle d’un distributeur bancaire. Les personnes qui ne savent ni lire ni écrire ont été prises en compte. Il existe aussi des unités mobiles pour les zones rurales. En 2006, une coupure d’électricité dans sept municipalités, n’a eu aucune incidence sur le scrutin du fait de batteries solaires qui ont une autonomie de 6 à 12 heures de temps.

La Namibie a quant à lui introduit dès 2014 le vote électronique et dispose d’un système dans lequel «les isoloirs sont dotés de machines équipées d’écrans tactiles. Les machines à voter sont autonomes et ne sont connectées à aucun réseau informatique. Elles ne transmettent ni ne reçoivent aucun signal, susceptible d’être intercepté. Elles sont également alimentées par des batteries, ce qui permet de fonctionner dans des zones sans électricité.»

Toutefois, le vote électronique présente des inconvénients certains.  Un rapport du Sénat en 2014, a montré les difficultés de la France à recourir au vote électronique bien qu’étant autorisé par la loi en 1969 pour lutter contre la fraude. Le vote par Internet a cependant été autorisé en 2003 uniquement pour les élections organisées à l’étranger, pour faciliter le vote de la diaspora.

Pour la Belgique le vote électronique n’est pas si économique que cela. Ainsi, «le coût du vote électronique par électeur serait de 1,37 euro, contre 0,10 euro pour le vote papier».  Aux Etats-Unis, un rapport sorti en 2019 par un groupe de hackers dénonce des vulnérabilités présentes dans le système depuis plus de dix ans. En 2019, un faux scrutin a été organisé en Suisse et des primes promises aux hackers qui arriveraient à infiltrer le système sans être détectés. Une vingtaine de failles ont ainsi été détectées.

Au regard de ce qui précède, le vote électronique présente un intérêt certain mais aussi de nombreux défis. Est-ce pour autant qu’il faille y renoncer? Même les pays qui le mettent en pratique malgré les failles du système tentent de l’améliorer plutôt que de jeter l’éponge.

L’Afrique dispose de toutes les compétences requises pour trouver une solution durable et fiable. Les développeurs africains créent constamment des solutions innovantes dans des secteurs tels que la santé, la finance et l’agriculture en adéquation avec nos réalités. Alors pourquoi pas en matière électorale?

L’essentiel est de garantir le respect du secret du suffrage, la sincérité et la sécurité du scrutin. C’est fondamental car en cas de contentieux il sera impossible de recourir au recomptage des bulletins de vote. Même dans le domaine électoral, le modèle de l’Election Situation Room (ESR) provient de l’Afrique de l’Ouest avec une capacité technologique à avoir des données très proches des résultats du vote en temps réel. Ce qui paraissait impensable il y a quelques années.

L’idéal serait de développer un modèle endogène fiable, peu coûteux et sécurisé de vote à distance, sans Internet avec une interface incluant un dispositif audio pouvant être utilisé par les personnes ne pouvant ni lire, ni écrire ou vivant avec un handicap.

Utopie ? Peut-être en 2020, mais dans une approche prospective, avec un peu de vision et d’ambition l’Afrique pourrait y arriver d’ici quelques années. Il suffit qu’elle investisse plus dans la recherche et l’innovation en donnant une chance à cette brillante jeunesse africaine prête à relever un tel défi.

Nadia Nata


Nadia Nata est une consultante indépendante sur les questions de gouvernance politique, de paix et de sécurité en Afrique. Elle a travaillé comme personne ressource pour l’Union africaine, la CEDEAO, les Nations Unies, l’Union européenne et plusieurs organisations de la société civile. Nadia Nata avait rejoint l’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA) en 2011 en tant que chargée de programmes de gouvernance politique.



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