EDUCATION : A l’Université de Sonfonia, ça sent le moisi

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Conakry, Guinée : Depuis quelques jours, une missive portant sur une « Dénonciation de mauvaise gestion à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia », adressée au ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, focalise toutes les attentions dans les milieux éducatifs.

En effet, à la date du 13 août 2020, Fayimba Mara, professeur de droit public dans cette université, doctorant à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégall), en sa qualité de « porte-parole du Collectif des Doctorants chercheurs victimes de Sonfonia », passe en revue « une gestion calamiteuse, misérable et malsaine » de l’Université de Sonfonia depuis la nomination au poste de Recteur de Monsieur Amadou Oury Koré Bah.

Des études de Master

Un projet de 5.000 Master et 1.000 PhD, mis sur pied par l’Etat guinéen en collaboration avec la Banque mondiale est, à l’analyse de ce collectif, menacé.

« Cette passerelle offerte par l’Etat guinéen est rompue par les bons offices de Monsieur le Recteur qui refuse catégoriquement de transmettre les dossiers des postulants au Ministre de l’Enseignement supérieur, toutes les fois que le cas se pose. »

En ce qui concerne l’Ecole Doctorale des Sciences juridiques, politiques et de gestion, le porte-parole regrette un dysfonctionnement dû à un manque de leadership du Recteur Koré Bah.

Pire, «un groupe de professeurs très anciens au point de vue carrière à la faculté des sciences juridiques et politiques sont illégalement privés de formation doctorale. »

Alpha Amadou Diallo, Enseignant titulaire dans ladite université depuis 2005, ne cache pas son amertume. Inscrit en thèse, il affirme avoir soutenu devant une commission scientifique après la création de l’Ecole doctorale qui a fait l’évaluation et a retenu des projets valables dont le sien, d’ailleurs en premier.

« On a fait l’inscription puis la réinscription. Il me fallait une co-tutelle  et j’ai commencé à fréquenter  Dakar où j’ai choisi mon  directeur de thèse  à l’université Cheick Anta Diop. Je suis de la première promotion et depuis je n’ai pas eu un franc depuis septembre 2017 » explique-t-il.

Entre l’université Général Lansana Conté de Sonfonia et l’Université Cheick Antan Diop de Dakar,  existe une convention de formation des cadres depuis plusieurs années.

«En principe l’université devait nous prendre en charge. On a déposé les devis au ministère de l’Enseignement supérieur. C’est l’Ecole doctorale qui devait envoyer nos dossiers et on nous informe à La DAAF qu’aucun dossier n’existe dans le circuit, rien n’a été vu. Pourtant, à l’université de Sonfonia, on argue qu’on n’a rien donné » poursuit cet enseignant qui reconnait pourtant l’appui de l’ancien ministre de tutelle pour l’obtention de ces bourses.

Faute de moyens suffisants, M. Diallo suit cette autre formation difficilement.

« Je peux passer trois semaines à un mois à Dakar. Mais comme je n’ai rien, je rentre car mon maigre salaire est à partager entre ma formation et ma famille. »

Une autre victime est Me Hamidou Barry. Son nom figure d’ailleurs parmi les formateurs de plusieurs hauts cadres et entrepreneurs du pays. Inscrit en co-tutelle depuis 2018, il paie 75 000 fcfa à l’université, prend en charge les billets d’avion aller-retour, les frais d’hôtels et de séjour à sa propre charge.

«On ne reçoit rien. Personne ne peut rapporter que j’ai reçu 1 franc ! On ne peut pas qualifier l’enseignement dans ça. Dans deux ans, je vais terminer ma thèse. En droit privé d’ailleurs, personne ne reçoit. On nous dit au rectorat qu’on a envoyé nos dossiers. Mais on ne reçoit rien. On ne peut faire la thèse avec notre salaire. Personne ne peut rapporter la thèse qu’on m’a donné un franc » confirme Me Barry.

« J’ai écrit à tout le monde à l’université et personne n’a répondu. J’ai réuni tout ça et envoyé au ministre. Moi je continue à enseigner. Si on veut qualifier les enseignements, pourquoi ne pas mettre les moyens ? On peut faire de la recherche même dans la sous-région. Ce sont les cadres guinéens qui ont gâté la Guinée. Partout où il y a un cadre guinéen, il détruit là-bas » regrette-t-il.

Fayimba Mara lui, vole dans les « détails  des opacités  des gestion nocive » par M. Koré Bah. Ceux-ci vont de la dévalorisation du grade universitaire, la paralysie des Masters par un manque de subvention ; la réduction des subventions des facultés, départements et autres services.

« Comparativement à l’ancien temps, les ristournes de la formation payante permettaient dans les facultés de donner à chaque professeur intervenant par an, la somme de 900 000 gnf avec un taux de formation annuelle de 1.500.000 » se rappelle M. Mara. M. Koré Revu à la hausse  à 2.000.000 gnf par an et par étudiant par le département de l’Enseignement supérieur, le cumul de ce montant pour l’année en cours s’élève à plus de 3 milliards gnf.

Mais c’est « seulement 700.000 gnf qui ont été ristournés, le reste a été simplement déclaré dépensé sans justification. Cet état de fait traumatise tout le monde à Sonfonia » déballe ce Collectif.

Le quotidien national Horoya a bien pu prendre langue avec le Recteur Amadou Oury Koré Bah, afin de répondre à cette kyrielle de griefs portés contre lui. Voici sa réponse au bout du fil.

«Il-Fayimba Mara, ndlr- relève de l’école doctorale. Si quelqu’un qui est à l’école doctorale soulève des problèmes de vigiles, de gestion et procédure administratives à l’université, ce n’est pas son travail. Il est entrain de chercher un diplôme. Si c’est ceux qui n’ont pas reçu leurs financements, là d’accord. Il y a au moins dix personnes qui m’ont appelé, mais ils rencontrent les autres, pas moi directement. Il y en a qui ont rencontré le responsable des vigiles, malgré qu’ils aient accusé ces vigiles. Mon frère, ne refusez pas ça aussi… » réplique le Recteur de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia.

Mais en lui rappelant la ribambelle d’accusations contre lui, M. Bah coupe.

« Laissez les accusations, mais vous savez qu’un doctorant ne peut pas parler de l’administration universitaire. Il est doctorant, il apprend. S’il dit qu’il n’est pas payé, allez-y voir à quel niveau il n’est pas payé. Sauf s’il y a autre chose derrière. C’est par respect ce que j’ai accepté de vous parler. Je suis accusé en tant que personne morale pas en tant que Koré. C’est un problème de paiement de bourses. »

Lors de notre entretien, M. Koré Bah a révélé que « le Conseil universitaire dit ne pas parler, je ne peux aller que là. Allez voir le professeur de l’école doctorale » nous a-t-il recommandé. Sauf que la lettre adressée au Ministre de l’Enseignement supérieur ne mentionne aucunement ce dernier.

Aux dernières nouvelles, le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique dépêche ce mardi 25 août à l’Université de Sonfonia, une délégation de quatre hauts cadres dont le Conseiller juridique du ministère, le directeur de l’Enseignement supérieur public…

Quotidien Horoya