Esquisser le « Mali nouveau » : la délicate mission du premier ministre Moctar Ouan

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Le chef du gouvernement de transition, ancien ministre des affaires étrangères sous Amadou Toumani Touré, a dix-huit mois pour tenter d’imposer sa vision.

De lui, ils avaient un vague souvenir… Celui d’un homme qui avait occupé le poste de ministre des affaires étrangères entre 2004 et 2011, sous la présidence d’Amadou Toumani Touré (ATT). Et puis Moctar Ouane s’était fait oublier, avant d’être désigné premier ministre du Mali le 27 septembre.

« Flegmatique », « discret », « subtil », « très structuré »… Les interlocuteurs ne tarissent pas d’éloges sur le sexagénaire et attendent de lui et de son gouvernement de transition, récemment nommé, l’esquisse du « Mali nouveau » au lendemain du renversement du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) par les militaires du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le 18 août. Mais depuis sa première fonction ministérielle dans un Mali en paix, le pays a bien changé… En outre, Moctar Ouane s’en est tenu éloigné huit années durant, ayant été nommé en 2012 délégué général à la paix et à la sécurité de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à Ouagadougou.

« Il est un bon diplomate, ne gâte rien, tente de calmer les choses… Une vraie qualité pour cette transition qui s’annonce agitée », observe un politique malien. Analyse complétée par Cheick Oumar Sissoko, cinéaste et ancien ministre de la culture (qui a partagé trois ans de conseil des ministres avec Moctar Ouane), pour qui « il a les facultés pour rassembler un gouvernement ». Celui qui a successivement occupé les postes de conseiller diplomatique des présidents Moussa Traoré et ATT, au début des années 1990, puis d’ambassadeur du Mali aux Nations unies, n’a jamais affiché ses accointances politiques. Une neutralité qui a séduit les militaires du CNSP, favorables à un gouvernement de transition plus technocrate que partisan.

« Une haute idée de l’Etat »

« Il m’avait laissé entendre qu’il souhaitait entrer en politique », se souvient Nicolas Normand, ambassadeur de France au Mali quand Moctar Ouane était aux affaires étrangères : « Pas du tout par avidité de pouvoir, mais parce qu’il est patriote, a une haute idée de l’Etat et prend très à cœur les problèmes du Mali. » Ce grand serviteur de l’Etat disposera de dix-huit mois pour tenter d’imposer sa vision. Une mission ardue qui a commencé par la constitution de son gouvernement. Il fallait en effet composer avec les différentes tendances du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP, le mouvement instigateur du renversement du régime d’IBK), mais aussi avec la pression de la communauté internationale, qui insistait pour un gouvernement civil, et la mainmise du CNSP, dont les principaux membres occupent aujourd’hui les ministères régalie

Le Monde