Eau potable à Conakry : «La crise d’eau potable à Conakry est due à un retard d’investissement majeur» (Patrice Pépé Loua, SEG)

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Conakry-Guinée : La crise d’eau reste une réalité dans le pays. En dépit des efforts consentis dans le secteur, les résultats sont en deçà de la demande. Aujourd’hui, il est impératif de prendre à bras le corps la question d’eau. Cela va de la santé publique. Le Directeur général de la SEG (Société des eaux de Guinée), M. Patrice Pépé Loua, a levé un coin de voile sur la problématique au cours d’un entretien qu’il a accordé à notre rédaction.

Guineetime.info : Depuis une vingtaine d’années, Conakry, la capitale est dans une crise d’eau potable. Qu’est ce qui  explique cet état de fait ?

Patrice Pépé Loua : La raison de la crise d’eau potable au cours des vingt dernières années à Conakry est due à un retard d’investissement majeur dans le secteur d’approvisionnement d’eau potable. A cela s’ajoute la vétusté des installations de la SEG dont certaines datent de la période coloniale et l’accroissement galopante de la population.

Aviez-vous des solutions pour pallier au manque d’eau à Conakry ? Si oui, aviez-vous soumis des propositions de solution  à votre département ?

En 2018, avec l’appui de la Banque Mondiale, nous avons lancé une étude du schéma directeur d’alimentation en eau potable du Grand Conakry dont les principales missions étaient : le diagnostic des installations et ouvrages de la SEG ; l’étude de la demande en eau, les besoins des populations et la recherche de nouvelles ressources d’approvisionnement d’eau à l’horizon 2040. De nos jours, cette étude est disponible et donne les grandes lignes des infrastructures d’eau à réaliser pour combler non seulement le déficit actuel, mais aussi couvrir les besoins jusqu’à l’horizon 2040.

En décembre 2014, la SEG a publié un rapport de l’étude préparatoire pour le projet d’amélioration de l’approvisionnement en eau potable de la partie centrale en hauteur de la ville de Conakry, avec l’aide de  l’Agence Japonaise de la coopération Internationale. Dans ce rapport, vous-avez énuméré les différents problèmes liés à l’approvisionnement en eau potable et proposé des solutions. Depuis cela, qu’est-ce que vous avez mis en place ?

 Des actions ont été entreprises dans le but d’améliorer la desserte de l’eau potable à Conakry et parmi lesquelles nous pouvons citer entre autres : la réhabilitation de la première station de traitement d’eau de Yessoulou datant de 1964 ; la réhabilitation partielle sur 8km de la conduite DN 700 mm en acier entre la Transversale T4 et le réservoir de l’aviation et sur 2km entre la Transversale T1 et l’école primaire de la carrière de la conduite DN 600 mm en acier de distribution primaire ; le remplacement des 3,5 km de conduite principale DN 700 mm entre Sangoyah et Enta ; la réhabilitation de 15 000 branchements et la réalisation de 1 200 nouveaux branchements dans les cinq communes de Conakry ; la construction de trois nouveaux forages à Kakimbo et un forage à Donka ; le remplacement des 3,5 km de conduite principale DN 110 mm en PRV entre Kissosso et Enta ; le remplacement des 3,5 km de conduite principale DN 700 mm en acier entre Kissosso et Enta ; l’acquisition de 30 camions citernes ; la réhabilitation des stations de pompage de Kakimbo et de Kobayah et la construction des bornes fontaines dans certains quartiers en manque d’eau.

A combien de nos francs guinéens pouviez-vous estimer le montant engagé dans le secteur de l’eau depuis 2003 ?

 La réhabilitation des actions listées dans la question N3 a nécessité la mobilisation d’environ 300 milliards de GNF de la part du Gouvernement guinéen et des partenaires techniques et financiers du secteur.

Est-ce qu’installés les forages publics par  les particuliers  et la SEG sont une solution ? N’ont-ils pas d’impacts environnementaux ?

 Les forages ne sont pas des solutions durables. Dans un premier temps, la prolifération des forges au niveau des particuliers expose ces derniers à une consommation de l’eau de moindre qualité. Dans le second temps, les forages entrainent une forte consommation d’énergie qui  nécessiterait des coûts supplémentaires de la production d’eau potable.

Les gens construisent des forages n’importe comment et distribuent de la même manière l’eau de ces forages  qui souvent ont des  cuves  sales. La moisissure et les saletés sont dans ces conditions hygiéniques de ces forages ?

Non ! Ces forages ne sont pas sous la responsabilité de la SEG.

D’après ce rapport, pour bien ravitailler la capitale et ses périphéries, Dubréka et Coyah, en eau portable, il faut produire 294 000 m/jour alors que vous n’en produisez que 166 000 m/jour en 2014. Aujourd’hui, est-ce que le  besoin est le même ou ça augmenté ?

L’étude du schéma directeur d’alimentation en eau portable du Grand Conakry ressort un besoin de production de 370 000 m/jour en 2019 pour une production disponible de 150 000 m/jour. Les besoins de production d’eau potable pour le Grand Conakry s’élève à 810 000 m/jour, soit un déficit de 660 000 m /jour. Si aucun investissement n’est réalisé pour inverser cette tendance.

Saraf Dine Condé