Côte guinéenne : la mangrove menacée par la surexploitation !

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Conakry-Guinée : Les forêts de mangrove, domaines de transition où se croisent naturellement les eaux continentales et marines, jouent un rôle important dans la bio productivité des estuaires. Le peuplement forestier, qui protège des berges constituant un couloir pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de reptiles et de primates, s’amenuise sous la pression de l’action humaine.

Sur une distance de 300 km, la mangrove occupe presque toute la frange côtière et supporte des activités économiques et diversifiées.

Selon des études menées par nos experts, la mangrove couvre une superficie de près de 250 000 hectares avec des vasières inondées en marée basse, très importantes pour les oiseaux des rivages et migrateurs.

En réalité, ce capital ligneux dont les usages et valeurs sont multiples, stabilise les rivages, retient les sédiments, brise les vents et fournit du bois de construction, de service et de cuisine. Composés d’Avicéna (palétuvier blanc), la mangrove joue le rôle de barrière entre les océans et le continent. D’où, elle contrecarre les vagues vers le continent.

Avec tout ce qu’elle constitue, cette mangrove est aujourd’hui, sérieusement menacée. L’homme en est responsable, car de vastes périmètres de mangrove sont détruits directement ou indirectement par l’action humaine, à la recherche de gains immédiats au détriment des bénéfices durables. La surexploitation de la poussée démographique et des appétits, alors que la régénération est plus lente. Parce que les coupes se pratiquent de façon anarchique et ne correspondent pas aux potentialités des secteurs de coupe. On assiste alors à une surexploitation du rhizophora. La surexploitation du bois de mangrove augmente au rythme de la poussée démographique et des appétits alors que la régénération est plus lente. Ainsi, le capital ligneux s’amenuise sous la pression de l’exploitation forestière.

D’après nos experts nationaux, les populations locales ne sont pas presque impliquées encore moins motivées pour la conservation de la diversité biologique et l’exploitation durable des ressources ligneuses de la mangrove. Les techniques de coupe ne sont pas encore appropriées pour le prélèvement durable. Les professionnels du bois ne se soucient pas de la restauration. Conséquence, la mangrove qui couvrait 400 000 hectares en 1957 se réduit aujourd’hui à 250 000 hectares, soit une réduction de 37,5% en soixante ans.

Au fait, l’aménagement ou la conservation de la biodiversité et le développement durable de la zone sud de la mangrove concerne cinq périmètres forestiers au nord de Conakry (Soumba-Konkouré, Matéba-Rio Pongo et Rio Nunez) et deux au Sud) (Tabounsou et Forécariah) couvrant 30% de la mangrove.

Il faut noter que les trois périmètres au Nord sont en cours d’aménagement par le projet pilote de Sangaréah sur financement de la Communauté économique européenne. Le projet visait l’aménagement des périmètres de Tabounsou et Forécariah. Ce qui devait permettre aussi la production des mollusques marins qui constituent une source de protéines de haute qualité. Leur valeur nutritive est quatre fois supérieure à celle du bétail.

Nos chercheurs et scientifiques nous enseignent que l’ostréiculture prend de l’ampleur et les résultats montrent que les huitres de culture ont une taille et un goût  plus appréciable ; et une valeur nutritive à des huitres se développant dans les conditions naturelles. Donc, en raison de leur capacité de croissance et une source alimentaire importante.

En expérimentant donc l’élevage en suspension réalisée par CERESCOR de 1990 à 1993 abouti à une production moyenne annuelle de 600kg sur 15 m2 de bâtis. Il a été admis que les huitres peuvent atteindre la taille moyenne de 70 à 80 mm (taille de commercialisation) après 8 mois d’élevage.

Dans les zones tempérées, en France par exemple, il faut environ trois ans pour obtenir des huitres de cette taille. Mais en réalité, les huitres ne se développent que sur les racines des rhizophora ou sur les rochers non loin des agglomérations. Et la récolte traditionnelle consiste à couper les racines des mangroves sur lesquelles sont fixées les huitres ; ce qui est d’ailleurs préjudiciables au développement de ce peuplement de mangrove dont le déboisement se fait sentir par endroit.

La conservation de l’écosystème de mangrove et l’exploitation durable de ces ressources en bois nécessitent une planification, une organisation avec la participation et l’implication effective des populations, de tous les acteurs y compris ceux de la recherche scientifique.  Avec des pistes de recherches déjà existants, il est temps que nos gouvernants envisagent des dispositions urgentes pour éviter que les mers et océans s’avancent rapidement comme cela se fait remarquer maintenant.

Amara Touré