Conakry-Guinée : La capitale Conakry ayant une démographie galopante, elle connait de nos jours une pénurie d’eau potable. C’est l’une des plus grandes préoccupations des habitants de Conakry. Et pour cause ? Les nombreuses installations faites par la Société des Eaux de Guinée (SEG) sont quasiment à sec. Les forages qui pullulent çà et là, à travers la ville, appartiennent à des privés qui n’ont souvent pas la politique de partage ou alors sont limités par la capacité d’absorption pour satisfaire la demande.
Source de vie, l’eau est l’élément déterminant de toutes choses sur terre. Pour cela, elle reste un élément incontournable du devenir ou du bien-être de la société. Se faisant, depuis quelques années, la Société des Eaux de Guinée (SEG) ne parvient pas à ravitailler correctement toute la capitale en eau potable.
Dès lors que la demande devient supérieure à l’offre, la pénurie s’installe. Et ce sont les femmes et les enfants qui en font les frais en supportant le plus lourd fardeau qu’est la corvée d’eau tous les jours. Chaque matin, le soir et la nuit, ils sont à la recherche de l’eau potable pour les travaux ménagers et l’entretien corporel de la famille. Ces braves et courageuses femmes passent des heures dans les files d’attente souvent trop longues pour avoir de l’eau potable et dès fois même à des endroits très éloignés de chez eux.
Il est à reconnaitre que les habitants de la Guinée, en général et de Conakry en particulier, vivent dans un calvaire pour un pays reconnu être le château d’eau de l’Afrique de l’ouest.
Actuellement, cette situation est presque présente dans chaque commune de la capitale. Même à Kaloum là où presque toutes les activités économiques, politiques et administratives sont concentrées.
Pour pallier à ce problème, les familles ou les entreprises privées qui ont des moyens ont construit des forages. Ceux qui n’en ont pas se font approvisionner auprès de ceux qui en ont. Il y en a même des particuliers qui commencent à faire des forages un bisness en fixant une mensualité aux familles qui veulent avoir de l’eau potable et qui n’ont pas les moyens d’en construire.
L’Etat, de son côté, a installé des sites d’approvisionnement d’eau potable qu’on appelle des fontaines, mais aussi a construit des forages publics pour améliorer cette situation de crise qui ne fait que perdurer.
La question qu’on se pose est : quelles solutions pour améliorer le taux de desserte d’eau potable ?
Selon un rapport de l’étude préparatoire pour le projet d’amélioration de l’approvisionnement en eau potable de la partie centrale en hauteur de la ville de Conakry, en République de Guinée, à travers l’Agence Japonaise de coopération internationale, publié en décembre 2014, la population à approvisionner en eau potable s’accroît d’une manière galopante ces dernières années. Estimée à 1 million 520 milles personnes en 2003 et, celle administrative de la ville de Conakry, selon la SEG, est estimée actuellement à 3 millions 70 mille personnes en raison de l’afflux de la population des villes régionales qui conditionnent l’extension des zones de services.
De l’avis de la SEG, la population totale de la zone urbaine, comprenant une partie de la préfecture de Coyah et de Dubréka couverte par le réseau de distribution d’eau de la SEG, est estimée à 3 938 000 (en 2003).
Apparemment, la SEG n’avait pas envisagé, il y a quelques années, que la population allait s’accroitre de façon exponentielle en 20 ans. Le réseau de tuyauterie se trouve dans un état de délabrement affreux. Cependant, l’aménagement d’installations ne répond pas aux besoins à cause de la forte densité de la population qui ne fait que croître.
Selon ce même rapport, le taux de couverture en 2012 reste moins élevé (40 %) à l’égard de l’étendue élargie avec des zones hydrauliques de la banlieue. Le volume total des besoins en eau potable des habitants de la ville de Conakry est de 294 000m3/jour. Par contre, la capacité nominale de toutes les installations existantes : les stations de traitement, les forages, les installations de captage d’eau de jaillissement, tous confondus, n’est que de 166 000m3/jour. En outre, si l’on tient compte de la perte d’eau par le vieillissement des installations, elle couvre à peine la moitié des besoins. Surtout la population à approvisionner de la partie centrale en hauteur qui augmente considérablement de telle façon que la quantité d’eau assurée pour cette partie est très petite, soit environ 30 % de matière d’accès à l’eau potable entre les zones hydrauliques.
Pour cela, le gouvernement guinéen a élaboré en 2013 le document de stratégie de réduction de la pauvreté III (DSRP III) dans lequel un des objectifs généraux retenus qui visait à assurer en 2015 un pourcentage d’accès à une eau potable de 92,8% dans la capitale Conakry.
Nonobstant, des efforts effectués de la part du gouvernement pour pallier à ce problème, nous assistons à une recrudescence des forages dans la capitale comme si rien n’a été fait dans ce sens. Alors que des milliards de nos francs ont été dépensés.
A présent, la multiplication du nombre des forages n’a-t-elle pas des impacts négatifs sur l’environnement ?
Interrogé, M. Mohamed Camara, géologue et enseignant à Kamsar, répond : « Les forages d’eau potable n’ont pas d’inconvénient à condition qu’ils ne soient pas à proximité des fosses-septiques qui peuvent les alimenter et les infecter. Conakry est une zone stable, c’est-à-dire, non volcanique. Sinon, dans les zones volcaniques, les forages peuvent provoquer des séismes ou du volcanisme. Quand il y a assez de forages dans les roches tendres, les forages peuvent provoquer un éboulement, mais tel n’est pas le cas à Conakry où les roches sont dures. Aussi, les forages ne provoquent pas la sècheresse ou la dégradation de la nature».
Pour la majeure partie des citoyens de Conakry, l’augmentation des forages est une aubaine, une joie, un soulagement, car grâce à ces forages, ils ont de l’eau potable dans des conditions un peu meilleure qu’avant. De toute évidence, cette situation ne fera que prendre de l’ampleur avec la seule raison que la SEG n’arrive pas à fournir suffisamment de l’eau potable à la population.
Mouctar Kouyaté, un citoyen résident à la Cantine Simbaya, commune Matoto, témoigne : « Si la SEG ne peut pas nous fournir de l’eau potable, alors je préfère les forages qui nous permettent d’en avoir. Cela fait plus de 15 ans que je puise de l’eau et cela depuis mon enfance. Je puisais avant d’aller à l’école, quand je revenais et même la nuit avant de me coucher. L’Etat n’a pas pu trouver d’autres solutions que d’installer les forages. Ce n’est pas une solution durable et définitive. Surtout que cela n’est pas bon pour l’image du pays, en pleine capitale. Seulement cette solution est préférable que le manque total d’eau potable».
En outre, si la construction de ces forages n’est pas suivie, en attendant des mesures nécessaires pour freiner son augmentation, cela conduira forcément sur un problème environnemental si le métrage qui doit rester entre les forages n’est pas respecté (un gonflement des sols, des risques d’effondrement des habitations etc.) ou à un problème de santé publique. Car, l’état dans lequel ces forages se trouvent laisse à désirer. Les moisissures, la poussière et d’autres saletés font rendez-vous dans et sur les cuves à eau avec lesquelles les gens se servent une fois qu’elles sont remplies. En plus, les endroits auxquels les gens puisent l’eau ne sont généralement pas propres à cause des eaux stagnantes qui se trouvent autour. Alors que l’eau potable est une eau qu’on peut utiliser et consommer sans danger.
En attendant de trouver une solution à cette pénurie d’eau potable dans la capitale, on tire la sonnette d’alarme pour que les autorités compétentes prennent des dispositions pour que la desserte en eau potable, la construction des forages et le contrôle de la qualité d’eau fournie soient gérer et réglementer par la SEG ou un autre organisme du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement.
Saraf Dine Condé