Culture : «La Guinée a plus de 200 pas de danses et rythmes avec une centaine de masques» (Amin Touré, DG Centre international de percussions)

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« La République de Guinée a dans son répertoire plus de 200 pas de danses et rythmes avec une centaine de masques qui sont traités d’après notre dernier recensement en 2017», dixit le Directeur général du Centre international de percussions

Conakry-Guinée: La culture étant l’âme d’une nation depuis la nuit des temps, l’homme ne cesse de reproduire les sons en inventant des instruments de percussions. La République de Guinée n’est pas en marge, elle dispose d’importants et de nombreux instruments ancestraux de percussions lui permettant de hisser haut ces valeurs culturelles au bout du monde. Les percussions, par définition, sont un ensemble de rythmes d’instruments, de danses, de rites et de masques. Le Directeur générale du Centre international de percussions, Amin Touré, nous a accordé une interview au cours de laquelle il a étalé des projets que comptent organiser sa direction pour la valorisation de nos instruments de percussions

Guineetime.info : Comment définissez-vous la percussion de façon générale ?

Amin Touré : la percussion ou les percussions parce que moi je préfère dire les percussions parce qu’il y a plusieurs. Quand tu prends la Guinée, elle a plusieurs  rythmes et instruments de percussions. Donc moi j’appelle en général les percussions pour ne pas rentrer dans les définitions techniques. Je peux définir les percussions comme l’ensemble des rythmes des instruments de percussions de danses liées aux percussions et les rythmes avec des masques qui accompagnent. Donc, les percussions c’est un ensemble de danses, de rythmes d’instruments, de rites et de masques.

Parlez-nous de l’historique ?

Les rythmes existaient depuis la nuit des temps, l’homme s’est adapté à reproduire les rythmes de la saison, de la vie, de l’amour, de la mort, les rythmes des pas d’une personne qui est en train de marcher. Donc, il était intrigué, il y a le rythme du battement de cœur, il a commencé par taper les mains, de là l’homme s’est rendu compte qu’on pouvait reproduire ces rythmes-là en tapant les objets de la nature, les uns contre les autres, c’est ainsi il a commencé à reproduire les rythmes. Donc, c’est en même temps que sont nés les instruments de percussions depuis que l’homme a existé. Il tente de reproduire les rythmes, mais en Afrique, les rythmes ne se jouent pas que seulement pour se divertir, mais ils accompagnent aussi des cérémonies rituels comme en Haute Guinée, la fête des féticheurs qu’ils organisent annuellement, c’est-à-dire une seule fois par an est toujours accompagnée par des rythmes et des instruments de percussions plus les danses. Souvent c’est à l’occasion de ces rituels  qu’ils prédisent l’avenir de la communauté sur une année. Ces rythmes-là ne sont pas joués que pour se faire admirer, on danse et joue ces rythmes, c’est pour véhiculer un message, le percussionniste en jouant le rythme, le danseur entre en communion et  se dégage de l’émotion et chaque fois qu’on danse, qu’on joue un rythme, on n’essaye de communiquer dans nos sociétés africaines. Par exemple, quand on a des problèmes et qu’on n’arrive pas à l’expliquer, on organise des rituels et les initiés, on entre en contact avec le monde des morts et ensuite ces initiés viendront vous dire ce que vous devez enlever comme sacrifice. Donc, cet ensemble permettait à la communauté de vivre dans la nature et de répondre aux éléments. Toute notre existence, nous avons utilisé les percussions pour trouver solutions à nos problèmes, mais également pour se divertir lors des cérémonies de mariages, de baptêmes. Non seulement il y a la partie sacrée, mais il y a la partie réjouissance, c’est pourquoi nous avons tendance à dire qu’en Afrique, on a le rythme dans le corps de la grossesse à l’adolescence en passant à l’âge d’adulte, on est baigné dans ça, on vit ces cérémonies de ces rythmes et de ces percussions.

La Guinée compte  combien de pas de danses connues en Guinée comme à l’international ?

Je ne peux pas vous dire exactement, mais il y en a énormément. Nous avons commencé l’inventaire, on a fait une première campagne en 2017 et cela nous a permis d’enquêter auprès des différentes communautés, à travers cette campagne, nous avons enregistré un certain nombre d’instruments, de masques, de rythmes et de danses que nous avons essayé de classer en deux catégories. La première classification, ce sont des rythmes, des danses, et des masques sacrés d’un côté et l’autre côté des rythmes, des masques, des danses de réjouissances. A ce jour, ce que nous pouvons dire selon les résultats de la première campagne, nous les avons documenté et à travers cela, nous avons une centaine de masques de réjouissance et sacrés tout confondus et plus de 200 rythmes et danses recensés qui sont traités et documentés. Mais, nous allons continuer de faire l’inventaire parce que il ne s’agit pas de dire tel rythme existe, mais il faut aussi chercher à connaître son histoire qu’est-ce que ça servait hier et à ce jour qu’est-ce que ça continue à servir. Nous sommes en train de travailler sur ça également.

La Guinée a combien d’instruments de percussions à son actif qui sont officiellement connus ?

Nous avons fait une classification par région administrative parce que vous devez mettre en tête que tout peut être un instrument de percussions. Qu’on tape avec la main ou les baguettes dans le but de produire un son, donc si nous prenons en Haute Guinée les plus pertinents et qui sont utilisés après avoir fait une classification ce sont : le doundoumba, le kénkéni, le Sangbang, le bala (Balafon) et le djembé qui traverse toute la Guinée. En Basse côte, nous avons classifié comme suit : le Boté avec des cloches que d’autres appellent en basse côte « Gbin Gnahagnaha » ; il y a le Bala ou Balangni (Balafon), le Guilan utilisés par les communautés Badjarankés, le Yakoko avec les communautés Mandégnies et les Téminès qui sont entre la frontière Guinéo-Sierra Leone, le Bamboli, le Têndef chez les Bagas, Goumbé, le Sico. Pour la Moyenne Guinée, nous avons Laala (castagnettes), Djimbé, Doundounrou, Nyeegnerou, Tambirou, Kérona. En Forêt aussi, nous avons comme instruments de percussions le Kéléndon, Zavélégui, Tambelô, le Seelan (en Kissi), Tinanmanden, Djimbô, mais j’ai vu un instrument en Forêt qui m’a beaucoup émerveillé qu’on appelle arc de percussion. On le joue avec des baguettes. Donc, il faut retenir de façon générale qu’en Guinée dans toutes nos régions sillonnées, nous avons rencontré le « Djembé » même si les formes diffèrent d’une région à autre, mais ça existe partout.

Dites-nous combien de rythmes et masques la Guinée regorge au total qui sont documentés et approuvés ?

D’abord en Basse côte, nous avons : Abol, Siko, Sarsonet, Antapé, Akntche, Tchapre, Têndef, Kui, D’mba, Matimbo, Kotawé 1, 2,3 ;  Wolfoutè 1,2, 3 ; Makourou, Psassa, Yamana, Tiyamba, Yokoui, Mané, Yolé, Soli, Goumbé, kakouma Yankadi, Pissidon, Djambadon, Bakdon, Barakoumbagni. Quant aux masques aussi, nous en avons le Sorsonet, Signole, Ariya Bébi, Kouda, Sibondele, D’mba Atchiole, Atoto, D’mba. Tous ces masques véhiculent des messages. Par exemple, le masque ‘’Signole’’ est un masque sacré de la communauté Baga, il représente la déesse de l’eau, il informe si la pêche est bonne ou mauvaise, si la traversée est possible ou pas et le masque ‘’Ariya Bébi’’ c’est un masque de la communauté de Mayéli de Samou portant le visage d’une très belle femme, il célèbre la beauté et la grâce féminine.

En moyenne Guinée, nous avons enregistré que deux rythmes à savoir le Toupoussèssè et Tégué, les masques pour le moment aucun recensé. En Haute Guinée, nous avons des rythmes suivants que nous avons recensés : le Kawa, Kassa, Wassolon, Soli, Soli des Manian, Sôkô, konkoba kondé, kalla, Djabara, Djagbéwara, Fakoly, Mamaya, Waima, Doundouba, Mendiani, Djaa, Sofa, Soliwoulén Balakoulandjan, Moribayassa, Douga, Saa. Au compte des masques, nous avons Saoulén, Kawa, Koma, Wôlôba Komkomba, Soliwoulén, kömö, Woloba balanin, Wontérélén, Konden, Sidako. Le masque ‘’Sidako’’, c’est un masque de la communauté Malinké de Hamana Sidako qui symbolise la sagesse et le savoir avoir tant vu et entendu. En Guinée forestière, nous avons également ces rythmes à savoir Zégué-zéguégui, gnanbgai, yongö, Polokuai, thiomano Yolakendan, Lalandho, yogoTcha Yalan, mena sokua, Miallo, Pimpèmodéma, Koungouma, Pomda, kèbendo,dompilo, yolatoomalebilio, Yola Lewousalan, Yola Toomabandolan, Yolan kpenyelan, Yola n’goepoelanyolan, Yola höönaalan, Yola le typo nalanpisutatynanböa ityöl, Yola Bella, Yolabüsilan, Baö, Koukou, Tyabala. Quant aux masques, ce sont le Thiomano, Kpakologui Nezouvaë, Zavélégui laniboghöe, Gnanbgai, Woni Légragui. Le masque ‘’Thiomano’’ est traqueur de sorciers dans la communauté Kissi fangamadou situé à 66 km de la commune urbaine de Guéckédou, il a pour mission de rechercher et punir les sorciers de la communauté.

A ce jour beaucoup de ces instruments de percussions sont méconnus par la nouvelle génération. Avez-vous initié un projet pour les faire connaitre au grand public notamment la nouvelle génération ?

Nous sommes en train de travailler sur un grand projet qu’on appelle inventaire qui est basé sur le recensement de nos instruments de percussions afin de les documenter, c’est-à-dire mettre à la disposition de tout le monde, à commencer par la nouvelle génération de chez nous jusqu’à l’international. Nous avons fait le premier travaille à travers une campagne que nous sommes en train de vulgariser pour que les gens comprennent. Ensuite, ce n’est pas tout, on a un autre projet en collaboration avec le Fodac. L’objectif, c’est de pousser nos jeunes à être initiés pour qu’ils puissent jouer nos instruments de percussions, les apprendre à confectionner eux-mêmes parce que ceux qui savent jouer ces instruments ne sont pas nombreux et ils sont taclés par  l’âge de la vieillesse. Donc, si nous ne formons pas les jeunes maintenant à jouer ces instruments, on risque finalement de perdre ces instruments de percussions. Tout cela, c’est pour le rayonnement de notre culture, nous sommes en train de travailler sur ça. Le Fodac nous promis qu’il va accompagner le projet. Cette année si tout va bien, nous comptons organiser un atelier d’apprentissage. C’est pourquoi, nous continuons encore à recenser tous nos instruments ainsi que nos costumes traditionnels. Le plus important, c’est de les mettre à la portée de tout un chacun désormais une fois que les gens sont situés, les formations viendront bien sur ce qui va pousser beaucoup de jeunes à s’intéresser. Ces jeunes apprenants, certains d’entre eux se spécialiseront dans ça et je vous informe que nous avons aussi le projet d’éditer un livre. Cela fait partie de notre agenda pour qu’on puisse non seulement faire connaître le nom de ces rythmes, mais aussi l’histoire qui se cache autour de ces instruments pour que la nouvelle génération puise maîtriser leur  culture. Quand on leur demande, c’est quoi Yankadi ? C’était jouer pourquoi et à quelle occasion ?  Avec ce livre édité, cela va leur permettre davantage de comprendre et de répondre à toutes ces questions en détails. Et en même nous allons créer des pôles d’excellence. Imaginez vers Forécariah, si on organise un festival ou un concours de Yankadi ou Goumbé Makourou, cela va inciter les autres communautés à s’intéresser à leur culture. Si dans le Bagataye, vous organisez un événement autour du Sorsonet De D’mba, cela crée de la jalousie. Aujourd’hui, si vous partez à Kankan, le Mamaya se fait, à Kouroussa il y a le Doundoumba qui est pratiqué  et cela commence à prendre l’ampleur. Donc, cela crée des pôles d’excellence et les Blancs et autres visiteurs qui viendront seront obligés d’aller à l’intérieur du pays aussi pour découvrir qui nous sommes réellement à travers nos rythmes, nos danses, masques et nos costumes. Ils vont apprendre et cela pourra rapporter de l’argent à l’instrumentaliste et le touriste en rentrant chez lui, il va forcément acheter un ou deux pour rentrer avec. Cela permet de rendre nos percussionnistes autonomes économiquement, c’est rentable au pays. Ça permet de lutter contre le chômage

Est-ce vous avez mis en place un système qui permettra aux autres de venir découvrir nos percussions ?

Notre mission, c’est de faire la promotion nationale et internationale des percussions guinéennes. C’est pourquoi, nous avons initié deux types de festivals : le premier qui est le concours national de percussions, ce concours permet de garder les qualités de nos percussions, donc ça va nous permettre de garder vivant nos rythmes, danses et masques. Le deuxième appelé le marché international de percussions, c’est pour hisser haut notre culture à l’échelle internationale et cela on le fait en créant un marché spécialement conçu pour nos œuvres de percussions et c’est payant. Le marché, on fait venir les tourneurs de spectacles et les organisateurs d’événements à l’international pour voir ce que nous avons en termes de percussions et essayer de les programmer à l’international. Parce qu’ils ont les moyens de les faire tourner et ça va créer de la richesse pour les percussionnistes et faire la promotion de la Guinée en matière de percussions. Le projet a été proposé au département, c’est déjà bouclé.

Votre mot de la fin ?

A la nouvelle génération, je leur demande de s’y intéresser à la quête de notre culture, car ce sont eux qui viendront défendre la culture guinéenne. Nous sommes dans un monde où la culture est devenue la carte identité de tout peuple. Donc, elle n’a qu’à s’attacher à notre culture. Au département de doter les moyens afin de faciliter notre mission et aider la nouvelle génération à vite apprendre dans les conditions les meilleures en faisant la promotion de nos percussions à travers le monde.

Propos recueillis par

Saraf Dine Condé