Guinée : «Protéger et valoriser le patrimoine culturel national un défi majeur du gouvernement» (Aboubacar Sidiki Condé, DN Patrimoine historique)

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Conakry-Guinée : En dehors d’être le scandale géologique, la République de Guinée regorge de nombreux patrimoines qui sont facteurs d’attraction. C’est pourquoi la direction nationale du Patrimoine historique qui est l’une des trois plus grandes directions du ministère de la Culture et du patrimoine historique, conformément à l’arrêté No A  633 en date du 4 mars 2019, a pour mission de veiller en matière de conception, d’élaboration et de suivi-évaluation de la politique gouvernementale en matière de protection, conservation et mise en valeur du patrimoine culturel national.

Le patrimoine étant l’ensemble des biens et objets transmis par nos ancêtres qui constituent la richesse d’une famille et collectivité d’un pays. Dans un entretien que le Directeur National du patrimoine historique, Aboubacar Sidiki Condé, nous a accordé, il a expliqué les priorités que comptent réaliser sa direction à fin de redorer le blason du patrimoine historique guinéen.

La direction nationale du patrimoine historique est chargée de concevoir à priori les textes réglementaires portant protection, conservation et valorisation du patrimoine culturel national. Le directeur national du patrimoine historique nous en parle : « Notre direction est composée d’une direction générale qui est appuyée par un directeur national et un directeur adjoint national, le service de secrétariat de la direction, de trois divisions à savoir la division réglementation et protection, la division patrimoine matérielle, la division patrimoine immatérielle et chacune de ces divisions sont composées de trois sections qui évoluent à l’interne de notre direction qui s’occupent des différents aspects de notre patrimoine et veillent non seulement à leurs protections, diffusions et leurs transmissions aux jeunes générations

Abordant la mission qui est assignée à sa direction, M. Condé explique : « Le patrimoine historique a comme mission essentielle de protéger, identifier et valoriser le riche patrimoine guinéen et les faires connaitre à l’échelle internationale dans l’intérêt des générations actuelles et futures. Je vous informe que le patrimoine est classé en deux catégories le patrimoine matériel et immatériel. Le patrimoine matériel, ce sont les cités et monuments historiques, les sites négriers de la côte atlantiques guinéen ; les traces et les vestiges de la traite négrière, telles que les vestiges liés au règne d’Almamy Samory Touré, des Almamy à l’époque au Fouta théocratiques et en Forêt. Donc, il y en a plein de monuments liés à la colonisation. Le patrimoine immatériel est très riche et variés. II s’agit des langues, pratiques et traditions ancestrales qui sont essentiellement composés de nos valeurs traditionnelles que ce soit les rites traditionnelles, des danses, la technologie endogène, chants du terroir qui ont une authenticité qui font partir de ce que nous appelons patrimoine historique naturel.

Sur la question liée au nombre de patrimoines que dispose la Guinée à ce jour et comment l’entretien se fait, le directeur a affirmé que ce n’est pas facile d’estimer un nombre exact vu que l’inventaire se poursuit. Il arrive que certains de nos patrimoines perdent leurs valeurs mais rassure que sa direction a déjà une importante donnée sur certains patrimoines nationales. « Je peux vous dire que lors de la première campagne, nous avons fait un inventaire de 135 biens. Ce n’est que indicatif si vous explorez tout le pays, vous y trouverez des milliers de patrimoines historique, mais qu’à cela ne tienne voici quelques patrimoines par région. En Basse côte, nous avons le pénitencier et la tombe du Waliou de Gomba à Fotoba dans les îles de los, le mausolée national de Camayenne où reposent huit de nos illustres martyrs à Conakry, les sites négriers de Farinyah et Dominya et Kossinsin à Boffa et Boké, la grotte préhistorique de Leyleguel à Telimélé, le monument du 22 novembre 1970 et le palais du peuple. En Moyenne Guinée, il y a la case de couronnement des Almamy du Fouta à Fougoumba, le site des neuf Diwé à Timbo, le mausolée de Karamoko Mo Labé à Labé. En Haute Guinée, on a l’espace culturel du Sosso Bala à Niagassola, les vestiges de Samori à Kérouané et Bissandou, la mare et forêt sacrées Bolet à Baro, le site archéologique de Niani à Mandiana, la mosquée et le tata d’Elhadji Oumar Tall à Dinguiraye. En Guinée forestière, il y a la réserve de biosphère des monts Nimba et son paysage culturel, les forêts sacrées de la région, les ponts de lianes. A ceux-ci s’ajoutent l’ensemble des infrastructures et ouvrages architecturaux de type colonial ; résidences, écoles, hôpitaux, églises et ouvrages de franchissent. Leurs entretiens se font à deux niveaux. Premièrement les conservateurs traditionnels, ce sont des responsables communautaires qui ont la charge de garder nos biens traditionnels. Deuxièmement l’administration, nous avons les inspecteurs régionaux et directeurs préfectoraux et même bientôt au niveau sous-préfectoral nous allons envisager des dispositions pour permettre aux relais de l’Etat à fin de veiller à la protection du patrimoine national. Donc, c’est un processus qui demande assez d’efforts. Je peux dire c’est un défi pour lequel notre nouvelle ministre se battra en vue de transformer notre patrimoine en véritable potentiel de production de biens et services culturels ».

M. Condé a rappelé les dispositions que le gouvernement a prises pour la protection et la valorisation de nos patrimoines culturels et historiques. « A ce niveau, il faut insister que le gouvernement a fait beaucoup d’efforts. Depuis un certain temps la politique nationale culturelle n’était plus adaptée aux réalités du moment, elle datait de la première république. Vu cela le département a envisagé l’élaboration et l’adoption d’un nouveau document de politique culturelle nationale qui prend en compte le patrimoine comme priorité nationale. Donc il y a des axes stratégiques qui portent sur la protection et la  valorisation du patrimoine culturel national. Au-delà de cette politique du gouvernement, il y a eu l’adoption de la loi L 063 portant protection, conservation et mise en valeur du patrimoine culturel. Sachant que la Guinée a participé à toutes les conventions internationales basées sur la protection et valorisation du patrimoine, il n’y avait pas de raisons qui puissent nous empêcher de créer une loi qui protège nos patrimoines. Cela s’est fait en 2016 en plus de ces deux actes, il y a le PNDS (Plan national de développement économique et social) qui aussi contribue à la promotion de nos patrimoines culturels nationaux en tant que vecteur de développement national. Voilà des actes majeurs du gouvernement qui sont à saluer qui permettra de faire notre patrimoine un véritable levier de développement tout en indiquant qu’ils méritent d’être poursuivis parce que tous ces documents doivent être vulgarisés avant que les acteurs puisent se l’approprier. Quant à la loi, il faut la vulgariser pour que les gens aient accès et soient informés afin qu’ils arrêtent la destruction et la dégradation des patrimoines culturels.

Pour ce qui est des patrimoines guinéens reconnus à l’étranger, ils sont au nombre de deux : «Dans le cadre de la convention de l’Unesco 1972 portant sur le patrimoine mondiale culturel et naturel, nous avons les monts  Nimba qu’on partage avec la Côte d’Ivoire sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial en tant que bien portant de « valeur universelle exceptionnelle ». Ce terme signifie que l’importance de ce bien dépasse les frontières, le mont Nimba regorge des réserves florales et animales qui sont unique au monde. On y trouve les crapauds vivipares qui mettent bas au monde des petits comme les autres animaux mammifères tandis que les crapauds ordinaires pondent des œufs. Le deuxième, nous avons aussi le «Sosso Bala » qui rend compte de notre passé très glorieux notamment de l’empire Mandingue ou Mali qui est également inscrit sur une autre liste de l’UNESCO appelé la liste représentative du « patrimoine culturel immatériel de  l’humanité ». Ce sont ces deux biens enregistrés, d’autres biens qui sont en attentes d’inscriptions, mais nous travaillons sur cela. Il faut documenter et ressortir toutes les valeurs de ces biens avant que l’UNESCO les accepte », a-t-il laissé entendre.

Pour en savoir plus si le mont Nimba, qui est un patrimoine à titre international, n’est pas menacé suite à l’exploitation minière, le Directeur national n’a pas hésité d’avouer: « Je ne peux pas le nier, mais comme c’est l’Etat qui gère, j’en suis certain que toutes les dispositions nécessaires seront prises afin que tout se passe dans les normes ».

En terme de revenus que rapportent ces sites pour le pays sur le plan de développement, Aboubacar Sidiki Condé répond sans ambages : « Ils ne rapportent rien, mais justement c’est en cela où se repose le grand travaille à réaliser. Faire en sorte que nos sites liés aux vestiges de Samori à Kérouané et à Bissandougou, de Alpha Yaya Diallo, du pénitencier et la tombe du waliou de Gomba à Fotoba dans les îles de Loos soient une véritable source de revenus, il faut les mettre en valeurs à fin que ces patrimoines deviennent une destination et un levier de développement pour le pays. Et cela se fait en investissant comme on le fait dans n’importe quel secteur. Que ce soit les mines, l’agriculture, mais surtout en les réhabilitant, en les désenclavant et en restaurant. Vous n’êtes pas sans savoir que par le biais du patrimoine culturel, nous pouvons développer plein de secteur comme l’artisanat local, le transport local  et ainsi que l’art culinaire ».

Aujourd’hui, les installations entourent le monument du 22 Novembre, la direction nationale du patrimoine historique dit qu’il a attiré l’attention les responsables du Palais peuple sur les valeurs qu’incarne ce monument. « Nous avons échangé avec les autorités en charge de l’administration du Palais du peuple et nous avons attiré leur attention sur l’importance de ce monument. Donc, les jours à venir de nouvelles dispositions vont entrer en vigueur afin d’éviter que l’espace qu’occupe le monument ne soit pas transformé en lieux d’activités qui ne corrobore pas à l’histoire de ce monument qui exprime la bravoure du peuple de Guinée. Ce site ne doit abriter que des activités qui honorent la dignité du peuple guinéen, ce qui voudrait dire qu’on ne peut pas exposer des activités qui ne collent pas à sa nature.  La direction est sur pied pour corriger cela », a-t-il précisé.

Parlant des projets que la direction est en train d’envisager pour permettre la valorisation de nos patrimoines et leur promotion à l’international, le directeur national projette que plein de choses mais pour le moment trois projets sont prioritaires qui reflètent la mission essentielle de sa direction. « Premièrement, nous sommes en train de vulgariser suffisamment la loi et les conventions ratifiées par la Guinée si nous voulons promouvoir quelques choses, il faut commencer par la protéger et ce n’est pas évident sans les lois juridiques. Il faut permettre aux décideurs et grands publics, c’est la première des priorités pour notre direction. Deuxièmement, nous voulons institutionnaliser les journées du patrimoine qui est une opportunité pour montrer au monde les richesses et les diversités du patrimoine culturel national et fédérer les énergies de tous les intervenants. Nous, ministère de la culture, avons besoin des autres départements comme le tourisme, la recherche scientifique, l’éducation nationale, le plan, l’Administration du territoire et les Mines. Cette journée sera mise à profit pour interpeller tous les acteurs publics et privés, internationaux sur la nécessité de coordonner nos actions en vue de valoriser nos patrimoines en tant que ressources.  Troisièmement, renforcer nos capacités opérationnelles, équiper le personnel pour pouvoir faire des contrôles régulier sur le terrain. Donc, parmi nos priorités nous pouvons retenir ces trois d’abord ».

Le directeur national du patrimoine historique rappelle que le patrimoine culturel est l’affaire de tous. Selon lui, l’identité culturelle est ce qui permet de faire la différence entre un Guinéen du Malien ou bien de l’Ivoirien. Il a également interpellé le gouvernement guinéen et les populations guinéennes de s’y intéresser à la protection de ces biens qu’il considère comme premiers gardiens du patrimoine culturel national.

Entretien réalisé par

Saraf Dine Condé