Mort tragique de Demba à Dakar, Sékou Le Gros Camara se souvient

0
188

Conakry-Guinée: 5 avril 1973- 5 avril 2021. Il y a juste 48 ans que la mort arrachait à la Guinée voire toute l’Afrique, le célèbre chanteur du Bembeya Jazz national et international, Aboubacar  Demba Camara. C’est à Dakar, capitale sénégalaise où le Bembeya devait tenir en haleine les Dakarois que Demba a croisé son destin suite à un accident de circulation. Un coup dur qui frappa toute l’Afrique particulièrement la Guinée. Après 48 ans de cette perte, un des membres fondateurs et influents du Bembeya, El Hadj Sékou «LE GROS» Camara, se souvient de l’homme et de l’accident tragique de Dakar.

La commémoration de la mort de Demba est une étape décisive qui s’inscrit dans le registre de notre histoire. Un temps d’arrêt qui devrait interpeller des Guinéens en général, les artistes en particulier. Car ce dragon de la musique guinéenne, l’animateur fulgurant, l’inimitable Aboubacar Demba Camara du Bembeya Jazz national, avait tout donné à la Guinée soit dix (10) de succès.

Il s’éteignît à l’âge de 29 ans laissant une unique fille. Madame Camara Koulako Demba « Coco » pour les intimes, femme d’affaires.

Pour amener les Guinéens à se remémorer de Demba, la génération actuelle, sélection communication a organisé en 2013 sous la présidence d’honneur du ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine Historique, au Centre culturel Franco-guinéen à l’occasion de cet anniversaire un point de presse relatif au lancement de la 12ème édition du Djembé d’or en hommage au mythique chanteur-Demba dont le groupe continuer à bercer les mélomanes guinéens à travers ses œuvres inaltérables.

Un des membres fondateurs et influents de l’orchestre, Elhadj Sékou LE GROS Camara nous offre chaque fois que l’occasion se présente une belle page de l’histoire de Demba. L’évènement, ça se fête. Bibliothèque en matière de musique et art, Sékou LE GROS revient ici sur l’accident tragique de Dakar et la vie de Demba. «Chaque 5 avril de l’année, nous commémorons l’évènement tragique qui a endeuillé l’Afrique de l’Ouest en général et la Guinée en particulier. Ce jour-là, tout Dakar attendait le Bembeya qui avait quitté Conakry le 31 mars 1973 pour répondre à l’invitation de l’Association de solidarité et d’amitié de Dakar. Cette association, poursuit M. Camara, avait projeté un événement presque national pour avoir des recettes afin de construire son centre culturel. Deux jours auparavant, elle avait envoyé une délégation au ministre guinéen de la Culture d’alors, puis le président Ahmed Sékou Touré, pour accorder certaines facilités quant à l’organisation de cet événement culturel. Ce qui fut fait. Le rendez-vous est alors pris pour le 31 mars à Dakar pour célébrer la fête au théâtre Daniel Sorano où les arrivés à Dakar dans la soirée, Demba et ses compagnons devraient faire un tour à l’hôtel se débarbouiller avant de finir l’aménagement du podium sur lequel, il se produirait au théâtre Daniel Sorano. Entre l’Aéroport et l’hôtel méridien, le trio événementiel (Demba-Sékou-Salifou) à la rentrée d’un virage rencontre le destin avec l’accident de la voiture dans lequel Demba subira un traumatisme  crânien, Salifou un choc au niveau des reins, Sékou Bembeya, une fracture du bras ».

Au lieu de l’accident, certains Guinéens et Sénégalais viennent se recueillir là. Mme Camara Koulako, fille d’Aboubacar Demba, affirme : « A Dakar, le lieu de l’accident de mon père est devenu un lieu de pèlerinage pour moi’’. Au pays de la Teranga, les œuvres de Demba l’ont rendu immortel.

Dakarois devaient voir Demba, celui dont la voix suave et captivante berçait des millions d’Africains en quête d’identité. Malheureusement comme l’a titré un camarade sénégalais : « Demba a vu Dakar, mais Dakar n’a pas vu Demba ». Pas mal des gens ont dit : non Bembeya va jouer.

«Pendant ce temps, nous étions à l’hôpital principal avec Salifou, petit Sékou le guitariste et Aboubacar Demba qui était gravement blessé. Donc rendu à l’évidence, le public à commencer  à déferler sur l’hôpital principal et à l’hôtel  ou les membres de l’orchestre ont ressentie avec une douleur extrême, l’immense qu’ils ne puissent dans la foi qu’en parler aujourd’hui. Dieu a donné, Dieu a repris ! ». Avec cette fois, Sékou LE GROS et ses collègues ne pouvaient  et s’en remettre au seigneur, le tout puissant Allah.

Mais d’où est parti le succès de Demba ?

Pour le doyen Sékou Camara, Demba a intégré le Bembeya le 5 décembre 1962 à Beyla. «Salifou et Demba, deux amis inséparables ont rejoint Beyla à la recherche de leur maître d’atelier-Etienne Touré qu’il les a formé à Kankan à la section manuelle de l’école primaire de cette ville. Parce que l’époque coloniale, on avait prévu auprès de chaque école primaire, une section manuelle à travers laquelle il y avait 3 petits section à savoir : la menuiserie, la charpenterie et la forge. A côté de chaque cour classique, chaque élève devait passer à la pratique dans ses différentes sections. Donc Salifou et Demba qui ont fait leurs études primaires à Kankan ont bénéficié de ces cours en même temps que les cours qu’ils prenaient. Dieu merci, ils préfèrent être ouvriers que d’être fonctionnaires plus tard. Donc, ils se sont donnés aux études. Et à la fin de leur formation, ils ont rejoint leur maitre Etienne à Beyla.

Pendant le travail, Etienne constatait que ses élèves chantaient bien. Un jour, le maître a appelé Mory Diabaté qui devait être le chef d’orchestre de Simandou (Beyla) pour lui signifier que Salifou et Demba étaient tous chanteurs. Mory qui les avait réceptionnés à la gare routière et les avait logés, va les conduire à l’hôtel Relais où Sékou Bembeya répétait tous les soirs. Devant cette guitare, les deux passent à l’épreuve. Demba qui excellait à cette époque dans les chansons cubaines interprète la chanson de Baroso, un éminent chanteur cubain, avec l’accompagnement de Sékou. Ensuite Salifou vient aussi faire sa prestation avec sa belle voix. Et Sékou n’hésitera pas à porter son choix sur Salifou. Mais ce dernier connaissant Demba dans sa prouesse et la maitrise de la chose demande à Sékou de prendre Demba comme chanteur. « Moi je ne connais rien mieux, je n’ai pas la maitrise du rythme ». Alors, Sékou qui avait un sens élevé a présenté les deux  futurs chanteurs qui ont finalement reçus l’orchestre en 1962 ».

Et c’est ce jour, se souvient, Sékou LEGROS que l’aventure de Demba a commencé avec Bembeya qui fut créé le 15 avril 1975. Dans le groupe, Demba était beaucoup plus familier à Sékou Bembeya. « Avec moi, puisque j’avais la facilité de communication avec coquette d’enseignant, tous était avec moi. Demba est donc un produit que nous avons fabriqué ».

Du vivant de Demba, Sékou LEGROS se souvient : «Demba était un jeune respectueux de la tradition africaine. Jamais, il n’a élevé sa voix devant ses aînés. Quand il se passe quelque chose entre lui et un membre de l’orchestre, il gardait toujours son sang-froid et venait se confier à moi. Vous savez, il était bègue et généralement les bègues sont pondérés et n’aiment pas trop parler. Donc, Demba avait son style et respectait et chantait avec tout le monde ».

C’était aussi, un artiste complet capable d’imposer au second gré sur scène. « Demba était un génie, il avait le génie en lui. Sur scène quand petit Sékou jouait certaines notes de guitare, ça inspirait chez Demba des gestes comme par télépathie et la chose le rendait fou. Son secret était dans la foule, la masse. C’est-à-dire quand il se trouvait devant une foule nombreuse, il domptait le rythme et le son de sa musique qui lui rendu encore fou sur scène », martèle Sékou LEGROS Camara.

Amara Touré