Culture : Sans subventions, les Ballets africains de Guinée meurent à petit feu !

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Conakry-Guinée : Première troupe de danse culturelle, les Ballets africains, créées en 1948 par le célère chorégraphe et poète feu Fodéba Keita, peinent à vivre aujourd’hui à cause de l’indifférence des autorités chargées de la culture guinéenne qui ne leur subventionnent pas. Malgré les innombrables succès de cette troupe sur le plan national et international.

Dans un entretien que le directeur artistique des Ballets africains nous a accordé le 24 juin, il n’a pas manqué d’exprimer son amertume.

Une troupe qui a connu pendant longtemps des moments de gloire, elle a fasciné le monde à travers son incroyable talent de danses traditionnelles. Elle a été créée dans le but de montrer au monde que l’Afrique a sa propre identité culturelle qui peut séduire, créer des sentiments de joie immense en chaque individu. El hadji Amirou Bangoura, actuel directeur artistique des ballets africains, revient sur l’historique de la naissance des Ballets africains : «Créées en 1948 par le célèbre chorégraphe, poète, feu Fodéba Keita. Il avait eu cette initiative lorsqu’il était parti à l’école des enseignants à Williams Pointy à Dakar pour pouvoir avoir l’idée de créer cet ensemble. Pour montrer à la face du monde que l’Afrique en général et la Guinée en particulier ont leurs cultures ou leurs propres traditions. Que l’Afrique n’est pas isolée. Si à la création du monde au début, les Africains portaient des feuilles pour se couvrir le corps, on est allé maintenant à la peau des animaux. Ensuite, nous avons commencé à porter des cache-sexes. De là, on est allé à des pantalons bouffant. Et à partir de là aussi, les gens ont fait des kaftans. En un mot, on a commencé de bien s’habiller pour se couvrir le corps. Feu Fodéba Kéita l’a créé avec l’appui d’un de ses amis intimes dont Facély Kanté qu’il l’avait vu au pont de Fédère à Dakar, qui était transporteur. Lorsque Facély arrivait à Dakar pour se reposer, il avait sa guitare. C’était un virtuose, un excellent joueur de guitare. C’est dans ce pays et dans cette circonstance que les deux-là se sont rencontrés et ont pris l’initiative de créer les Ballets africains de Kéita Fodéba. En 1958, Keita Fodéba a commencé à assumer la responsabilité au sein de ce 1er gouvernement. Il est venu en Guinée parce que les Ballets africains à cette époque, c’était toute l’Afrique jusqu’aux îles Caraïbes. Donc, avant de rentrer, il a dit à ses amis de venir avec lui pour initier les jeunes de la Guinée pour qu’ils puissent prendre la relève pour pouvoir continuer ce qu’ils ont commencé».

Né d’une idée révolutionnaire, les Ballets Africains étaient un groupe au début panafricain qui a avait pour mission de promouvoir la culture africaine. Donc, tous les pays africains étaient concernés. Selon Amirou Bangoura, le nom des ballets a changé au fil du temps. «De 1948 en 1958, les Ballets étaient une troupe privée. Le Théâtre africain de Keita Fodéba en 1949. Ensuite, les ballets africains de Kéita Fodéba en 1950. A partir de 1959, c’est devenu une troupe de République de Guinée», dit-il.

Restant dans le même sillage, il rappelle les noms de quelques directeurs artistiques qui se sont succédé dans cette troupe qui fait la fierté de la Guinée et toute l’Afrique dans le passé. «Il y a beaucoup de directeurs qui se sont succédé. D’abord le tout premier était Kanté Facély en 1959. Un autre qui a fait l’école contemporaine en France qui s’appelait Sissoko Amadou avec sa femme Abssita Sissoko de 1963 à 1965. Ensuite, McCarthy Samuel en 1965. Après Sacko Sékou de 1965 en 1968 qui a laissé sa place à Hamidou Sam en 1970 et ainsi de suite jusqu’à mon tour», cite-t-il entre autres.

Apparemment, quand cette fameuse troupe était à son apogée spectaculaire, elle était un atout incontournable pour tout le peuple de Guinée et son gouvernement révolutionnaire, d’après Amirou Bangoura. «Exploits, lorsque nous étions régulièrement à l’extérieur pendant des contrats, les Ballets contribuaient à la solidification de la révolution. Parce que chaque fois qu’on avait un cachet de contrat, on achetait des Magres, des ballons pour les footballeurs ou on achetait des instruments de musique pour les orchestres à l’époque. On avait deux comptes à l’extérieur. L’un à Manhattan à New York, le second en Suisse. Et c’est dans ces comptes qu’on puisait de temps en temps, quand le gouvernement avait besoin de quelque chose à l’extérieur. On était bien structuré. Mais actuellement il y a rien».

Nonobstant les difficultés que connait ce groupe aujourd’hui, il continue à espérer et à former les jeunes qui seront la relève de demain. «Le mode de fonctionnement du Ballet, au point de vue évolution, préparation des nouveaux tableaux, préparer les nouveaux talents, ça va très bien et ça avance. Nous avons aujourd’hui dans les Ballets Africains 99% de jeunes qui continuent à actionner, à travailler très fort pour que les Ballets ne périssent pas. Nous sommes là et au fur à mesure qu’on avance, vous verrez ce que sont les Ballets africains». L’Afrique est pleine de mystères et d’ardeurs, son affirmation dans un monde en plein épanouissement se fait généralement à travers ses cultures et ses traditions. C’est ce qu’ont fait les ballets à travers les pas rythmant de cadences de ses danseurs et la voix soprano de ses illustres chanteurs qui ont marqué la Guinée et tout le reste du monde. Les Ballets africains n’utilisent que les instruments traditionnels et danses tous les rythmes de chaque région de la basse côte à la Forêt. «Nous utilisons tous les instruments traditionnels à moins qu’on n’en gagne pas. Nous avons actuellement à notre portée, le balafon, la cora, le tam-tam, le san-gban, le doun-doun, la flute et les cris de la forêt etc. Dans les pas de danse, nous interprétons tous les rythmes de danses de la Guinée. Il y a le doundoun, le manet, le triba de Boké. Le toupoussèssè du Fouta, le rythme konyagui, etc.»

Concernant des subventions, les Ballets africains ne perçoivent aucune subvention de la part du département chargé de la Culture. Ils sont abandonnés à leur sort, contraint d’avancer à pas de caméléon pour ne pas mettre à l’eau les années de dure labeur remplis de ferveur, de gloire, d’amour, de solidarité et de fraternité. «Depuis presque 10 ans, les Ballets Africains n’ont pas de subvention. Nous vivons de notre propre poche, de notre propre production. On fixe un montant quand des gens viennent nous voir pour faire des spectacles pour eux. Et c’est à travers ces prix-là qu’on fait des pourcentages. Le premier pour les artistes et le deuxième pourcentage, c’est pour nous habiller. Sinon, actuellement, on n’a pas un franc comme subvention. Nous nous battons comme nous sommes des patriotes qui aimons ce métier-là. Car, il est difficile de faire travailler des jeunes sans leur donner au moins quelque chose. Nous espérions avec l’arrivée de ce nouveau ministre au moins d’avoir un peu de soutien financier. Mais jusqu’à présent rien n’est fait dans ce sens», se lamente Elhj. Amirou Bangoura.

Une des plus ancienne de ce symbolique groupe culturel de la Guinée, Manana Cissé, membre depuis 1959, sans équivoque, s’inscrit dans le même cadre que son directeur artistique. Selon elle, la troupe mérite la reconnaissance des autorités. Car, son papa, était l’un des fidèles compagnons de feu Ahmed Sékou Touré, qui s’est battu pour l’indépendance de la Guinée. Même qu’elle a donné sa part de patriotisme.

Les Ballets africains méritent mieux, car ils ont fait de la Guinée d’antan, le berceau de la culture africaine.

Saraf Dine Condé