Etienne Soropogui ne décolère pas contre le pool médical et les responsables du CHU Ignace Deen (Tribune)

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Dans une tribune publiée ce 3 août, Etienne Soropogui, président de «Nos valeurs communes», incarcéré à la Maison centrale de Coronthie dans le cadre des violences post électorales 2020, accuse le pool médical et les responsables du CHU Ignace Deen d’avoir délibérément falsifié son rapport médical, pour empêcher sa libération. Ses co-accusés de l’Ufdg Ousmane Gaoual Diallo, Abdoulaye Bah et Cie ont bénéficié d’une liberté conditionnelle, pour pouvoir se soigner à domicile. Etienne Soropogui, lui, n’a pas bénéficié de ces mêmes clémences de la justice pour ne pas dire du Président Alpha Condé. Voici l’intégralité de sa tribune !

Chers compatriotes,

J’ai été particulièrement heureux d’apprendre que mes anciens codétenus El Hadj Chérif Bah, Cellou Baldé, Ousmane Gaoual Diallo et Abdoulaye Bah, tous hauts responsables de l’UFDG avec lesquels j’ai été arbitrairement arrêté et injustement incarcéré, après avoir passé ensemble de longs mois de détention ont pu finalement retrouver la chaleur du foyer familial. Ma satisfaction est plus grande, pour le doyen Chérif avec lequel je partageais, avant son admission à l’hôpital, la même cellule et pour lequel je nourrissais de sérieuses inquiétudes en lien avec sa santé que je sais fragile, ainsi que son âge avancé, qui d’un point de vue éthique, est inadapté pour subir les rigueurs de la prison.

Chers compatriotes,

La direction morale que nous entendons donner à notre pays doit nous interdire de suivre ceux qui nourrissent une obsession maladive et une volonté dévorante de segmentation de notre pays en des enclaves ethnique en s’amusant à jouer avec la corde sensible qu’est l’ethnie.

Nous devons comprendre que cela fait partie de l’un des points d’appui de la monstrueuse doctrine cynique de ceux qui nous gouvernent et qui consistent à réduire notre combat, non pas en un affrontement entre visions divergentes, mais en une opposition et un conflit entre communautés.

Nous devons refuser de prêter le flanc à ce genre de piège facile. Combien de fois allons-nous rappeler à ce gouvernement que la politique du ressentiment, du cantonnement communautaire et de l’exacerbation des clivages identitaires n’est pas une recette pour gouverner. Surtout que leur propension quasi- addictive consistant à nous mettre dans les enclaves ethniques n’affecte pas que notre vivre ensemble, elle nuit à notre sécurité et à notre avenir.

En ce qui me concerne, les valeurs auxquelles je crois m’interdisent d’entrer en collision ou en combine avec ce genre turpitude morale, tout simplement parce que je veux sortir de prison pour sauver ma «petite tête».

Chers compatriotes,

Comme vous le savez certainement, j’avais été transféré à partir de la prison, au service cardiologie de l’hôpital Ignace Deen le vendredi 27 Novembre 2020 sur un tableau ou on soupçonnait une embolie pulmonaire. À ma demande et celle de ma famille, un rapport médical retraçant le détail des pathologies diagnostiquées a été commandé. Ce rapport à dresser les diagnostics suivants :

1- Hypertension artérielle grade 2(HTA Grade II)

2-Broncho-Pneumonie bilatérale

3- Hypertrophie surrénalienne droite

Nous avons appris par la suite que le rapport médical initialement établi par l’équipe soignante avait été volontairement écarté et éludé par les autorités de l’hôpital, pour enfin produire une version tronquée qui ne retracerait pas de manière honnête et sincère les pathologies diagnostiqués.

Ils ont donc insidieusement écarté dans ce rapport le diagnostic d’embolie pulmonaire, alors que de fortes probabilités militaient en faveur de cette pathologie qui est une grande urgence cardio-vasculaire. J’avais été soumis à un traitement anticoagulant (Lovenox) qui a été interrompu en raison des difficultés à surveiller ce type de traitement en milieu carcéral.

Je ne suis donc pas à l’abri de faire d’autres épisodes de thrombose veineuse, voire d’embolie pulmonaire. Il s’agit là d’atteinte extrêmement grave à la déontologie médicale, que d’accepter d’aliéner son indépendance professionnelle sur l’autel des injonctions, des pressions et dividendes politiques.

En tout état de cause, nous nous réservons le droit, mes conseils et moi, de saisir le conseil de l’ordre des médecins pour tentative d’homicide volontaire en lien avec un manque de loyauté à son serment et établissement de certificat tendancieux et complaisant pouvant porter préjudice à une personne privée de liberté.

Chers compatriotes,

Il vous est loisible de poser le constat par vous-même que nous sommes tous autant que nous sommes, malades à l’intérieur de cette forteresse. D’Ismaël Condé, (qui a passé la nuit du samedi à dimanche aux urgences) à Fonikè Menguè (déjà hospitalisé).

De Haba à Onivogui en passant par l’iman Baldé de Wanindara et tous les anonymes, tout le monde traîne une maladie. Mais nous tenons, parce que nous avons la conviction solidement ancrée que dans l’intérêt de la lutte pour une Guinée démocratique, débarrassée de la dictature, au-delà des beaux discours, il faut savoir faire don de sa personne en acceptant la pression des épreuves, en acceptant de souffrir et en acceptant de se sacrifier.

Ce sont là, hélas, les prix à payer si nous voulons bâtir une société véritablement démocratique. Et ce n’est pas le Président Alpha Condé qui a représenté pour une génération de Guinéens, notre génération, un symbole national de Constance Politique et de fidélité à ses idéaux (même s’il les a hélas trahis) pour lesquels il s’était si longuement battu, parfois avec obsession et entêtement, souvent au prix de sa liberté, de sa santé et au prix de son équilibre familial, qui me dira le contraire.

Etienne Soropogui

Président du parti Nos Valeurs Communes