Culture : «La littérature a été une passion» (Dr N’Famara Camara, médecin et écrivain)

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Conakry-Guinée : Entre l’indépendance et l’espoir, il n’y a qu’un pas que Dr N’Famara Camara, médecin et écrivain qui réside en France, a vite franchi dans ses œuvres littéraires. Il dépeint une Guinée de tous les défis. Un pays de tous les paradoxes. Il nous narre un environnement de tous les espoirs perdus.

Pour mieux connaitre l’homme et ses œuvres, notre reporter lui a tendu son micro.  

Guineetime.info : Veuillez-vous présenter à nos lecteurs ?

Dr N’Famara Camara : J’ai étudié à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Après ma formation, je me suis inscrit en Master de santé publique en France où je me suis spécialisé Médecin des problèmes de santé et de développement des systèmes de santé dans les pays tropicaux. J’ai aussi fait la formation en nutrition d’éthique en santé.

Comment avez-vous embrassé la littérature au moment où les jeunes n’y s’intéressent plus ?

La littérature a été une passion. J’ai écrit mon premier roman quand j’étais au lycée en 1995-1996, pendant la guerre de Sierra-Léone. J’étais partie faire mes vacances auprès de mes parents. Je suis de Kindia, mais j’ai mes parents aussi à LAYAH. Quand la guerre de Sierra Léone a éclaté, les réfugiés sont venus à LAYAH où un camp de réfugié y a été installé. On partait là-bas le soir. C’est là que j’ai croisé un jeune Mansaré que j’ai raconté dans  »Ame noire en péril ». Le destin tragique de la famille Mansaré m’a été raconté par un enfant. C’est une histoire que j’ai écrite sur la base d’une promesse. Dès que je suis retourné à Kindia, je me suis mis à écrire dans les années 1996-1997. Vers 1998, le manuscrit était déjà prêt.          

Peut-on connaitre vos œuvres et de quoi il est question ?

Le premier livre, c’est  »Ame noir en péril », qui raconte la guerre civile en Sierra-Léone. Ce qui me motive surtout à écrire, c’est quand j’observe les guerres en Afrique en général. Quand j’ai jeté un regard sur les guerres en Afrique, à l’époque le Libéria, la Sierra Léone, la Centrafrique, le Congo (RDC) étaient des foyers incandescents. C’est comme toute l’Afrique était dans la guerre. C’est pourquoi, j’ai donné ce titre  »Ame noir en péril ».  C’est-à-dire les Africains en danger avec toutes ces guerres et j’ai pris un exemple concret sur la guerre civile en Sierra Léone et j’ai raconté dans le roman. Le deuxième, c’est aussi dans le même objectif. J’observe les choses surtout pour l’Afrique en général et en particulier la Guinée, cette fois-ci. Quand j’ai fait mon observation vers la fin des années 2019, je me suis dis :  »Nous, les Africains, nos grands-parents se battaient pour l’indépendance. Ils le faisaient pour qu’enfin qu’on soit libre et digne. Ils vivent chez eux librement et surtout dans la dignité. Puisqu’à cette époque-là, le rêve était permis aux Africains. Ils avaient l’espoir que quand ils prennent leur indépendance, ils pourront se nourrir suffisamment, se loger, se soigner, s’éduquer. Peut-être même se construire de belles routes. Je me suis mis à leur place, parce qu’ils ne peuvent pas mener ce combat-là inutilement, ils avaient quelque chose en tête. En 2022, est-ce qu’on voit tous ces rêves-là ?  C’est pourquoi j’ai dit :  »Les espoirs perdus’‘. J’en ai pris l’exemple sur la Guinée et j’ai remonté le temps jusqu’aux premières heures de lutte pour l’indépendance. Je suis revenu quand on a dit aux Français non, on ne veut plus continuer à être vos esclaves. Toute l’Afrique espérait que c’est fini. Nous sommes rentrés dans l’histoire par la grande porte, c’était le premier chapitre. C’est comme un rétroviseur, j’ai essayé d’être le plus neutre que possible. Tous ceux qui ont lu le livre, m’ont dit :  »M. Camara vous avez été excellent en écrivant ce livre-là, parce que vous êtes neutre ». Certains me reprochent de ne pas développer. J’ai dit non, parce que le plus souvent quand on rentre dans les explications ou le développement, on tombe dans le piège. En tant qu’être humain, tu as toujours une sensibilité. Tu risques de mettre A à la place de B, ce qui change le contexte. Tu deviens le centre d’une prise d’opposition face au fait. J’ai évité de faire cela en racontant les faits. Le troisième chapitre c’était  »Conté Sogué », c’est-à-dire l’époque de Conté. Comme je vous ai dit, l’arrivée du Général Lansana Conté a aussi suscité beaucoup d’espoir pour les Guinéens. On a vu le début et la fin, c’était vraiment compliqué après. Et puis aussi la transition est venue. Le quatrième chapitre parle de ‘‘la junte et la transition ». L’espoir que cela a suscité. Tout comme  »Alpha Sogué », qui a également fait rêver les Guinéens. C’était un grand espoir pour tout le continent africain, mais vers la fin vous avez vu ce qui s’est passé. C’est l’ensemble que j’appelle  »l’Espoir perdu ».

Comment avez-vous concilié la littérature et la médecine ?

Quand je regarde mon passé, je dirais que Dieu ne m’a pas donné une spécialité dans la vie, je suis polyvalent. Quand j’étais au collège je n’avais pas de choix. Mon conseiller à l’orientation à l’époque, M. Apollinaire, m’a mis en expérimentale, parce que j’étais bien partout. J’avais la meilleure note de la classe dans toutes les matières. J’ai fait les sciences mathématiques au lycée, mais j’ai finalement opté pour les sciences expérimentales à l’université.  Par ailleurs, je suis écrivain dans la vie courante, c’est le destin. Aujourd’hui, je suis médecin en Santé publique, spécialiste des problèmes de santé et de développement des systèmes de santé dans les pays tropicaux. Comme la Guinée est un pays tropical, cela me facilite la tâche dans l’écriture. C’est vraiment parallèlement.         

 Votre message à l’endroit de la nouvelle génération ?

Je ne peux conseiller que le travail. Parce que je suis sûr et certain que c’est cela seulement qui pourra nous changer. C’est ce qui peut nous amener très loin dans la vie. C’est le travail qui peut nous permettre de donner un sens à notre indépendance et à notre liberté. C’est le travail qui nous fait vivre.

Propos recueillis par Amara Touré