« Si nous, grands prêtres de la démocratie qui annoncions l’arrivée du règne du droit, mais si après tout la démocratie n’a pas de droit de cité, c’est dramatique », dixit Jean Marie Doré

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« Si nous, grands prêtres de la démocratie qui annoncions l’arrivée du règne du droit, mais si après tout la démocratie n’a pas de droit de cité, c’est dramatique et honteux »… Ou encore « Une bande d’opportunistes de forestiers à la recherche de postes ministériels est allée étouffer les cris de protestation à Zogota ».

Ou encore « Je connais qui a empoisonné l’eau au Palais du Peuple. Ce n’était ni le RPG, ni l’UFDG, moins l’UFR ». Ou enfin « Les élections doivent être correctes parce qu’au bout, la Guinée pourra faire un bond en avant ou alors on n’acceptera pas ». Tels sont les propos poignants de l’ancien Premier ministre Jean Marie Doré de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), fidèle à ses déclarations fracassantes au cours d’un long entretien qu’il a bien voulu accorder à Guinéenews© !

Guinéenews© : Après recul, qu’est-ce qui s’est passé à Zogota ?

Jean Marie Doré : Pour bien comprendre le problème, soyons simples. La société BSGR a bénéficié d’un contrat d’exploitation des minerais de fer de Kontra, Koulé et Kobéla. Neuf villages de N’Zérékoré formant le Moyen Diani sont concernés, plus Koyama dans Macenta. Les habitants des deux rives y vivent depuis des siècles, parlent Kpélé et Toma et cultivent la terre. Un beau matin, on est venu leur dire de déguerpir moyennant des indemnités payables par le truchement de l’administration. Entre-temps, la société brésilienne Vale a racheté 51 pour cent des actions de BSGR. Les deux ont fondé la nouvelle société VBG. Alors, il a été conclu de faire déguerpir les paysans pour engager la procédure du paiement de l’indemnité superficielle, dont le montant sera fonction de la superficie déguerpie. La société Vale a émis des chèques qu’elle a remis à l’autorité locale sous la supervision de l’autorité préfectorale avec l’œil vigilant du gouverneur. Mais depuis, les paysans n’ont ni senti l’odeur de l’argent, ni vu sa couleur, moins pesé son poids. En désespoir de cause, le président du district a été mandaté d’aller voir le préfet Hassan Sanoussy Camara pour lui demander de partager l’argent. Mais de quel argent s’agit-il. De l’indemnité superficielle. Je vous interdis de venir me parler de cette affaire, sinon ce qui vous arrivera sera terrible. En bon délégué, ce dernier revient au village pour rendre des comptes. Les villageois lui demandent de retourner encore, cette fois-ci avec le sous-préfet de Kobéla. A leur arrivée, le préfet demande, que se passe-t-il. C’est pour l’argent de déguerpissement. Je ne t’ai pas dit de ne plus retourner ici pour me parler de cette affaire. A leur retour, le sous-préfet est mis en prison pendant 24 heures au commissariat ou à la gendarmerie, je n’ai pas la confirmation. Au village, les paysans disent : ou nos terres ou nos indemnités. Et aussi longtemps que le propriétaire ne respecte pas cet engagement, nous interdirons tout accès au site de la société. Il faut le reconnaitre, je suis un homme de droit, mais les paysans ont empêché l’arrivée sur le site en coupant des troncs d’arbre pour joindre l’acte à la parole. Dès son installation, la société a promis aux riverains de les prioriser dans le recrutement de la main d’œuvre. Les villageois se présentent à la société pour postuler à des tâches, on leur demande de payer trois à quatre millions de francs, où vont-ils trouver cet argent ? Mais ce qui les a beaucoup énervés, c’est quand ils ont vu sur le site des bagages de citoyens venant d’autres coins du pays qui occupent des emplois qu’eux-mêmes pouvaient assumer. Ils ont alors demandé d’où viennent ces gens. Finalement, ils ont trouvé une liste sur laquelle le préfet a proposé quarante personnes, le gouverneur quarante aussi, le secrétaire général vingt, et ainsi de suite, c’est hiérarchisé…

Guinéenews© : Des recommandés voulez-vous dire ?

Jean Marie Doré : Oui, ils ont même menacé la société d’embaucher leur recommandé sans quoi ils vont lui mettre les bâtons dans les roues. Voilà comment les recommandés ont été embauchés au détriment des locaux. Mais il faut que cela soit clair, les habitants de Zogota n’ont jamais dit qu’ils seront les seuls à être embauchés dans la société. Non ! C’est quand la crise a atteint toute son intensité qu’ils ont dit qu’ils seront les seuls à travailler là-bas. Mais ce sont des propos d’énervement qui ne tiennent pas route. Les gens sont désemparés. On leur demande de payer de sommes colossales, alors que les recommandés sont intégralement recrutés, quelle que soit leur compétence. Voilà pourquoi, en plus des paysans, les jeunes de Kobéla se sont fâchés. Et les deux colères se sont rencontrées. Dans ce genre de situations, on ne prend pas la peine de réfléchir. Tout le monde est énervé. C’est ainsi que certains énervés ont saccagé le site de VBG, incendié les conteneurs, cassé des ordinateurs et démoli beaucoup d’objets. Au bruit de ces casses, le gouvernement a envoyé une délégation ministérielle dirigée par un ressortissant de la région, Mr Edouard Niankoye Lamah. Mais celle-ci a commis une faute.

Guinéenews© : Mais laquelle ?

Jean Marie Doré : Quand vous partez régler une crise de telle ampleur dans une région, il faut voir et les autorités officielles et les autorités morales, les sages. Mais de l’aéroport, eux sont allés directement sur le site. Mieux, ils ne sont pas allés rencontrer les villageois. Mais ils se sont arrêtés là où les casses des installations ont eu lieu pour s’apitoyer sur les destructions. Et ils ont dit que cela ne restera pas impuni et qu’il faut donner un exemple. Ils ne se sont pas contentés de dire ça sur le site seulement, mais ils sont allés encore à la radio rurale de N’zérékoré. Leur déclaration radiophonique confirme leur présence effective à N’zérékoré. Toutes les populations sont étonnées. Les jeunes, excités, se sentant insultés et bafoués ont envahi le domicile du patriarche de N’zérékoré à Dorota pour menacer. On pensait que cette déclaration est une simple mise en garde.

Guinéenews© : Venons-en aux tueries proprement dites…

Jean Marie Doré : Dans la nuit du vendredi à samedi, entre minuit trente et deux heures, une équipe comprenant un nombre indéterminé de militaires, de gendarmes et de policiers dans des camions venant de Macenta et de Gueckédou débarquent à Zogota mais se heurtent à des troncs d’arbre érigés en cours de route. Au bruit de leur tronçonneuse, les populations se réveillent. Le président du district accourt aux nouvelles, mais est mis aux arrêts, ligoté au véhicule en marche, puis trainé à terre. On veut le fusiller, mais un d’entre eux soutient qu’il est invulnérable. Il sera égorgé comme un mouton de Tabaski.

Guinéenews© : Vous ne racontez pas un film ?

Jean Marie Doré : Non ! Et puis, son frère, qui le suivait a été ligoté aussi. Quelqu’un d’entre eux soutient qu’ils ne peuvent tuer un tel qu’en tirant dans son œil. Voilà pourquoi nous parlons de planification parce que des guides ont été choisis en raison de leur connaissance du terrain. C’est ainsi qu’ils ont mis le fusil dans son œil pour le tirer. Son crâne a volé en éclat. Trois autres personnes ont été tuées dans de conditions horribles pareilles.

Guinéenews© : D’aucuns comparent les casses aux morts

Jean Marie Doré : Je condamne les casses mais notre loi dit de garantir la sécurité des personnes et de leur bien. Quel que soit le coût, cent millions, deux cent millions, j’ai entendu des chiffres colossaux pour justifier l’action. Non ! Même si le coût vaut un milliard de dollars, c’est remboursable. Si toute la Forêt se réunit, elle peut payer l’addition. Mais toute la Guinée réunit ne peut pas ressusciter un mort. Ni vous, ni moi, ni le Président de la République, ni le Gouvernement uni à tous les imams et papes de la terre, personne ne peut ressusciter un mort. Lorsqu’une personne meurt dans ces conditions, c’est irréparable, une soustraction frauduleuse et criminelle dans le potentiel humain de la patrie.

Guinéenews© : Vous ne faites que dénoncer….

Jean Marie Doré : Non ! Il faut punir ceux qui ont exécuté cela. Il faut punir ceux qui ont planifié cela. Il faut punir ceux qui ont ordonné cela.

Guinéenews© : En clair…

Jean Marie Doré : En clair, nous condamnons sévèrement, sans appel, ce qui s’est passé à Zogota et à Siguiri. Je suis pour une commission d’enquête.

Guinéenews© : Comme celle promise au lendemain de l’empoisonnement à l’entre-deux-tours…

Jean Marie Doré : Je demande une vraie enquête indépendante qui ne se contente pas de donner son avis au commandant de zone, au chef de la police, au patron de la gendarmerie, ou à quelques notables. Et après dire, voilà le résultat. Non ! Je veux une vraie enquête.

Guinéenews© : Mais deux préfets sont limogés

Jean Marie Doré : Déjà un commencement est là, avec la radiation des préfets de Siguiri et de N’zérékoré. Je félicite le gouvernement pour cet acte. C’est une bonne chose mais c’est insuffisant parce qu’un préfet ne peut pas se permettre tout seul dans une préfecture comme Siguiri ou N’zérékoré prendre une telle décision sans s’appuyer sur une autorité.

Guinéenews© : Que voulez-vous insinuer ?

Jean Marie Doré : Il faut chercher les autorités qui ont soutenu en sous-main les conduites inqualifiables de ces hauts fonctionnaires pour faire un peu d’aération dans la maison Guinée. Je ne suis contre personne mais je condamne les actes ayant conduit à cette tragédie. Certains croient que les uns sont faits pour souffrir. Moi, je dis non !

Guinéenews© : Le gouvernement peut étouffer l’affaire, surtout que les élections arrivent…

Jean Marie Doré : Si cette affaire n’est pas bien gérée, si elle doit se répéter, ce ne serait pas dans un cadre ventilé. C’est un avertissement. Et puis, les élections doivent être correctes parce qu’au bout, la Guinée pourra faire un bond, soit en avant ou alors on n’acceptera pas. Jamais, plus jamais, il ne faut pas que les gens pensent qu’ils peuvent impunément se permettre de faire du n’importe quoi dans ce pays. Jamais, je le dis solennellement, il faut que cette affaire de Zogota soit réglée correctement. Il faut que les élections soient correctes aussi. Chacun de nous connait à peu près son poids électoral.

Guinéenews© : Vous haussez le ton, donc vous allez porter plainte…

Jean Marie Doré : Je ne peux pas porter plainte. Je n’en ai aucune qualité. Mais les associations des droits de l’homme, les familles des victimes, elles, oui. L’homme politique a sa sphère d’intervention. Si nous nous taisons, il n’y a pas de pression. Ma première contribution est de dénoncer clairement cet acte barbare. Si j’étais avocat sans frontière, ma démarche serait différente. J’ai eu à m’expliquer à un niveau très élevé sur ce sujet.

Guinéenews© : Et qu’avez-vous demandé ?

Jean Marie Doré : J’ai dit que je suis pour l’enquête mais je ne la prendrai au sérieux que si on commence par identifier celui qui a été à l’origine de susciter la colère des paysans. Le préfet n’a pas limogé comme ça, c’est parce que certaines informations sont disponibles.

Guinéenews© : Un comité de crise a recruté un collège d’avocats…

Jean Marie Doré : Je ne suis pas obligé à faire comme eux. Je ne condamne personne à s’inscrire dans un comité de crise mais je refuse catégoriquement de faire du suivisme. J’ai ma démarche, ma vision du problème. Je vais dans ce sens-là. Il n’est pas dit que c’est la voie la plus efficace. Qui vous a dit que cela va aboutir ? J’ai parlé plus que ces gens qui se mettent au dehors. Moi, je vais à la source. J’ai eu un entretien à un niveau très élevé pour exiger la punition comme un préalable avant toute démarche de l’État.

Guinéenews© : Lorsque vous dites qu’un préfet ne peut pas se permettre de décider tout seul sans s’appuyer sur une autorité, que voulez-vous dire Monsieur Doré…

Jean Marie Doré : C’est cette délégation ministérielle, qui assurément avec les autorités locales, a planifié, selon l’ordre de qui à Conakry, je n’ai pas encore la confirmation. Mais je suppose que les autorités locales ne peuvent pas se permettre à elles seules de dépêcher l’armée dans une telle opération, sans l’aval de la hiérarchie qui commande l’armée, la police et la gendarmerie.

Guinéenews© : Vous en voulez au gouvernement…

Jean Marie Doré : Ce que je n’ai pas apprécié chez le gouvernement, c’est quand il ne parle que du site de Vale détruit sans faire allusion aux morts. A un moment donné, on voulait même étouffer l’exécution sang-froid des cinq tués. Maintenant, ils sont six. Un prisonnier a succombé de sa blessure. De Zogota à N’Zérékoré sur 165 kilomètres, ils sont frappés, torturés, les mains ligotées au dos, les gens marchant sur eux. Or, d’après mes informations recoupées, ils n’ont pas été pris avec des bâtons. Certains ont été rencontrés en cours de route pour être embarqués. Ils sont venus à minuit en violation flagrante du code de procédure pénale pour faire du rapt et du kidnapping. Ils ont exécuté de sang-froid, j’insiste.

Guinéenews© : En vous écoutant, on ressent de la peine …

Jean Marie Doré : Effectivement ! Une chose me fait de la peine profondément. Et j’en souffre moralement.

Guinéenews© : Libérez-vous Monsieur le premier ministre !

Jean Marie Doré : Vous savez, nous avons fustigé Lansana Conté. Nous l’avons traité de tous les noms d’oiseau parce qu’il méprisait la loi, disions-nous à l’époque, parce qu’il n’avait aucun sens de la démocratie. Si nous, grands prêtres de la démocratie ou prophètes de la démocratie, qui annoncions l’arrivée du règne du droit, c’est moi Jérémie qui vous parle, c’est moi Mahomet qui parle, et si après tout la démocratie n’a pas de droit de cité, c’est dramatique. Moi, j’ai honte vraiment. Honte, en tant que guinéen, en tant que leader politique, et surtout en tant qu’ancien Premier ministre ayant géré le processus électoral.

Guinéenews© : Je vous comprends, c’est triste…

Jean Marie Doré : Je ne suis pas content. Je suis profondément triste. Vous pouvez m’insulter sur ce sujet dans les journaux, je m’en fous. Écrivez ce que vous voulez jusqu’à demain, j’accepterai parce que j’ai tort. Mais je vous sais gentil, généreux et miséricordieux, vous me pardonnerez parce que l’erreur est humaine. Donc, la question posée, c’est la violation frontale, flagrante, ostentatoire des droits humains chez nous en Guinée.

Guinéenews© : Vous êtes vraiment révoltés….

Jean Marie Doré : Ce qui est surtout révoltant dans cette affaire, on a le sentiment que les autorités gouvernementales méprisent les forestiers.

Guinéenews© : C’est trop fort…

Jean Marie Doré : Cela est anormal. Chacune de nos populations régionales a ses qualités et ses défauts. Le forestier ne réagit pas rapidement mais lorsque vous l’acculez, alors le retour des bâtons n’est pas la bienvenue. Nous devons connaitre la sociologie de nos populations pour savoir ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter.

Guinéenews© : Il semble que des émissaires du pouvoir tentent d’étouffer les tueries

Jean Marie Doré : Le Gouvernement a dépêché une délégation de ressortissants de la région, qui s’agite autour du pouvoir à la recherche de postes ministériels et autres avantages. Des gens pareils sont dans toutes les régions du pays. C’est une bande d’opportunistes de forestiers….

Guinéenews© : Qui, les émissaires ?

Jean Marie Doré : Il y a une bande d’opportunistes de forestiers, qui vivent en exploitant ça tous les pouvoirs à Conakry. Ils ont été dépêchés pour aller étouffer les cris de protestation à Zogota et à Kobéla. Le président de la République leur a donné trois cent millions de francs à distribuer aux neufs villages concernés. Récemment, ils se sont présentés au village en disant que le président est très attristé et qu’il les a envoyés soixante millions comme prix de cola pour demander pardon.

Guinéenews© : Quelle a été leur réaction ?

Jean Marie Doré : Les gens ont dit, nous sommes en train de pleurer nos morts et on envoie de l’argent pour nous insulter. Ils ont refusé de prendre l’argent. Je vous dis une chose, la Guinée de Sékou Touré n’existe plus. La Guinée de Lansana Conté est terminée. Celle de Dadis est révolue. Celle du général Sékouba et de moi, pareil. Une nouvelle Guinée, qui a une conscience aigüe de ses droits, qu’on ne peut plus manipuler, est née ! Les paysans ont refusé l’argent. Mon frère Maurice Zogbélémou, qui était de la délégation, a dit que les soixante millions ne sont pas donnés par le président mais le fruit de cotisation des ressortissants de la région. C’est comme ça qu’ils ont accepté de prendre l’argent. Deux ans en arrière, les citoyens auraient pris cet argent. Le fait que des villageois incultes aient réagi comme ça prouve que le changement est venu.

Guinéenews© : Grâce à qui ?

Jean Marie Doré : Mais ce changement n’est pas intervenu par le fait de quelqu’un, mais des évènements.

Guinéenews© : Les nouveaux dirigeants ont intérêt à revoir leur copie..

Jean Marie Doré : Pour montrer la gravité de cette affaire, le monde entier s’en est saisi. J’ai été informé que la communauté guinéenne toute sensibilité confondue a rédigé un mémorandum à l’attention du chef de l’État. Il lui sera remis par une délégation à travers l’ambassadeur de Guinée en France. J’ai appris que ce groupe élargi aux Guinéens de Hollande, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne marcheront à Paris pour protester contre la négation du droit démocratique du guinéen. C’est pour dire que nous qui prétendons gérer l’État, nous devons réévaluer nos convictions et méthodes d’approches. Une remise à jour de notre patriotisme s’impose. Il ne s’agit pas de clamer que je suis patriote. Ceci est un slogan. Je dis non, c’est un comportement au jour le jour.

Guinéenews© : Vous saluez aujourd’hui la radiation des préfets de N’Zérékoré et de Siguiri. Mais à l’entre-deux-tours, certains préfets, comme ceux de Siguiri et de Pita, ont gardé confortablement leur poste, en dépit des drames ayant éclaté dans leur ville…

Jean Marie Doré : Ce n’est pas comme ça. La transition était bicéphale. Le président de la transition avait autorité sur le Premier ministre. On disait que c’est moi qui commandait le pays, oui, mais ce n’est pas au pied de la lettre. Beaucoup de choses se sont faites pendant la transition dans le dos du Premier ministre. Je considère que la constitution qui a été adoptée en catimini est un outrage inexcusable à la Guinée. J’ai insulté Mr Ibrahima Fall de l’Union Africaine et Mr Saïd Djnnit des Nations Unies qui venaient me parler dans un certain français, je leur ai dit, mais vous avez étudié où ? J’ai dit qu’il n’est pas venu du ciel, donc il n’est rien. La constitution algérienne n’a pas été adoptée de cette façon. La constitution sénégalaise non plus. Et vous venez rabaisser le niveau de la Guinée en faisant adopter en catimini notre constitution. Quand vous gouvernez, il y a des choses à porter dans la place publique, mais d’autres non. C’est une question de responsabilité. Je vous promets formellement une conférence de presse sur la transition.

Guinéenews© : En attendant, je réitère ma question pourquoi n’aviez-vous pas limogé ces préfets…

Jean Marie Doré : J’ai pris des décisions demandant la révocation du préfet de Siguiri. Mais j’ignore ce qu’est devenu ce projet. Je n’étais pas autorisé à signer, contrairement aux accords de Ouagadougou, je n’étais pas autorisé à contresigner un papier signé par le président de la transition. Cette partie n’a jamais été publiée en Guinée. Donc, je n’avais pas le pouvoir de contraindre le président à signer ou pas un décret. Mon devoir était de faire des propositions après avoir entendu le Conseil des ministres. Donc, l’affaire de Siguiri, je ne me suis plus mêlé jusqu’à sa conclusion. Je l’avoue pour la simple raison qu’on m’a enlevé les moyens d’agir. Moi, je suis profondément anti-ethnique.

Guinéenews© : L’empoisonnement à l’entre-deux-tours refait surface encore. Vous étiez Premier ministre au moment des faits. Vous avez sûrement des révélations à faire après recul.

Jean Marie Doré : J’ai des informations précises. Quand vous êtes Premier ministre, vous gérez les services de renseignements. C’est moi qui ai empêché le développement de cette affaire. Le général Ibrahima Baldé et le général Mamadouba Toto Camara m’ont appelé à 19 heures de venir en toute urgence à l’hôpital Ignace Deen. A mon arrivée, le général Baldé, en phrase précise comme son habitude, m’a décrit la situation. Les enfants sont apparemment empoisonnés. On avait de la peine à s’entendre parce que les femmes de Kaloum venaient le foulard attaché aux pagnes, le torse nu, pour demander le lynchage de la directrice de l’hôpital, qui est une peuhle. Elles disent que c’est elle qui a empoisonné leurs enfants, en disant que les enfants font de la comédie. Un mot malheureux qui a donné lieu à diverses interprétations. Les gens ont accusé directement l’UFDG, mais c’était automatique. Si l’UFDG était dans cet état, automatiquement, le RPG serait visé. Mais comme ce sont les militants de l’Arc-en-ciel qui en souffraient, on a accusé l’UFDG, ce n’est pas vrai. Ce n’était ni l’UFDG, ni le RPG, et ce n’était pas non plus de la comédie, il y a eu empoisonnement. Mais le lieu était mal indiqué pour déterminer cela. Pour le moment, il fallait réfléchir en vitesse pour désarmer les femmes qui venaient en masse pour lyncher la directrice de l’hôpital. Et cette affaire allait constituer le déclenchement de la guerre civile. Alors, une idée m’a traversé l’esprit. J’ai prié les femmes de m’accorder deux minutes. J’ai promis de régler la crise, de punir les coupables. Mais en attendant, j’ai relevé de ses fonctions la directrice de l’hôpital pour la faire remplacer par son assistant. Les manifestantes ont applaudi et se sont dispersées. Après, j’ai fait des prélèvements des crachats et vomissures pour l’OMS. Heureusement, il n’y a pas eu de morts. Et j’ai compris d’où venait le coup. J’étais dans l’incapacité d’agir sur la source ayant provoqué cela. Je connais qui a empoisonné l’eau.

Guinéenews© : Son nom et je vous en serai très reconnaissant ?

Jean Marie Doré : Il est très difficile de gouverner. C’est pourquoi certains secrets d’État sont divulgués mais après une longue période. Parce que si vous les divulguez maintenant, vous risquez d’avoir le contraire de ce que vous souhaitez. Je connais qui a empoisonné l’eau. Ce n’était ni le RPG, ni l’UFDG, moins l’UFR. Ce n’était personne d’autres. Aucun commerçant, ni malinké, ni peuhl, ni soussou, ni forestier, n’est impliqué. C’est une affaire qui s’est colportée à Conakry à des niveaux que vous ne pourrez jamais savoir.

Guinéenews© : Des Donzo sont signalés à N’zérékoré…

Jean Marie Doré : Je condamne sévèrement la présence des Donzo en Forêt pour la simple raison que ce sont des chasseurs. Ils chassent des animaux sauvages. Mais je n’ai jamais vu une biche traverser N’Zérékoré, Lola, Macenta, Beyla. Donc, leur présence ne s’explique pas. Or, tout parti politique qui recrute une milice peut être dissout. La loi guinéenne l’interdit formellement. Je dis de la façon la plus catégorique, les Donzo doivent être en brousse ou dans la savane pour chercher l’antilope ou la biche. Les guinéens ne sont pas des gibiers. C’est une provocation injustifiable. Que les Donzo aillent démontrer leur adresse en allant tirer ailleurs les agoutis, les biches, les panthères.

Guinéenews© : Et la crise que connait Fria ?

Jean Marie Doré : La situation grave, confuse qui règne à Fria est latente. Bientôt six mois, les travailleurs de l’Usine sont sans salaires. Or, les habitants de Fria sont comme ceux de Kaloum. Ils n’ont pas d’espaces pour cultiver la terre. Ils vivent de l’usine. Et nous sommes étonnés qu’aucune décision, ou même une proposition de décision, n’ait pas été prise ou suggérée afin de sécuriser ces populations plongées aujourd’hui dans le dénuement et le désespoir. Il faut que le gouvernement prenne clairement position dans l’affaire de Fria pour la reprise du travail. On ne peut pas faire des opérations chirurgicales sans couper une partie du corps. Ce n’est pas parce qu’on a cédé un peu aux Russes qu’on cesse d’être souverain. Les revendications du syndicat se sont faites sans consultation profonde de la base, ni étude du contexte économique et social de Fria.

In guineenews

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