Sidya Touré à Abidjan :  » Le parti a été réorganisé »

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Le président de l’UFR, Sidya Touré, en séjour au pays de la lagune Ebrié, s’est confié à nos confrères. Il s’est prononcé sur la situation socio-politique de la Guinée dont les législatives et le rémaniement partiel du gouvernement.

Vous êtes arrivé en troisième position à la dernière présidentielle dans votre pays. Depuis, que devenez-vous sur l’échiquier politique guinéen ?

Effectivement nous avons connu en 2010 un scrutin présidentiel qui a été extrêmement disputé. Des erreurs ont été commises notamment par nous-mêmes dans la mesure où nous n’avons pas très bien surveillé le processus électoral comme il se devait. Cela a abouti à des situations de frau­des massives. Nous nous efforcerons d’éviter cela dans le futur. Aujourd’hui, l’Union des forces républicaines qui n’a pas voulu s’associer à une démarche socialo-coloniste telle qu’on connaît actuellement en Guinée a repris le terrain en main. Nous avons préparé pendant tout ce temps les élections législatives qui malheureusement n’arrivent pas pour des raisons que tout le monde sait. Le parti a été réorganisé. Des structures nouvelles ont été mises en place parce que nous avons surtout mis l’accent sur la surveillance et la sécurisation des bureaux de vote pour ne pas que nous ayons à connaître ce que nous avons connu au premier tour de la présidentielle. Nous continuons à travailler pour préparer les législatives. Mais le parti se porte extrêmement bien et je crois que les deux années de gestion du régime actuel nous ont donné parfaitement raison. Tout le monde convient aujourd’hui qu’il fallait faire un choix différent.

Mathématiquement, tout portait à croire que la coalition formée contre le président Condé gagnerait la présidentielle. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Je préfère me limiter au premier tour de l’élection auquel j’étais. Déjà à ce niveau, les résultats ont été ce que nous savons. La Cour suprême a tranché. Je ne vais pas mettre de l’huile sur le feu. Ce que nous avons aujourd’hui, c’est une coalition de l’opposition qui représente près de 70% de l’électorat du premier tour de la présidentielle (il s’agit de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (Adp), ndlr). Nous avons en face un pouvoir dont les éléments se dissocient de plus en plus. Et qui est en train d’aller vers des élections qui seront des élections à mi-mandat. C’est-à-dire après deux ans et demi aux affaires. Nous sommes confiants. L’Adp pourra largement remporter la majorité pendant les élections législatives. C’est ce que nous préparons.

Vous le disiez, les législatives n’ont toujours pas encore eu lieu alors que la Côte d’Ivoire qui sort de crise a pu organiser les siennes. Qu’est-ce qui coince en Guinée ?

Le problème est très simple. Nous avons fini les élections dans les conditions qu’on connaît. Le président actuel a été installé en décembre. La Constitution guinéenne prévoyait qu’au mois de mai ou juin se tiennent les élections législatives. La Commission électorale nationale indépendante a organisé un séminaire dans ce sens avec le Pnud, l’Union européenne et les partis politiques. Nous sommes convenus d’y aller avec le fichier qu’on avait. Nous avions trois mois pour le réviser comme le stipule la Constitution guinéenne et délivrer les cartes additionnelles pour combler le gap concernant les cartes biométri­ques qui représentent 75% de l’électorat. Concernant les 25% restants, on pouvait en donner vu qu’on en avait le temps. Dès après ce séminaire, le président de la République a décrété qu’il voulait un nouveau fichier électoral différent de celui qui l’avait fait élire. Allez-y comprendre pourquoi. Enfin, nous le savons tous. A partir de là, une société sud-africaine est arrivée sans appel d’offres, sans accord des partis politiques et s’est mise à faire un nouveau recensement contraire à toutes les lois de la République. Nous nous sommes opposés à cela dans la mesure où nous avions constaté que cette société n’était ni fiable, ni sécurisée. Nous avons appris par la suite que partout où cette entreprise sud-africaine, Way mark, est intervenue, il y a eu des contestations parce qu’une personne pouvait se faire enregistrer dans un quartier et aller trouver sa carte à mille kilomètres de là.

Depuis un an et demi, le débat en Guinée tourne autour de cette question. Le deuxième problème est la Commission électorale nationale indépendante. Là également, des membres ont été démis et changés par le pouvoir. Le président a été remplacé par quelqu’un qui n’avait pas la confiance de l’opposition. La commission n’était plus paritaire com­me l’exigeait la loi à savoir dix membres représentants l’opposition, dix autres la mou­vance présidentielle, trois de la société civile et deux de l’administration. Il y a, à peine, deux semai­nes qu’un accord a été trouvé sur cette question. Et il n’est pas encore appliqué. Parce que le problème en Guinée, c’est que vous pouvez vous mettre d’accord sur quelque chose et qu’en face, deux semaines après, une position totalement contraire soit prise. Donc nous n’en sommes pas encore sortis.

Si la situation perdure, qu’envisagez-vous pour sortir du statu quo ?

Cela ne nous arrange pas du tout dans la mesure où nous aurions voulu que tout le débat qui a lieu actuellement dans les rues et qui de temps en temps crée des problèmes même dans les casernes, soit transporté à l’Assemblée nationale. Mais pour cela, il faut bien qu’on s’accorde sur le processus électoral. Ce qu’on ne peut pas comprendre, c’est que quelqu’un qui a eu 18% au premier tour de l’élection présidentielle puisse imaginer qu’il aura les 2/3 des sièges au Parlement comme ils le disent eux-mêmes. Ce sera inacceptable. Et nous restons fermes sur ces deux points de nos revendications.

Le président Condé a remanié son gouvernement le 5 octobre dernier. Quel commentaire faites-vous sur la nouvelle équipe ?

Je pense que c’est un gouvernement qui n’apportera rien de nouveau à la Guinée. On a remplacé certaines personnes par d’autres. Mais l’administration et le gouvernement guinéen sont caractérisés par quelque chose d’extrêmement grave. Le choix des fonctionnaires et des membres du gouvernement se fait sur une base d’allégeance non pas de compétence. Ce qui fait que le pays a énormément de problèmes, ne serait-ce que dans sa capacité d’absorption des moyens qui sont mis à sa disposition. L’année dernière par exemple, la totalité des fonds alloués à la Guinée n’ont pu être consommés qu’à 23%. Je vous signale qu’en Côte d’Ivoire, c’est 99%. C’est vous dire à quel point cela crée des difficultés dans le système d’investissement. Dans la mesure où quand les marchés ne sont pas passés, le suivi n’est pas fait. Conséquence, nous avons un retard à l’allumage au niveau de la croissance. La Guinée traîne aux alentours de 3,5 – 4% là où la Côte d’Ivoire affiche 8,5% en partant de moins 5. C’est vous dire exactement quel est le gap de réalisation et de création de richesses dans le pays alors que c’est vraiment un Etat qui en a énormément besoin. Puisqu’on part de rien du tout.

 

abidjan.net

 

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