jeudi, avril 18, 2024

L’Impitoyable Bachar al-Assad se confie…

 

 

 

Dans une rare interview, hier, le dictateur syrien a promis d’écraser  l’insurrection. Bachar al-Assad en chef de guerre et en chef de guerre très content de lui. Terriblement dur, intraitable, déterminé à rester à n’importe quel prix au pouvoir, refusant la moindre concession, tout dialogue avec l’opposition, et résolu à gagner, quel que soit le coût de la bataille.

C’est la tonalité de l’interview, l’une des très rares données depuis le début de l’intifada syrienne, que le chef de l’Etat a accordée hier à la chaîne privée du régime, Ad-Dounia. En substance, les propos du raïs étaient : je vais écraserla rébellion, même si cela risque de prendre du temps.
 

«Je peux résumer [la situation] en une phrase : nous progressons, la situation sur le terrain est meilleure, mais nous n’avons pas encore gagné, cela nécessite encore du temps», a insisté le dictateur. Une déclaration qui intervient alors que les forces loyalistes regagnent effectivement une partie du terrain perdu, notamment dans la banlieue de Damas et à Alep, même si l’opposition contrôle encore une large partie du pays.

Zones Tampons. Le raïs a cependant reconnu que son régime avait commis de «nombreuses erreurs», mais qu’il existait, malgré cela, «un lien solide» entre le pouvoir et le peuple. C’est à la veille d’une réunion ministérielle du Conseil de sécurité de l’ONU, aujourd’hui à New York, sur l’aide humanitaire aux réfugiés syriens que le raïs est intervenu. On y évoquera la question des zones tampons en Syrie pour accueillir les populations toujours plus nombreuses à fuir la répression. Or, une zone tampon, ce que demande avec insistance la Turquie bouleversée par l’afflux de réfugiés, ne peut se mettre en place sans sécurité aérienne, ce qui implique une zone d’exclusion dans les airs – laquelle ne peut être créée sans une résolution de l’ONU. Al-Assad peut compter sur les vetos russe et chinois qui ont déjà bloqué à trois reprises des résolutions impliquant des sanctions ou des mesures coercitives.

En principe, Damas n’a donc rien à craindre de la création d’une telle zone, qui constituerait en effet une réelle menace pour son régime en offrant un espace de repli à la rébellion, comme cela s’était fait en Libye. Mais Bachar al-Assad reste néanmoins sur le qui-vive, au cas où les Russes voudraient le lâcher. Aussi, l’a-t-il évoqué lors de l’interview : «Parler de zones tampons n’est premièrement pas [une option] sur la table, et deuxièmement c’est [une idée] irréaliste même pour les Etats hostiles et ennemis de la Syrie.»

C’est d’ailleurs aux Russes que le président Al-Assad semble s’adresser avec ces propos terriblement intransigeants. Une réponse, en quelque sorte, à la sortie du vice-Premier ministre et ministre syrien du Commerce, Qadri Jamil, qui avait annoncé le 21 août, pour la première fois et à la surprise générale, que le régime était prêt à discuter d’un départ du chef de l’Etat dans le cadre de négociations avec l’opposition. Or, ce Qadri Jamil n’est pas apparatchik du régime comme les autres. C’est un membre du Parti communiste, la branche qui s’est ralliée de longue date au régime baasiste syrien, et, probablement, un agent des services secrets russes. Dès lors, sa déclaration faite à Moscou semble lui avoir été soufflée par le Kremlin et semble traduire une certaine lassitude des dirigeants russes à l’égard du président syrien. D’où le ton claironnant de ses propos.

«PAtriotes». Si le raïs se sent aussi fort, au-delà de récents succès militaires et du soutien de Moscou et Pékin, c’est parce que l’opposition reste incapable de surmonter ses divisions, internes et externes, rendant difficile, sinon impossible, la formation d’un gouvernement provisoire que les Etats-Unis et les pays occidentaux pourraient reconnaître. C’est enfin parce que l’Armée syrienne libre n’a toujours pas réussi à mettre sur pied une structure de commandement unifiée, ce qui explique en partie ses échecs militaires.

Dans son discours, le raïs a également raillé les dissidents issus de son régime qui ont fait défection, dont le Premier ministre, Riad Hijab : «Les patriotes et les gens bien ne fuient pas, ne quittent pas la patrie. Finalement, cette opération [de défection] est positive, c’est une opération d’autonettoyage de l’Etat et de la nation en général.»

Enfin, si Bachar al-Assad se montre aussi intraitable – il s’en est pris ainsi violemment à la Turquie -, c’est parce que l’Iran, un pays qui demeure puissant malgré les sanctions occidentales, s’implique de plus en plus à ses côtés dans la guerre civile. C’est désormais Téhéran, plus que Moscou, que l’on sent à la manœuvre en Syrie. Hier, le régime des mollahs, à la faveur du sommet des non-alignés qui se tient à Téhéran et accueille quelque 120 délégations, a fait savoir qu’il allait créer une troïka chargée de trouver une solution à la crise iranienne. Encore une bouffée d’air pour le régime syrien.

LIBERATION.FR

 

 

 

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