Bilan politique : les forces et faiblesses d’Alpha Condé

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Il y a deux ans alors que le candidat Alpha Condé prenait en main, les commandes de la Guinée. C’était à l’issue d’un scrutin présidentiel âpre et serré. Lire notre analyse.

Investi dans ses fonctions de président de la république le 21 décembre 2010, Alpha Condé avait suscité beaucoup d’espoir, d’enthousiasme et même de fantasme au sein des masses guinéennes. Deux ans après, un bilan à mi-parcours s’impose. Les Guinéens se prennent-t-ils toujours à espérer? Que retenir des actes posés par l’administration Condé ?

Sans en avoir la prétention de dresser un bilan exhaustif, la démarche de notre rédaction vise, dans les lignes qui suivent, à tenter une analyse sur les forces et faiblesses des questions essentielles de gouvernance politique. Et surtout du quotidien du Guinéen, des services sociaux de base. 

Vingt quatre mois  après l’élection du candidat Alpha Condé à la présidence de la république, la Guinée coure toujours sous une transition devenue interminable voir agaçante. Un premier écueil. Ce qui fait du président Alpha Condé la seule institution légale et légitime de la nomenklatura institutionnelle du pays.

Les élections législatives qui devraient suivre six mois après la présidentielle, piétinent toujours à cause de la mauvaise foi et du radicalisme des principaux acteurs politiques. 
Pourtant, tous prétendent vouloir ces élections législatives pour en finir avec cette transition politique. Tous prétendent également défendre la cause des populations guinéennes pour un mieux-être. Mais à l’analyse, les intérêts supérieurs du peuple guinéen, sont parfois ignorés, méprisés, s’ils ne sont sacrifiés sur l’autel des querelles politiciennes et partisanes.

Cette responsabilité est partagée entre les tenants du pouvoir et les dirigeants de l’opposition. Toutefois, il convient de relever que l’organisation des élections, relève de la responsabilité entière de l’équipe dirigeante. Il lui appartient de créer les meilleures conditions possibles de la tenue des législatives quitte à elle de mettre l’opposition devant ses responsabilités.

En tous les cas, c’est au président Alpha Condé que le peuple de Guinée a confié ses destinées pendant une durée de cinq. Les élections législatives sont une partie intégrante de ces destinées. Il en est de même de la cour constitutionnelle au compte du pouvoir judiciaire.

Les conséquences de l’absence de ces pouvoirs suscités, sont entre autres, la concentration des pouvoirs dans les mains du président de la république. Cela augmente les risques d’autorités, et peut présenter si la présente situation perdure, les entraves graves au fonctionnement normal des institutions de la république. Sans oublier le manque de garantie aux investissements étrangers de grande envergure.

En absence d’une Assemblée nationale, la Guinée est certes recommandables mais pas si fréquentable. Récemment, la secrétaire d’Etat américaine, Hilary Cliton et Laurent Fabius ont survolé la Guinée pour aller chez nos voisins du Sénégal, du Burkina…

Diplomatie
Sur le plan diplomatique, on note une embellie. La Guinée se signale peu à peu au concert des nations. Ayant une grande partie de ses cotisations dans les instances sous-régionale, régionale et internationale, la Guinée reprend petit à petit sa place, sur l’échiquier international.

Il y a peu, le président Alpha Condé avait été désigné comme médiateur de la crise en Guinée Bissao. Même si cette mission n’a pas prospéré, mais elle symbolise un tant soit peu, un certain leadership.

Et avec l’arrivée d’un diplomate consommé aux commandes des affaires étrangères, Lounceny Fall, beaucoup espèrent que le meilleur est à venir, si on lui donnait toutes les cartes pour mener à bien les reformes entamées.

En définitive, le président de la république, Alpha Condé aurait pu mieux fait, estiment les critiques, s’il avait fait un choix plus judicieux des hommes et des femmes pour traduire en actes, son programme de société.

Droits de l’homme
Au plan de volonté politique, les nouvelles autorités ont certes fait montre d’un début de volonté à coup de discours teintés de mise en garde, d’avertissements à peine voilée. Lors de la Session Ordinaire du Conseil des Ministres qui s’est tenue le jeudi 24 février, le Président de la République, a invité le Ministre de la Justice, à organiser les Etats Généraux de la Justice. Cette rencontre qui s’est déroulée les 28, 29 et 30 Mars 2011, au Palais du Peuple, et qui a connu la participation de près de cinq cents participants, se fixait deux principaux objectifs :
1.    Engager toute la nation dans une prise de conscience collective, sur la nécessité d’asseoir une justice indépendante et crédible en Guinée.
2.    Elaborer un document de référence à partir des propositions et recommandations des participants, pour servir de base d’interventions des pouvoirs publics et des partenaires au développement. Cinq grands thèmes ont été retenus par le comité de pilotage pour
conduire ces assises. :
1.    L’Indépendance de la justice :
2.    Les infrastructures, les équipements et la documentation judiciaires :
3.    La carte judiciaire et pénitentiaire :
4.    L’exécution des décisions de justice :
5.    L’Intégration Judiciaire.

Au regard des conclusions de ces états généraux, il n’y a pas d’avancée notable sur le terrain. Il s’y ajoute que l’indépendance de la justice n’a pas encore perdu de son acuité (tant il est vrai que les déclarations émises aussi bien par les pouvoirs publics que par les acteurs politiques, sont patentes).

Au plan institutionnel
A ce niveau, il y a eu la création d’un grand nombre d’Institutions. Mais, des institutions sans moyens ni feuilles de route, toute chose qui donne à penser à la tendance vers un foisonnement institutionnel.

L’on peut citer, l’observatoire national des droits de l’homme, la Direction nationale des libertés publiques et de la réglementation au MATD, la Direction nationale des droits de l’Homme au Ministère de la Justice, la Commission nationale des droits de l’Homme, le Ministère des droits de l’Homme qui n’a ni structure meublée, ni attributions officielles, ni plan d’actions connues du public ; toute chose qui ne permet pas une visibilité, ni une efficacité tout en amenuisant les
risques conflits de compétences ou autres querelles de leadership.

Il faut signaler, que les Institutions prévues à l’articles 155 et 160 de la Constitution du 7 mai 2010 n’ont pas été mises en place à cause de la non tenue des élections législatives. Les ONG se sont aussi multipliées avec des fortunes diverses en termes de défense des droits de l’homme ou de leur promotion grâce à l’appui des PTF (partenaires techniques et financiers).

Au plan du respect des droits
Au plan du respect des droits de l’Homme et de la procédure juridique, grand a été le nombre de violations de la Constitution et de non respect de la procédure. La justice a toutefois marqué quelques points en convoquant certaines autorités, en sanctionnant certains abus mettant en cause certains journalistes.

Le climat politique tendu a pu négativement déteindre sur le social avec son cortège de manifestations bien ou mal organisées, violant ou respectant la procédure, les dérapages au rythme de la fermeté des pouvoirs publics et de la radicalisation de l’opposition. Les morts à Conakry, Siguiri, Saoro, Zogota et Guékedou n’ont pas contribué à
améliorer ce tableau.

Les facteurs d’échecs et les clefs éventuelles de succès :

La priorité donnée au détail politique sera un facteur d’échec à la longue, les massacres du 28 septembre 2009 n’ont pas été jugés à l’interne en dépit des maigres avancées. La Cour Pénale Internationale administre certes quelques fois, une piqûre de rappel symbolique, mais, elle reste freiner par le rapport coup avantage d’un procès au regard du tissu social fragile et du climat politique délétère. Mais par application de l’article 27 du Statut de Rome, il y a le « défaut de pertinence de la qualité officielle », autrement dit, peut importe le standing d’une personne, dès qu’elle commet un crime de guerre, un crime de génocide ou un crime contre l’humanité, elle sera jugée tôt ou tard. La politisation de l’administration.

Le manque d’anticipation des pouvoirs publics sur les évènements pourraient inciter l’opposition à avoir confiance à la logique de la rue, poussant ainsi le pouvoir à la faute.
 L’impunité qui risque d’être le terreau fertile de la récidive et de la multi-récidive.

Au titre des clefs de réussite, la réalisation des grands projets pour résorber le chômage et occuper la jeunesse au développement.  Développer la culture du mérite et de l’excellence. Appliquer la Loi organique 011 du 23 décembre 1991 portant statut de la magistrature et la Loi 010 de la même date portant Conseil Supérieur de la magistrature. Appliquer les conclusions des états généraux de la justice. Laisser faire ce qui est permis, ne pas développer  de complaisance envers l’interdit, et laisser la justice sanctionner ceux qui commettent l’interdit. Avec la vertu de l’exemple, le pays avancera graduellement, tant il est vrai que la démocratie et le développement ne se décrètent pas !!!
Nous reviendrons sur les secteurs de l’économie-finance et du social….

Avec une contribution de Mohamed Camara jusriste

  

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