Kiosque : Quand Hollande était bidasse

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Sur la photo prise à Oissel, près de Rouen, il fixe l’objectif d’un regard volontaire sous la casquette réglementaire. Le fusil Mas en bandoulière, comme tous les bidasses de sa section. Sauf que le jeune « François », qui se destine à l’ENA, est déjà chef.

Aspirant, il encadre une escouade de conscrits, des appelés comme lui venus de toute la France pour effectuer leur devoir militaire au 71e régiment du génie.
« J’ai appris à vivre avec des soldats qui avaient des choses à me confier. Pour eux, le service militaire n’était pas la période la plus facile de leur vie. De ce point de vue, j’ai été à l’école de la vie », s’est souvenu le candidat à l’élection présidentielle en septembre 2011. Il était alors encore loin d’imaginer qu’il lui faudrait bientôt, comme président de la République, expédier des milliers de soldats combattre aux confins du Sahel et de la basse vallée du Niger.
Le voilà chef suprême des armées françaises. Lui, le lieutenant de réserve. « J’aurais dû mettre ma tenue », a-t-il plaisanté, samedi dernier, devant une quarantaine de soldats du 126e régiment d’infanterie de Brive en partance pour le Mali. S’adressant pour la première fois à ses troupes, Hollande le belliqueux, qui veut « détruire » l’ennemi, a chanté les louanges de nos combattants :  » Je ne cesserai de dire aux Français que les soldats de notre République sont à la hauteur de la mission qui leur a été confiée. »
Tout en leur passant la consigne : « Au-delà de Bamako, même si des villes ont pu être libérées, il y a une présence d’éléments terroristes qui se cachent. » Rompez !

Le président Hollande n’est pas un bleu. Bien sûr, à la différence d’un Jacques Chirac qui fut lieutenant d’active en Algérie, il appartient à une génération qui n’a jamais fait la guerre. Mais son expérience des armes est nettement supérieure à celle d’un Nicolas Sarkozy, qui effectua son service, un balai à la main, dans un « groupe rapide d’intervention chargé du nettoyage » (sic) d’une base de l’armée de l’air, sise dans le 15e arrondissement parisien.
« Comme je serai président, il faut que je l’aie fait »

François Hollande, lui, s’est démené pour devenir un parfait soldat. Réformé en 1976 pour cause de myopie, ce brillant sujet déjà diplômé de Sciences-Po et de HEC a réclamé une visite médicale complémentaire. Et décroché, à l’arraché, le droit de servir sous les drapeaux comme tous ses camarades admis à l’ENA.

A l’époque où les jeunes gens de gauche ne songent qu’à se faire réformer ou à constituer des « comités de soldats », Hollande entre dans le rang. C’est qu’il aspire déjà aux plus hautes fonctions ! « Comme je serai président, il faut que je l’aie fait », confie-t-il à un camarade de lycée. Un bidasse normal ? Elite de la nation, les énarques n’ont pas vocation à demeurer deuxième pompe. Comme les jeunes hommes de sa promo, Hollande opte pour la filière des officiers de réserve, censée fournir des cadres supplétifs à l’armée de métier.
« François était particulièrement résistant »

L’année 1977 commence par un mois de classes à l’école de Coëtquidan, dépendant de Saint-Cyr. La chambrée de Hollande compte de brillants sujets qui sont devenus autant d’amis pour la vie : Michel Sapin, aujourd’hui ministre du Travail, Jean-Pierre Jouyet, président de la Caisse des Dépôts et Consignations, et Henri de Castries, le boss d’Axa, ont crapahuté et bivouaqué sous la pluie bretonne avec le futur président de la République.

« François était particulièrement résistant. Il ne craignait pas les marches forcées », se souvient Sapin. Avec Bernard Cottin et Jean-Maurice Ripert, deux autres camarades de promo, Michel Sapin suit Hollande dans son affectation à l’Ecole d’Application du Génie, à Angers. Entre l’Ecole des Ponts de la Maine (courant lent) et l’Ecole des Ponts de la Loire (courant rapide), les aspirants multiplient les exercices de franchissement de rivières. « J’ai appris à construire des ponts Bailey [préfabriqués et portatifs, NDLR], c’est utile les ponts en politique ! », racontera Hollande, de retour à Angers, ville natale de sa compagne, Valérie.
Son point faible ? Le lit au carré

A la caserne Eblé, toujours de bonne humeur, l’élève officier anime les conversations et sait se faire apprécier de ses hommes. « Je me souviens de l’avoir aperçu pendant un parcours du combattant, déterminé et combatif, et finalement il a franchi le mur sans anicroche, ce qui était très bien, car il n’avait visiblement pas la carrure d’un sportif », rappelle un camarade de régiment sur un forum internet.

Son point faible ? Le rangement de l’armoire et le lit au carré. « Je lui donnais un coup de main pour éviter que toute la section ne soit privée de permission lors de l’inspection de l’adjudant », se souvient Sapin. Passionnés de politique, Hollande, Sapin et les autres vivent intensément les élections municipales de 1977 qui voient progresser l’Union de la Gauche et font grandir l’espoir d’une victoire aux législatives de 1978.
71e régiment du génie

Après quatre mois de formation, le futur président de la République est affecté au 71e régiment du génie, à Oissel, près de Rouen, sa ville natale, comme chef de section. Le petit groupe d’Angers est séparé. Mais les bébés énarques préparent déjà la suite : ils fondent un syndicat – le fameux Carena ! – avec pour objectif de réformer en profondeur une scolarité qu’ils jugent trop élitiste. Déjà Hollande et sa bande rêvent d’investir l’appareil de l’Etat pour le changer de l’intérieur. Cette offensive-là a réussi.

Rendu à la vie civile pour la rentrée universitaire de 1978 avec le grade de lieutenant, le futur président de la République n’a ensuite pas progressé dans la hiérarchie militaire. N’effectuant pas les « périodes » qui permettent aux officiers de réserve d’accéder aux grades supérieurs. « François n’a jamais été un fana mili », souligne Michel Sapin. Il n’empêche. Le président aurait l’intention de se rendre dès que possible à Bamako pour galvaniser les troupes. Il pourra leur rappeler la devise du génie : « Parfois détruire, souvent construire, toujours servir. »

 

Le Nouvel Obs

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