Marche à Conakry : les exigences de l’opposition

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Le lundi 18 février, l’opposition regroupée au sein du collectif, de l’ADP et du CDR a fait une démonstration de force. Aux dires de certains, cette sortie est un véritable tsunami qui risque d’ébranler le pouvoir en place.

Armés de pancartes et de banderoles, les militants et sympathisants de ce bloc de l’opposition sont sortis en grand nombre pour répondre à l’appel de leurs leaders. Arrivés au palais du peuple, les leaders visiblement satisfaits de la mobilisation de leurs militants, ont tiré à boulets rouges sur le pouvoir en place.

 En introduction, Boubacar Barry de UNR a invité l’assistance à observer une minute de silence en la mémoire des martyrs de la démocratie et des officiers guinéens disparus dans le crash d’avion du 11 février à Monrovia.

 

Aboubacar Sylla de l’UFC : « la Guinée peut parfaitement s’ouvrir à la démocratie »

 

 « La bataille que nous menons, nous la menons pour la démocratie. Parce que nous voulons qu’il y ait des élections libre et transparente et  une Assemblée nationale indépendante qui contrôle l’action du pouvoir. Ce, pour plus de justice, plus de travail pour les jeunes, pour qu’on ne détourne pas l’argent public. Nous allons adresser un seul message aux Autorités de ce pays. Il faut qu’elles comprennent que cette sortie est un signal fort. Un  message qui veut dire que plus jamais la Guinée ne sera comme avant, jamais un pays de dictature, où les ethnies vont s’opposer. Ce message là, j’espère que le pouvoir va le comprendre et va l’analyser le plus rapidement possible. Parce que dès la semaine prochaine, nous allons recommencer nos manifestations si nous ne sommes pas entendus.

 

Dans l’ensemble, il n’y a pas eu d’incident, les forces de l’ordre ont été républicaines, elles ont appliquées les instructions qu’elles ont réussies. Ceci veut dire que la Guinée peut parfaitement s’ouvrir à la démocratie  pour autant que les dirigeants acceptent de jouer le jeu de la démocratie, de respecter la Constitution et les lois de la République.

 

Le ministre Alhassane Condé devrait d’abord tirer les conséquences de cette humiliation parce qu’il s’agit d’une véritable humiliation. C’est plus qu’un camouflet. Le ministre Alhassane Condé est passé plus un jour devant la télévision avec des envolées lyriques pour tempêter contre l’opposition, pour l’accuser de tous les péchés du monde. Et le lendemain, il a été obligé de tenir un autre discours complètement opposé. Il a été obligé de recevoir les membres de notre comité d’organisation pour dire qu’ils sont disponibles et sont mêmes prêts à participer avec eux à une réunion d’harmonisation. Donc, quand un ministre est remis à sa place de cette façon là, quand un ministre subit un camouflet de cette envergure, normalement, il doit rendre son tablier.

En réalité, le pouvoir avait simplement peur de la démonstration de force de l’opposition, il a peur de savoir que toute la population guinéenne est avec l’opposition, il a peur de se rendre compte et de faire savoir à toute la communauté internationale qu’il est minoritaire aujourd’hui dans l’opinion guinéenne. Et c’est pour cette raison qu’il veut empêcher les manifestations. Ce que nous avons toujours demandé, cela fait deux ans, qu’il ait un cadre de dialogue structuré, sérieux, pouvant aboutir à un consensus national autour des questions essentielles relatives au processus électoral. C’est ce que nous avons toujours demandé, nous n’avons jamais imposer un diktat. Si ce cadre est là, je crois qu’il sera facile d’arriver à une solution consensuelle pour qu’on aille vite à des élections apaisées.

Mais malheureusement, le pouvoir sachant  qu’il n’a pas d’arguments, sachant qu’il ne repose sa position sur aucune disposition légale et règlementaire, ne veut pas de dialogue structuré. Parce que le pouvoir sera obligé de reconnaître la validité, la légalité et la légitimité de nos recommandations. C’est ce qui fait qu’on est dans cette situation. Si le pouvoir nous demande de venir au dialogue, nous viendrons immédiatement sans conditions préalables et nous discuterons des conditions dans lesquelles on peut aller à des élections transparente et crédible. Nous ne pouvons plus concéder entre les deux points de revendications. Nous avons déjà concédé 8 points sur les 10 que nous avions. Les deux points sont les derniers points. C’est en fait nos revendications résiduelles ».

 

Jean Marc Telliano du RDIG : «  Nous voulons le départ de Philip Van Damme de l’UE»  

 

« Le pouvoir va comprendre ce signal qui n’est qu’un début. Nous venons à peine de commencer l’offensive, c’est comme le début du mois de carême. La Guinée ne va plus accepter la dictature, nous refusons le régionalisme, nous voulons des élections transparente et crédible. Nous voulons le départ de Waymark, nous voulons le vote des guinéens de l’étranger et le départ de Philip Van Damme qui veut mettre le feu en Guinée. Van Damme – Représentant Résident de l’Union Européenne en Guinée, ndlr- a été chassé dans les autres pays, il faut qu’on le chasse d’ici. Aujourd’hui, ce système veut opposer les guinéens. Refusons ! On parle de la jeunesse. On dit qu’elle est l’avenir de la Nation, moi je refuse cela. La jeunesse, c’est maintenant, le présent. Il y a une vingtaine de promotions des universités  au chômage parce tout simplement, le pays est mal géré. Le pays va mal, il faut un vrai changement. Et ce changement, c’est le collectif, l’ADP et le CRD »

 

Ibrahima Kassory Fofana de GPT : « la caravane a passé et le chien a aboyé »

 « Nous voulons imprimer un premier coup de son et nous voilà à un coup de maître. Le peuple de Guinée exige la transparence, la démocratie et la pratique de ces règles. Le peuple de Guinée dit résolument « Non » au système de gouvernance actuel fondé sur l’exclusion. Nous disons non à l’ethnocentrisme comme politique de gouvernement. Nous disons « Non » à l’exclusion dans l’armée avec la mise en place des milices au service de la République. Nous disons encore «  Non » à l’exclusion dans l’administration avec la mise en place d’un système RPG totalement dictatorial. La soif de la démocratie est partagée par tout le peuple de Guinée ».

 

Dr Faya Millimono du BL : « la prochaine fois, ça sera à la Place des martyrs » 

 «  Ce signal,  c’est pour dire au président de la république que le temps de la dictature est révolu. Pour dire à la CENI que le temps du tripatouillage du fichier électoral est révolu. Pour dire dehors à Waymark et à Sabary technology. Et pour dire « oui » au vote de nos vaillants citoyens qui sont en dehors du territoire national parce que chassés par les dictatures successives de ce pays. La prochaine fois, ça sera à la Place des martyrs. Là où on peut parler et être entendu par quelqu’un qui est logé quelque part. Si Waymark ne s’en va pas, on ira à la Place des martyrs ».

 

Cellou Dalein Diallo de l’UFDG : « Ce n’était en faite qu’une opération test »

« Cette mobilisation est adressée à monsieur Alpha Condé. J’espère qu’il pourra le déchiffrer et prendre des dispositions nécessaires pour que notre pays aille dans un climat apaisé à des élections libre et transparente. La manifestation d’aujourd’hui qui a été suivie sur l’ensemble du territoire, à N’zérékoré, à Macenta, à Kissidougou, à Guéckédou, à Faranah, à Kindia, à Boké, à Boffa, à Mamou, à Dalaba, à Pita, à Tougué, à Labé. Ce n’était en fait qu’une opération test parce que depuis septembre, nous n’avons pas fait de manifestation. Vous savez pourquoi ? Parce que nous avons voulu faire confiance à la CENI qui venait d’être mise en place. Et nous pensions que monsieur Alpha Condé allait reprendre le chemin du dialogue et de la concertation afin qu’il soit évitées à notre peuple,  des violences incontrôlées.

 

Avec cette sortie de grande nature, je pense que monsieur Alpha Condé comprendra que le peuple ne veut plus une dictature. Nous voulons des emplois pour notre jeunesse, nous voulons que tous les citoyens de ce pays soient traités sur un pied d’égalité par l’Etat. Nous voulons par cette marche dénoncer l’exclusion dont monsieur Alpha Condé est coutumier depuis qu’il est au pouvoir. Nous ne voulons pas que notre Guinée soit divisée. Nous voulons lancer un appel à Alpha Condé pour qu’il respecte la Constitution. Il a prêté un serment ici au palais du peuple devant la Nation et devant la communauté internationale de respecter et de faire respecter la loi. Aujourd’hui, depuis qu’il est installé, il ne fait que la violer. Il aurait pu ouvrir le dialogue. Il faut qu’il cesse d’insulter l’opposition. Nous avons entendu son discours à Ratoma, il faut qu’il comprenne que  nous ne pouvons plus accepter ça. Nous sommes des citoyens guinéens, dignes de respect et de considérations. Il n’a pas le droit de nous traiter comme des chiens en disant que nous sommes en train d’aboyer. Nous lui demandons de faire preuve de sagesse, de se considérer comme le Président de tous les Guinéens, de cultiver l’entente, la solidarité et la fraternité. La semaine prochaine, nous allons vous donner la date et l’itinéraire, nous allons organiser une marche pacifique, deux fois, trois fois supérieure à ce que nous avons organisée.»

 

Propos recueillis au Palais du peuple

Par Aboubacar Condé

 

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