Bénin : la liste électorale informatisée oppose pouvoir et opposition

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Les scrutins locaux prévus en avril sont repoussés à une date inconnue, comme de coutume. Auparavant, les députés vont devoir statuer sur le nouveau Code électoral. La session extraordinaire s’ouvre le 25 mars.

Pour nombre de Béninois, c’est avant tout un nouveau sujet de plaisanterie : « Est-ce vraiment une surprise ? Depuis dix ans, aucun scrutin ne s’est tenu à la date initiale. » D’autres sont plus las. « Cela fait vingt ans que le Bénin organise des élections, pourtant, à chaque fois, on a l’impression que les autorités les découvrent », commente Wilfried Adoum, journaliste et écrivain.

Prévues en avril, les élections communales et municipales ont été reportées sine die. En cause : les retards dans la mise à jour de la liste électorale permanente informatisée, la Lépi, principale pomme de discorde entre l’opposition et la majorité lors de la présidentielle de 2011. À l’époque, ce fichier censé garantir la sérénité du scrutin avait fait l’objet de vives contestations, opposition et syndicats dénonçant le « manque de sérieux » dans son établissement et accusant le pouvoir d’avoir laissé sur le carreau « plus d’un million d’électeurs », principalement dans les zones qui lui étaient hostiles.

Autant dire que, cette fois, personne n’a manifesté – ouvertement du moins – son mécontentement de voir à nouveau des élections repoussées. « On prend le temps de bien faire les choses. Les communales qui s’annoncent consacreront une étape très importante dans le développement du Bénin, celle de la décentralisation », explique Boniface Yéhouètomé, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale et membre de la Renaissance du Bénin (RB), un ancien parti d’opposition désormais membre de la mouvance présidentielle. Outre l’écrémage de la Lépi, l’enjeu est de faire enregistrer le « million d’oubliés » sur la liste, afin qu’ils récupèrent une carte d’électeur, sésame pour participer aux scrutins.

Lutter contre la fraude

C’est aussi l’occasion de mettre en place un nouveau système pour lutter contre les fraudes : la « fixation » des bureaux de votes, « ville par ville, village par village, quartier par quartier. Nous avons même demandé aux députés d’aller sur le terrain pour constater eux-mêmes la réalité de tous les bureaux », précise Hélène Kêkê Aholou, présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale. « Chaque bureau sera inscrit dans la loi. Cela fait partie des verrous que nous mettons en place pour sécuriser les prochaines élections et éviter toute contestation lors des résultats. » Autre « clé de sécurité » étudiée par le comité parlementaire constitué pour la révision du Code électoral : la désignation des présidents de bureau, qui devront être « des personnes à la moralité indiscutable, qui ne falsifieront pas les résultats des votes en échange de quelques billets de banque », souligne Hélène Kêkê Aholou.

Une session extraordinaire de l’Assemblée s’ouvre le 25 mars, au cours de laquelle les 83 députés béninois vont devoir se prononcer sur ces propositions. Malgré le « consensus » qui entoure chacune d’elles, il est probable que l’examen des textes se prolonge pendant la session ordinaire d’avril. D’autant que, compte tenu du report des scrutins, le législateur va aussi devoir statuer sur la proposition de loi prorogeant le mandat actuel des élus municipaux et communaux.

L’autre défi de taille sera le financement des scrutins. En 2008, la facture des élections communales et municipales s’est révélée salée pour l’État : près de 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros), en partie payés par les bailleurs de fonds internationaux. Un coût que l’opposition avait estimé bien trop élevé. « On a coutume de dire que les élections au Bénin sont parmi les plus chères, rappelle Hélène Kêkê Aholou. Par ces temps de crise, on veut faire en sorte que l’État n’ait pas à débourser plus que nécessaire. ». Conclusion d’un observateur aguerri de la vie politique béninoise : « Si l’on tient compte de la lenteur du processus, puis de l’arrivée de la saison des pluies… pas de doute : les élections n’auront pas lieu avant septembre. »

In Jeune Afrique

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