Guinée ; qui a peur du retour de Dadis Camara?

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L'ex chef de la junte est en exil à OuagadougouLe capitaine Moussa Dadis Camara, officiellement «en convalescence » à Ouagadougou, au « pays des hommes intègres» depuis la tentative d’assassinat de décembre 2009, devrait assister à N’Zérékoré aux obsèques de sa chère mère disparue le 3 avril dernier au Maroc.

 Depuis l’annonce de cette nouvelle, des interrogations fusent de partout ! C’est à l’issue d’une audience au palais présidentiel, que les choses se sont précisées. En effet, une délégation des sages de la Guinée-Forestière, chez le Pr Alpha Condé, a eu l’accord ferme de ce dernier à propos de la venue de l’ancien président du CNDD, junte qui a «  ramassé le pouvoir dans les rues » à la mort du feu Général Lansana Conté.

Cette délégation a remercié, colas en main, le chef de l’Etat guinéen pour les efforts déployés en faveur de la famille. Egalement, elle a discuté des «  dispositions prises » devant permettre à ce que tous les fils de la défunte puissent prendre part aux funérailles prévues à N’Zérékoré, près de 1000 km de Conakry, au sud de la Guinée. «La vieille que j’ai perdue m’était très chère » confie l’ex chef de la junte.

 

Capitaine Moussa Dadis Camara prendra alors part aux obsèques de sa mère, Mme Tongo Christine Koné, âgée de 103 ans, décédée  le mercredi dernier dans un hôpital du royaume chérifien. La maman du bouillant capitaine Camara, en plus du poids dû à son âge, avait également de petits ennuis de santé. Certains soutiennent que la vieille a été évacuée dans un état jugé «  critique ».

Frayeur

Capitaine Moussa Dadis Camara à Conakry. Cette phrase crée une réelle frayeur dans certains salons à Conakry. Pas fortuit. Le chef de la junte qui a pris les rênes du pouvoir en fin d’année 2008 et contraint à l’abandonner une année après, a de solides liens dans la Grande muette, en croire certains observateurs. Dans l’opinion, à cause de ses apparitions télévisées, le «Dadis show », ponctuées de crise de nerf, de nationalisme souvent mal compris, le locataire d’une des villas de «  Ouaga 2000 » jouit d’une popularité au près de ses compatriotes.

 

« Il faut que la cérémonie se passe dans la plus grande sécurité, c’est cela la crainte. Il ne faudrait pas qu’en cette période très critique de notre pays, les gens profitent pour créer des troubles »reconnait le ministre des Télécommunications, Oyé Guilavogui, à sa sortie de cette audience.

 

Pas de «  récupération politique »

 

Capitaine Moussa Dadis Camara, en croire une certaine source, regagnera N’Zérékoré à travers le Libéria voisin. L’homme ne passera pas par la capitale guinéenne, Conakry. Après les obsèques, il compte également se retourner par la même voie, en compagnie d’une délégation du Burkina Faso, composée en majorité d’agents de sécurité, apprend-on.

 

« Sa sécurité doit être bien assurée pour éviter tout dérapage. Il faut aussi surtout éviter une récupération politique de la chose. Il est venu dans un cadre précis. Son séjour doit rester dans ce cadre », a confié sous le sceau de l’anonymat à nos confrères de mediaguinee,  un ex-protégé du capitaine Camara.

 

En septembre 2009, sous son règne, dans le stade 28 septembre de Conakry, au moins 157 personnes ont été tuées, des dizaines de femmes violées et victimes d’autres crimes sexuels (109 cas enregistrés), plus d’une centaine de personnes ont disparu et 1 253 ont été blessées.

 

La commission d’enquête internationale de l’ONU avait mis en cause trois personnalités du CNDD : le capitaine Moussa Dadis Camara, le lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, aide de camp du premier, et Moussa Tiégboro Camara, alors ministre chargé de la Lutte contre la drogue et le grand banditisme. Parmi les principaux suspects, Tiégboro a été  donc la première personnalité de haut rang à être inculpé. Dadis, qui vit à Ouagadougou depuis une tentative d’assassinat manqué contre lui fin 2009, n’a pas encore été inquiété. De même que Toumba Diakité, l’auteur de l’attentat contre lui, qui, introuvable, est sous le coup d’un mandat d’arrêt en Guinée.

 

Colonel Abdoulaye Cherif Diaby, ministre de la Santé au moment des faits, a également été inculpé le 13 septembre 2012, dans le cadre de la procédure judiciaire sur le massacre du 28 septembre 2009 et les jours suivants. Il aurait notamment facilité la prise de contrôle par les militaires des différents centres de soin et en particulier de l’hôpital de Donka, à proximité du stade, où convergeaient la plupart des blessés qui fuyaient les massacres. Il lui est reproché d’avoir délibérément entravé la prise en charge médicale des blessés.

 

Abdoulaye Cherif Diaby avait été mise en cause par la commission d’enquête internationale des Nations unies comme étant l’une des personnes impliquées dans les graves violations des droits de l’homme commises au stade le 28 septembre 2009 et les jours qui ont suivi.

 

Pour le porte-parole du gouvernement guinéen, rien n’interdit le séjour de Moussa Dadis Camara en Guinée. En attendant que justice toute la lumière soit faite sur le massacre du 28 septembre. Dadis, depuis son exil forcé au Burkina Faso, bénéficie du soutien de politiciens de tous bords, à cause de sa région d’origine à grand électorat, la Forêt.

 

Trêve

 

Les relations houleuses entre le Capitaine Dadis et le Général Sékouba Konaté, connaissent une trêve à l’occasion de cet évènement. Les deux hommes, l’on se souvient, se sont lancés dans une série d’accusations publiques qui ne  les honorent guère.

« Recevoir un appel sympathique d’un compagnon d’arme de l’acabit du Général Konaté, franchement parlant, ça m’a beaucoup consolé. Sincèrement, parmi tous les coups de fil que j’ai reçus suite au décès de ma mère, celui du général Sékouba Konaté m’a beaucoup consolé et me va droit au cœur. De tous ceux qui m’ont appelé, son appel fait partie de ceux gens qui m’ont marque» remarque Capitaine Dadis, l’Enfant de Koulé, à la suite de ce coup de fil réconciliateur.

L’appel téléphonique du Général Sékouba Konaté, intervenu la semaine dernière, a été facilité par les hommes proches de ces anciens amis. Général Konaté a profité de l’occasion pour faire un plaidoyer au près des Autorités guinéennes.

« Je demande humblement au président de la République, le Professeur Alpha Condé de bien vouloir créer les conditions nécessaires au Capitaine Moussa Dadis Camara lui permettant d’aller assister à l’enterrement de sa mère en Guinée. C’est une doléance que je demande au chef de l’État pour un cas aussi social qu’est le décès d’une mère », soutient le Haut représentant de la Force africaine en attente (FAA).

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