Côte d’Ivoire: 34 entreprises de presse suspendues…

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Le Conseil national de la Presse (CNP) a livré les conclusions de la mission d’évaluation des structures de presse. Ce sont neuf (9) entreprises sur 86 qui remplissent toutes les conditions.

 

43 structures ont été mises en demeure et 34 entreprises suspendues dont L’Intelligent d’Abidjan. Le directeur général (Dg) du journal, Alafé Wakili, dans cette interview, apporte des éclairages sur cette suspension

Mle Directeur général, L’Intelligent d’Abidjan est suspendu par le Conseil national de la presse. Votre réaction ? Nous avons certes été surpris par cette extrême rigueur du Cnp, mais nous en avons pris acte. L’Intelligent d’Abidjan devrait pouvoir revenir vite dans les kiosques. Cette décision nous interpelle sur le mode et le modèle économiques de la presse ivoirienne et sur les formes de régulation. Le papier et l’impression coûtent de plus en plus chers, tandis que les ventes diminuent de jour en jour. Cette occasion nous pousse à réfléchir au renforcement de la vente du journal, sur les nouveaux supports qui ne nécessitent pas autant de ressources que l’impression classique du journal, notamment la version électronique en PDF.

Concrètement que vous reproche le Cnp ? Sur 10 critères, nous en avons respecté 7. Nous avons produit entre autres, des bulletins de salaires avec le logo de l’entreprise. Ces formulaires de bulletins de salaires ont été refusés et jugés non conformes. Nous allons donner les formulaires standards réclamés. Ensuite, notre déclaration individuelle de salaires annuels pour 2012 (DISA), n’a pas encore été certifiée par la CNPS. Enfin, nous n’avons pas obtenu l’attestation des Impôts au sujet de nos états financiers de l’année 2012. L’autre dernier document réclamé dans la signification de la décision, a été déposé ce lundi matin. En principe, nous devons être en mesure de déposer tous nos autres documents dans les plus brefs délais. Ce qui nous réjouit, c’est le fait que concernant la qualité, et la proportion de journalistes professionnels (au moins 8 journalistes), nous sommes en règle d’une part et que d’autre part, nous avons des salaires conformes à la convention collective. Enfin, nous sommes heureux de constater que n’avons jamais connu de suspension pour des raisons d’ordre déontologique depuis que nous existons. Nous tenons à souligner cela. Nous avons souvent été avertis et quelques fois blâmés, mais jamais suspendus. Nous profitons de l’occasion pour rassurer nos lecteurs de notre volonté stricte et notre engagement à nous conformer à la loi.

Cela dit, avez-vous envisagé des recours ? Non, nous prenons acte de cette décision immédiatement exécutoire, sans aucune forme de recours. Elle nous a été signifiée ce jour-même, et doit être aussitôt mise en exécution, sans aucune mise en demeure, sans aucune possibilité de recours. La loi nous donne la possibilité de faire appel dans une période de trente jours. Mais entre temps la sanction et la décision auront été exécutées. Si par exemple, au lieu de la suspension, une amende nous avait été infligée, le CNP aurait mis quelques jours à récupérer cette amende. Mais s’agissant de la suspension, aucune ruse, aucun délai de grâce n’est accordé. C’est ce qui nous dérange. Sinon comme rappelé, nous nous conformons aux décisions et mettons tout en oeuvre pour revenir sur le marché dans les meilleurs délais et répondre aux nombreuses inquiétudes lecteurs.

Ne pensez-vous pas que cette suspension risque d’entacher la crédibilité du journal acquise au cours des 10 années d’existence ? Si on comprend bien les raisons de la suspension, on ne peut craindre pour la crédibilité de L’Intelligent d’Abidjan. Mais pour ceux qui nous attendaient au tournant, c’est l’occasion de souhaiter le prix. Je rappelle qu’en 2003, à notre création nous avons reçu le Prix Cnp de l’entreprise de presse régulièrement constituée. Donc dès notre départ, nous avons été en règle. Ce n’est donc maintenant que nous prendrons des libertés avec la loi. Par ailleurs, sur le plan strict du respect de la déontologie, nous n’avons commis aucune faute professionnelle, du point de vue de la pratique stricte du journalisme. Il est important d’insister sur cela. Cela est réconfortant pour notre crédibilité. D’ailleurs nous préparons notre dixième anniversaire dans la sérénité. Cette suspension est un coup dur certes, mais nous pourrons nous en sortir; sans aucun dommage pour la qualité et la crédibilité de nos informations, ainsi que de nos analyses. C’est cela notre marque de fabrique et nous nous en tiendrons à cela.

Un message fort aux lecteurs, annonceurs et partenaires de L’Intelligent d’Abidjan ? Le message fort consiste à demander à nos lecteurs et annonceurs de nous faire confiance. J’entends des commentaires sur les patrons qui exploitent la presse, sur les prédateurs et sur la necessité d’assainir le secteur de la presse. Ceratins sortent les grands principes et saisisisent l’occasion pour tenter de donner des leçons. Cette lecture n’est pas juste concernant L’Intelligent d’Abidjan. Nous offrons de bonnes conditions de travail et d’épanouissement à nos travailleurs, dans le respect de la Convention collective. Donc nous pouvons marcher la tête haute. Je ne suis pas un patron qui ne paye pas, qui paye mal. Donc je voudrais rassurer nos lecteurs, nos annonceurs et tous les partenaires en Côte d’Ivoire et ailleurs dans le monde. Nous rassurons également le Cnp et toutes les structures de nos bonnes dispositions. Nous saisissons l’occasion pour dire merci à tous ceux qui ne cessent de nous appeler pour nous dire leur réconfort et leurs inquiétudes. Peut-être que des gens peuvent se réjouir de la disparition éventuelle de L’Intelligent d’Abidjan qui fêtera bientôt ses dix ans, mais ces gens-là sont moins nombreux que ceux qui nous soutiennent. Nous voudrions donc dire merci, à tout ce monde et les rassurer. Cette situation interpelle également sur les efforts qui sont fournis régulièrement par les éditeurs de presse par les journalistes et tous nos collaborateurs, pour maintenir sur le marché le titre, et tous les autres journaux. Que seulement 9 journaux aient été déclarés immédiatement en règle, tandis que plus d’une quarantaine ont été mis en demeure, démontre bien qu’il y a un long chemin à parcourir. Nous, nous allons continuer de faire notre part, avec les prières et le soutien de tous. Encore une fois, merci à tous !

 ivoirian.net

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