Analyse : Cellou Dalein répond à la main tendue d’Alpha Condé, trois ans après

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Après  trois ans de gestion de  la Guinée par le vainqueur de la présidentielle de 2010, Pr Alpha Condé, le candidat malheureux de ce scrutin – qui a illico viré dans l’opposition radicale- Cellou Dalein Diallo, est désormais prêt à «  collaborer » avec le régime qu’il ne cesse pourtant de combattre. Erreur de communication ou stratégie politique ?

 

En décembre 2010, la Guinée vient de connaitre le nom de son premier président démocratiquement élu, Pr Alpha Condé, après quarante ans, dit-on, passées dans l’opposition aux régimes qui se sont succédé en Guinée. Dans ses premières déclarations, le nouveau locataire du palais Sèkhoutouréyah a eu la sagesse de «  tendre la main » à Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, arrivé deuxième au second tour d’une présidentielle qui a réveillé les vieux démons communautaires du pays d’Ahmed Sékou Touré.
« Je suis un démocrate, mais j’ai de la peine à travailler avec Alpha Condé », a lancé le natif de Dalein, depuis Dakar, dans une des nombreuses interviews accordées à la presse internationale.

« Je ne peux pas participer au gouvernement d’Alpha Condé parce que nous n’avons pas la même vision politique, pire, il a incité la haine raciale entre les Guinéens pour accéder au pouvoir et il parle maintenant de réconciliation nationale donc, je ne peux travailler avec lui. Je préfère rester dans l’opposition pour pouvoir critiquer et apporter des solutions et j’ai les moyens pour y arriver. »

De son côté, les assurances n’ont pas manqué de la part de « l’éternel » opposant qui s’apprêtait à  enfiler le costume de Président de la République.

 « J’ai toujours dit que je ferai un gouvernement d’union nationale. La Guinée a de tels défis à relever que nous n’avons pas à perdre notre temps dans les oppositions stériles et nous avons chacun un programme commun qui est de sortir la Guinée de cette situation de misère et ça je pense que nous pouvons réussir » argumentait Pr Alpha Condé.

Plus de trois années de gouvernance, le fossé semble océanique entre les deux hommes. Leur petite guerre à distance, dont les armes sont transférées aux blocs de l’opposition radicale ou républicaine (c’est selon) et la mouvance présidentielle, a eu le cynique record de dresser les communautés encore les unes contre les autres, mettre en mal l’unité nationale et amenuiser l’espoir des millions de jeunes. Dont beaucoup en quête du premier emploi.

Les petits charbons de la locomotive du train conflictuel sont la mort du militant Zakariaw Diallo lors du retour du 3 avril 2011, les multiples marches de l’opposition, violences entre militants et forces de l’ordre, l’opérateur waymark, vote des Guinéens de l’Etranger, décès de militants, des milliers de blessés….Excusez du peu.

Rétropédalage.
De décembre 2010 à juin 2013, assez d’eau a coulé sous le pont. Dans une récente interview accordée à nos confrères de Guinéenews, le chef de file de l’opposition,  répond à « la main tendue » du pouvoir. Cellou Dalein Diallo, le président de l’UFDG, s’est montré ouvert voire réceptif à toute demande qui pourrait venir du pouvoir de Conakry. Même si, ses militants sont jugés les plus radicaux face à la gouvernance actuelle du pays, CDD pense que  » ce n’est pas à exclure », la participation de son parti à une équipe gouvernementale sous la gouvernance Condé.

«  Ça dépendra du programme du gouvernement », rectifie aujourd’hui le tir,  Cellou Dalein Diallo. « Nous ne faisons pas de la politique pour être ministre. Moi j’ai été personnellement ministre et premier ministre pendant plusieurs années. J’ai des valeurs et des idéaux à défendre. Si c’est autour d’un programme bien établi, il ne faut pas l’exclure ».
Personnellement, celui qui a pris un bail avec l’UFDG ne sera pas ministre sous Alpha Condé, «  mais peut être que le parti (UFDG, ndlr) examinerait une telle proposition ».

Flingage. Cette ouverture que prône le chef de file – aussi- des «  Colombes » de l’UFDG, intervient au moment où dans certains salons proches de l’opposition, des voix s’élèvent pour évoquer  «  la trahison » des anciens Premiers ministres de Conté qui ont pris l’option désormais de participer aux élections législatives prochaines avec l’opérateur sud-africain waymark. Lequel, durant près de deux ans, a été pourfendu par l’ensemble des partis d’opposition dans des marches de rue quelques fois dramatiques. Cellou Dalein Diallo, dont les militants sont les plus enclins à répondre aux appels incessants de l’opposition, dans les rues, est le plus visé par ces critiques acerbes.

La machine de flingage sortie par «  les seconds couteaux » de l’opposition, à la tête Dr Faya Millimouno, analyse un observateur,  met le patron de l’UFDG dans le lit de Procuste. Quoi qu’il en soit, l’image du chef de file de l’opposition ne sortira guère indemne de cette polémique qui infecte le marigot politique. En qualifiant de «  catastrophe » l’accord qui est en voie d’être conclu entre l’opposition et le pouvoir, sous la houlette du ponte onusien, Said Djinnit, le président du Bloc libéral met à rude épreuve la crédibilité de Cellou aux yeux des siens. Surtout que l’ex directeur de campagne de la NGR d’Abe Sylla remue le couteau dans la plaie en criant haut et fort que les morts, les blessés et des «  mutilés » au sein des militants du Collectif, l’ADP, le CDR et le FDP le sont presque pour rien…Tout cela, croit-il, par la faute de ces «  grands » leaders de l’opposition favorables à un accord politique qui est loin d’être une avancée, à ses yeux.
Pourtant, cet accord est  vivement salué par les gouvernements français, américain et une kyrielle de chancelleries et institutions internationales.

Mais comme Cellou Dalein Diallo fait son lit, il se couche. Pour cela, l’homme a sorti, dès la publication des premières conclusions de ce cadre de dialogue, son blindage en termes de communication. Plusieurs radios, chaines de télévisions et des sites d’informations en ligne sont mis à contribution afin d’expliquer à ses militants, l’accord obtenu et voire les techniques même d’une négociation politique. Son message tombera-t-il dans de bonnes oreilles au moment où au sein de l’UFDG, la guerre des chefs a pris une autre dimension, prenant appui sur «  les erreurs de Cellou Dalein Diallo » ? Ça, c’est une question. Et ça va se savoir.
Ahmadou B. Touré

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