A quoi sert l’OMVS ? Kabiné Komara répond…

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L’ancien Premier ministre guinéen Kabiné Komara, désormais Haut-Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), veut donner un nouvel élan à l’organisation. L’ancien Premier ministre guinéen Kabiné Komara était en visite à Paris du 30 octobre au 6 novembre. Le nouveau Haut-Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) y rencontrait des responsables de la Banque mondiale – qui vient de lui accorder 240 millions de dollars de financement – et de l’Agence française de développement. Nommé en mai dernier avec l’appui du président Alpha Condé, il veut « réveiller » cette vieille institution.

À quoi sert vraiment l’OMVS ? L’Afrique de l’Ouest n’a-t-elle pas suffisamment d’institutions régionales ?
Notre organisation est ancienne et originale. Créée en 1972, alors que le bassin connaissait une grave crise agricole et économique, elle est sans doute la forme la plus aboutie d’une gestion collégiale des ressources d’un fleuve. Elle repose sur trois principes essentiels : l’ensemble des eaux du fleuve et de ses affluents appartiennent aux quatre pays membres (Sénégal, Mali, Mauritanie et Guinée, ndlr), les ouvrages communs sur le fleuve doivent être financés à plusieurs et leurs bénéfices répartis entre tous les États participants. Quand on regarde ce qui se passe sur le Nil, avec les conflits autour de la gestion de l’eau entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte, on se réjouit de l’existence de l’OMVS…

Mais quelles sont les réalisations de l’OMVS jusqu’à présent ?

D’abord, la construction de deux barrages. Le premier (érigé en 1981) est situé en aval du fleuve, à Diama au Sénégal, pour empêcher la remontée des salines, et assurer deux milliards de mètres cubes d’eau potable. Auparavant la mer remontait jusqu’à 300 km à l’intérieur des terres. Aujourd’hui 50 % de l’eau potable de Nouakchott et la totalité de celle distribuée à Dakar sont issues de retenues d’eau qu’il protège. Le second barrage, hydroélectrique celui-là, est situé en amont, au Mali à Manantali (opérationnel depuis 2001, ndlr). Il génère 200 MW d’électricité, répartis entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Deux sociétés sont chargées de l’exploitation de ces infrastructures depuis leur construction, avec, pour le barrage de Manantali, l’intervention du groupe sud-africain Eskom, titulaire d’une convention qui vient d’être renégociée.
Ces ouvrages sont anciens… Que comptez-vous faire maintenant, en particulier dans le domaine électrique, crucial pour des pays comme le Sénégal et la Guinée ?

D’abord il nous faut rénover le barrage de Diama, effectivement ancien mais essentiel pour Nouakchott et Dakar et celui de Manantali. Ensuite, nous voulons la construction d’un nouveau barrage hydroélectrique, en Guinée cette fois-ci, à Koukoutamba sur le Bafing, le principal affluent du Sénégal. Il devrait pouvoir produire autour de 300 MW dans une région où le courant manque cruellement. D’autres barrages de plus petite ampleur pourraient être construits par des acteurs privés, avec une capacité de 300 MW, et qui se raccorderaient à la ligne à haute tension de distribution de l’électricité de Koukoutamba. Enfin, dernier projet majeur de l’OMVS, celui de rendre navigable 800 km du fleuve, avec un Système intégré de transport multimodal (Sitram) permettant notamment d’évacuer les productions minières et agricoles du nord-est de la Guinée, du Sénégal et du sud de la Mauritanie.

Ces projets sont coûteux… En avez-vous les moyens et quand deviendront-ils réalité ?

Le seul projet de Koukoutamba doit coûter 800 millions de dollars, et celui touchant à la navigation quelques 600 millions de dollars. Pour le moment, nous disposons d’un appui de la Banque mondiale de 240 millions de dollars ; c’est encore trop peu mais cela nous permet de démarrer la rénovation du barrage de Diama et de celle de Manantali. J’espère beaucoup de mes discussions avec l’AFD, notamment sur le volet énergétique. Nous voulons démarrer la construction du barrage de Koukoutamba en 2015 pour une mise en service en 2018. Nous avons l’appui des organisations régionales et internationales. Dans un pays comme le mien, où l’absence d’électricité est criante, c’est essentiel.

in Jeune Afrique?

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