Electricité- Conakry : Makhar Diop de la Banque Mondiale parle à Guineetime

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De notre Envoyé spécial à ABU Dhabi – En marge des deux jours de la conférence des partenaires et investisseurs de la Guinée à Abu Dhabi, les  24 au 25 novembre derniers, le quotidien Guinéetime a pris langue avec le vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique, Makhtar Diop, dans une salle du réceptif Jumeira à Etihad Towers. L’officiel de la World bank donne ses impressions sur ce forum économique.

 

GUINEETIME : Monsieur le vice-président de la Banque mondiale, vous venez de prendre part à la conférence des investisseurs et partenaires de la Guinée ici à Abu Dhabi. Quelle signification cet évènement revêt à vos yeux ?

Makhtar Diop : La signification de cette conférence est énorme. C’est un moment historique, important pour la Guinée. Je crois qu’il y a un certain nombre de processus politiques qui sont en cours et qui se sont achevés. Et que je crois ouvrent un peu la voix pour qu’après deux ou trois ans de gestion macroéconomique de qualité, que l’on puisse se focaliser maintenant sur des investissements qui permettront au pays de décoller, de générer des emplois nécessaires  pour  une réduction de la pauvreté. Je crois que les thèmes discutés touchent aux défis à long terme de la Guinée : comment gérer les ressources minières, comment s’assurer que l’économie ne soit pas tournée exclusivement autour des mines et avoir des secteurs générateurs d’emplois qui se développent comme l’agriculture.

Les discussions ont été enrichissantes pour nous tous. La réponse du secteur privé que nous avons eue au cours de cette conférence nous encourage beaucoup. Ils nous font croire que dans un avenir proche, la Guinée avec la politique qu’elle est entrain de mettre en œuvre, va recevoir des flux importants d’investissement privé. Je crois que c’est ce qui va permettre en réalité une réduction de la pauvreté.

Dans le même ordre d’idées, vous aviez lancé un appel pressant à l’endroit de la communauté des bailleurs de fonds pour la mobilisation de 320 millions usd en faveur du secteur de l’énergie en Guinée. Pourquoi cet appel somme toute d’urgence ?

Non l’urgence, c’est elle des Guinéens. C’est ce que j’entends des dirigeants et des populations guinéens. Je crois que le Pr Alpha Condé a été très clair avec moi. C’est sa préoccupation majeure ! Cet appel est un appel de soutien de la communauté internationale pour parer au plus pressé. Ceci n’est pas la totalité des sommes nécessaires au développement à long terme du secteur énergétique en Guinée. Mais c’est le minimum qui est nécessaire pour assurer une production d’électricité continue pour Conakry et le reste de la Guinée. Ces 320 millions usd serviront à remettre à niveau le système de distribution, de réparer les centrales endommagées…pour avoir du courant en continu à Conakry.

La deuxième phase, ce sera  de pouvoir augmenter la production d’électricité  à un cout moins élevé, en bénéficiant du potentiel hydroélectrique de la Guinée m ais également  d’autres sources d’énergies qui seront disponibles. Et de pouvoir accompagner la demande croissante qui est générée par la croissance économique et par la demande accrue d’énergie venant du secteur des mines et d’autres secteurs de l’économie. Il s’agissait également de préparer un plan à long terme qui permettra d’accompagner la demande en électricité de la Guinée car nous pensons que c’est un élément essentiel  pour avoir une croissance qui soit diversifiée et indépendante du secteur minier.

Pensez-vous que vous aviez été entendu ?

Je l’espère du moins. Et si ce n’est pas le cas, je répéterai ce que j’ai dit  pour que cela soit entendu. J’espère que vous m’aiderez à  me faire entendre !  Nous tous avons besoin d’une Guinée stable, qui crois, qui a accès à l’électricité…Et d’une Guinée qui joue son rôle dans la sous-région et qui  puisse avoir  un effet d’entrainement sur les autres pays qui n’ont pas les mêmes ressources énergétiques que lui.

Dans son discours d’ouverture de ce forum, le président Alpha Condé a affiché sa volonté de faire de son pays une Nation émergente. En tant qu’économiste, que faut-il à la Guinée pour avoir ce statut de pays émergent ?

Il faut plusieurs choses : une stabilité politique, des investissements dans les infrastructures, dans l’éducation et une bonne gouvernance…

 Ce sont les quatre éléments. Des progrès doivent être significatifs. Il y a effet de rattrapage puisque la Guinée commence à un niveau plus bas que certains Etats africains. Je crois aussi qu’il y a des possibilités de prendre des raccourcis pour pouvoir prendre de l’expérience d’autres pays qui ont réussi à accélérer le processus dans ces domaines. Et de prendre ces expériences pour pouvoir atteindre des objectifs de croissances assignés. Il y a par exemple l’utilisation de techniques modernes de l’information et de la communication pour accélérer l’accès à l’éducation dans les parties du pays les plus reculées. Il y a la possibilité d’attirer des investisseurs des pays émergents qui, traditionnellement, ne venaient pas en Afrique.

 Le fait que cette conférence se tienne à Abu Dhabi, est un signal fort. Il montre que la Guinée est entrain de faire un peu différemment du reste des autres pays africains. Je crois que c’est une prise en compte  de la réalité nouvelle de l’économie mondiale où les forts taux de croissance et ressources financières se trouvent distribués de manière plus égale à travers le monde, dans les pays émergents, dans les pays du Golfe qui s’intéressent désormais à la Guinée.

Entretien réalisé à Abu Dhabi

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