Santé publique: l’hôpital Donka malade de sa gestion…

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Enquête – Donka. Du nom du plus grand hôpital national de Guinée va mal. Même très mal. Jadis, joyau sanitaire du pays,  l’hôpital national Donka offre aujourd’hui l’image d’un établissement sanitaire public piteux, vétuste, délabré. Bref abandonné. C’est du reste l’avis de nombre de patients qui s’y rendent.

Une jeune Dame A.C, préfère prendre son mal en patience: « On nous rackette, on paie les 15 000 francs et on paie les médecins pour les consultations. Vraiment c’est difficile pour nous. Je demande aux autorités de Donka de prendre leurs responsabilités pour alléger nos souffrances… Si un médecin te demande de l’argent tu es obligé de donner. Surtout quand on souffre, on n’a pas le choix… »

Effectivement, à l’entrée principale de l’hôpital, une meute de percepteurs et perceptrices telle une sentinelle, est chargée de réclamer à chaque patient ou parent de patient, une quittance de quinze mille (15 000) francs guinéens. Dont on dit qu’elle émane du Trésor Public.

Ce montant est censé couvrir un mois de consultations gratuites à tous les niveaux, et exempter du paiement de toutes autres tracasseries financières.

Malheureusement cette facilité est dans le discours. Dans la pratique, les faits frisent le racket, l’escroquerie. Car, outre ce montant, le paiement d’un autre montant- cinq mille- dit prix de carnet de santé, est également rendu obligatoire.  S’y ajoutent, les frais de consultations exigés illicitement par des médecins traitants. Dont le montant varie entre 25 000 à 30 000 francs.

Dans l’enceinte de la cour, médecins, visiteurs, patients, herbes et montagnes d’ordures se côtoient et se tutoient à souhait. Dans les toilettes, la puanteur qui se dégage suffit à elle seule à provoquer une infection. L’odeur nauséabonde est digne d’une décharge d’ordures.

Et pourtant des travailleurs dits contractuels d’entretien, de maintenance.. (garçons et filles de salle, percepteurs, gardiens, agents de sécurité…)  au nombre de 204 s’affairent comme des moineaux dans un champ de mais mûr dans la vaste enceinte. En réalité, ils font semblant de travailler, puisqu’on fait semblant de les payer. Leur salaire mensuel, tenez-vous bien, deux cent mille francs guinéens.

Cette situation agace, irrite plus d’une conscience. Comme ce sexagénaire assis dans un coin de l’hôpital ce soir du 04 novembre. Il travaille depuis 1984  à Donka. Mis à la retraite en 2001, il s’est débrouillé à être repris. Mais il est sans prime. Ses misérables revenus mensuels sont fonction de la générosité et la solidarité, mais aussi de l’humeur de ses chefs pour lesquels, il nettoie, balaie et arrange. Pour autant, il se résigne et endure dans le silence. Son témoignage:  » Mon nom ne figure pas sur la liste des contractuels de l’hôpital. Récemment, on est allé voir le chef de la Division ressources humaines. Il avait promis notre engagement. Mais jusque-là, on attend… ».

Un autre, la quarantaine, travaille à Donka depuis 10 ans. Père de 4 enfants, il raconte:  » Mon travail consiste à nettoyer les toilettes et à désherber la cour. Mais sous Pr. Baldé [ndlr: ancien directeur général de Donka], cette tache du désherbage était réservée à d’autres personnes payées à cet effet.  Ce que je ne comprends pas c’est que le jour de la paie, je vois des personnes étranges que je n’avais jamais vues auparavant. J’ai l’impression qu’on gonfle artificiellement l’effectif des contractuels pour justifier les cas de détournement de fonds. On travaille dure du lundi au samedi. On est tout le temps dans la saleté. Tout ça pour deux cent mille francs. C’est révoltant. Mais on n’a pas le choix. L’emploi est rare. L’autre chose que je ne comprends pas c’est la double signature le jour de la paie. On nous a dit qu’on devrait normalement percevoir par mois, 400 000 francs… »

La Direction générale sur la défensive
Sur l’ensemble des questions évoquées par des agents contractuels, la direction de l’hôpital a une lecture, toute autre.  M. Goulou Camara est le chef de Division des ressources humaines. Il confirme la prime mensuelle de 200 000 francs payés aux contractuels qualifiés et non qualifiés sur les ressources propres de l’hôpital. Mais lorsqu’on lui parle des normes du SMIG, il a sa réponse: « l’arrêté d’application du SMIG n’est pas encore entré en vigueur parce qu’il n’a pas été encore publié ».

En attendant, la masse salariale semestrielle des contractuels est de 240 millions de francs. A cela s’ajoute le salaire des 572 fonctionnaires payés par l’Etat. Ce qui fait une masse salariale totale de 4 milliards de francs, tous les six mois.

Le 7 novembre, nous voilà dans la salle d’attente de Madame la Directrice générale de Donka, Fatou Siké Camara. L’attente va durer 60 minutes. Dans son bureau, la chaleur est insupportable. Faute d’électricité. Visiblement dispersée dans les méandres des paperasses qui encombrent son bureau, la DG se prête quand même à nos questions.

A la question de savoir pourquoi, ses contractuels sont rémunérés à 200 000 francs, le mois, alors que le SMIG arrête le salaire minimum 450 mille francs, Fatou Siké reprend la réponse de son chef des ressources humaines comme si les deux s’étaient concertés peu avant.  » L’arrêté d’application du SMIG n’est pas encore publié » se défend la directrice générale de Donka.

Mais elle a beau se défendre pour tenter de se dédouaner de la précarité qui expose des vies humaines, la réalité crève les yeux. Certaines  sources sérieuses estiment au bas mot, à 400 millions francs, les recettes mensuelles internes de l’hôpital. Tous services  confondues (maternité, laboratoire, radiographie etc..) y compris les quittances.

Seulement, la direction générale a son chiffre à elle. 250 millions, la moyenne. Qu’à cela ne tienne, au constat, on se rend compte que même à 250 millions, la direction générale aurait pu, un tant soit peu, améliorer le cadre de vie des patients et des médecins, avec une bonne dose de gestion transparente des ressources internes.

D’autant plus que le traitement salarial mensuel de tous les contractuels atteint à peine 50 millions. Si l’on retranche au montant total, la part d’achat des médicaments essentiels, qui vont notamment dans la césarienne rendue théoriquement et politiquement gratuite. Où va le reste des recettes?  En tous les cas pas dans les primes des médecins non engagés appelés ici péjorativement « bénévoles ». Ceux d’entre eux qui assurent la garde, ont 10 000 francs de prime par mois.

Mais la Directrice générale affirme que des primes de motivations issues des ristournes des différents services, leur sont accordés. Ces ristournes sont des montants prélevés sur les recettes. Seulement voilà, un des médecins bénévoles rétorque : « nous n’avons que des primes de garde. Pas plus ». Dès lors, si cette information était exacte, le racket des patients reste l’unique moyen de survivre.

Donka, sans électricité ni eau
Que dire de la situation catastrophique de la desserte en électricité et de l’eau? Donka, centre névralgique, est curieusement soumis au même régime général de desserte par Electricité de Guinée. C’est pourquoi,  l’hôpital a rarement le courant avant 18 heures. Toutes choses qui rendent pénibles, les conditions de travail. Il en est ainsi pour l’essentiel des services de l’hôpital à l’exception de quelques uns qui disposeraient de petits groupes électrogènes. Dont la maternité.

Malgré tout, il arrive selon des médecins, que certains soins nécessitant de l’énergie soient faits encore en ce XXI siècle, à la lumière de la bougie et la torche. C’est sans nul doute, toutes ces révoltantes réalités qui poussent les plus inspirés à qualifier l’hôpital national Donka de « mouroir ».

Pourtant, l’hôpital national Donka dispose d’un grand groupe qui peut couvrir tout l’établissement. Mais il n’est presque jamais allumé. Il consomme gros. 42 litres l’heure, selon la direction.

  Et lorsqu’on lui oppose la subvention annuelle de l’Etat estimée à un milliard de francs, Dame Siké Camara soutient que ladite subvention n’est pas encore tombée? Tombera-t-elle d’ici à la fin de l’année, elle n’en sait pas trop.

« Une seule certitude, l’Etat a des contraintes budgétaires cette année » essaie- t-elle une excuse pour l’Etat. Les trois forages que compte l’hôpital ne peuvent fonctionner pourtant, sans l’électricité. D’où la crise récurrente de l’eau.

Ces problèmes ont toujours été le casse-tête chinois de cet établissement sanitaire. Ils sont restés en l’état depuis des lustres. Aucune initiative, aucune lueur d’espoir ne semble imminente pour changer la situation. Et redonner aux patients et compagnie, le sourire, la bonne humeur.

Hadja Fatou Siké Camara dont le temps est jusque-là partagé entre le CNT (Conseil national de la transition), la Fondation de la Première Dame et Donka, n’est apparemment pas l’oiseau rare capable de redorer l’image de l’hôpital national Donka. Nommée aux commandes de Donka en 2008, Hadja Fatou Siké Camara n’a entrepris aucune reforme majeure pour changer le visage lugubre de Donka. Même l’identification du personnel à travers des badges dont elle aurait pu s’enorgueillir, se pose encore en terme de défi. Cette initiative aurait pu pourtant minimiser l’insécurité à l’intérieur de l’hôpital. Dont le vol des nouveau-nés. Du pilotage à vue, dirait-on.

A la lecture de ces lignes, une conclusion mérite d’être tirée: Donka serait-il malade de sa gestion? 
A suivre…

Photos d’archives

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