« Je ne pardonnerai pas les cadres déloyaux » prévient Makanéra, ministre de la Communication

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Vingt quatre heures après sa prise de fonction, nous avons rencontré le nouveau ministre de la Communication. Dans cet entretien que Alhouseiny Makanéra Kaké a bien voulu nous accorder, il s’est prononcé sur bien de sujets de l’actualité nationale. Voici l’intégralité de cet entretien réalisé au milieu des siens, en haute banlieue de Conakry.

 

Guineetime: nous sommes là au lendemain de votre prise de fonction au poste de ministre de la communication, dites nous ce que cela vous fait d’être nommé ministre de la Communication ?

Alhouseiny Makanéra Kaké : mon état d’âme est que j’ai un sentiment mélangé de joie et de tristesse. Je suis content par ce que j’ai servi le chef de l’Etat en tant que Conseiller chargé de mission au ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. Si, après trois années, il a eu à observer tout le monde , il m’a élevé au rang de ministre de la Communication, c’est que quelque part, il a hautement apprécié mon apport pendant ces trois ans. C’est pourquoi je profite de votre micro pour le remercier au plus profond de mon être et je prie Dieu qu’Il me donne la force nécessaire pour ne pas décevoir le chef de l’Etat.

J’ai un peu de tristesse parce que tout simplement je suis amené aujourd’hui à jouer un rôle central dans l’action gouvernementale, c’est-à-dire faire la politique de la communication du gouvernement. Ce qui n’est pas une chose aisée. Et, quand je vois les attentes de la population, quand je vois la confiance de la population, j’ai peur de ne pas trahir cette confiance. C’est pourquoi je vous dis aujourd’hui, vue l’immensité de la tache qui incombe désormais au ministre de la communication, vue la confiance de la population et même le gouvernement avec certains ministres que nous héritons aujourd’hui, après trois années, ils ont eu un bilan hautement positif, cela pose problème à nous les ministres entrants. Parce qu’il ne faudrait pas faire en deçà de ce que les autres ont fait.

Vous parlez de bilan hautement positif pour les ministres sortants, pourtant il y a juste une semaine, le président de la République disait que le gouvernement a fait un sale boulot…

Tout simplement je veux vous dire que lorsque le Pr. Alpha Condé parle de sale boulot, les gens n’ont pas compris. Ce n’est pas que le boulot n’était pas bon ou que le boulot était en déca des attentes, le président voulait tout simplement dire que ceux qui nous ont précédé ont fait du bon travail. Mais un travail qui n’est pas visible.

C’est à l’image de quelqu’un qui est entrain de construire une maison en étage  et qui a besoin de sous-sol. Tout le travail que vous ferrez au sous-sol, personne ne le verra, alors que l’essentiel du travail se fait ici. Ce qu’il veut dire sale boulot ; quand vous finissez le soubassement pour faire monter les murs, c’est un problème de quelques jours pendant que le soubassement peut prendre des mois ; c’est pourquoi il dit que nous nous venons à un moment ou les autres ont fini de faire le sale boulot. Nous nous sommes là maintenant pour monter les murs rapidement.

Alors quel est ce travail souterrain que vous avez trouvé au ministère de la communication ?

Au niveau de la communication, il faut se dire la vérité : il y a une forte amélioration ! Aujourd’hui vous avez des médias publics soucieux de donner des informations  saines, des informations objectives sur tout ce qui se passe. On n’avait pas l’habitude de voir cela, car avant dès que le journal de la RTG [ndlr: radiodiffusion télévision guinéenne] commençait, puisque c’était le seul média, les gens étaient obligés d’écouter et de dire que c’est la radio qui a dit. Je crois que vous pouvez le témoigner bien que vous soyez relativement plus jeunes que moi, chaque guinéen avait deux personnalités : quand il est devant le micro, il est une personne et en dehors du micro, c’est une autre personne. Car, on ne disait jamais sur les ondes ce que vous voulez, mais ce que l’administration voulait que la population entende.

Monsieur le ministre à vous attendre parler, on a l’impression que tout est rose, alors qu’il y a des défis à relever au ministère de la communication.

Tout n’est pas rose, il y a des difficultés encore à résoudre, vous savez, on ne peut pas changer les choses comme un coup de baguette magique, quand il s’agit des hommes et les actes qu’ils posent. Mais, je voudrais d’abord rebondir sur la question de mon frère Baldé quand il dit que je critique le PDG [ndlr: parti démocratique de Guinée du défunt président Sékou Touré]. Ce n’est pas le PDG seulement, vous savez quand on doit construire quelque chose de solide, il faudrait qu’on puisse avoir la capacité nécessaire de faire l’état des lieux, chercher à connaitre les problèmes pour pouvoir proposer des solutions et éventuellement résoudre lesdits problèmes. C’est que nous venons de loin, même ce que nous faisons aujourd’hui n’est pas parfait. Mais, en faisant une petite comparaison entre ce qui était hier et ce qui est aujourd’hui, on peut dire que le bilan est hautement positif.

Le bilan est hautement positif, vous le dites, et qu’est ce que vous compter apporter aujourd’hui au ministère de la communication ?

Ce que je veux apporter au niveau de la communication, c’est faire de la communication responsable, objective et source de progrès pour notre pays.

C’est-à-dire faire la propagande du Président de la République et de la Première Dame ?

Non ! je vous dis que je suis issu d’un parti légaliste et républicain, donc mon combat est pour la pluralité d’opinions. Je suis convaincu d’une chose, c’est que le choc des idées, s’il n’est pas fondé sur la haine, est générateur de progrès parce qu’il permet de faire jaillir la lumière. Et, je vous garantis que je me battrai pour qu’il y ait une indépendance totale de la presse. Mais que chaque acteur politique puisse agir dans l’espace limité par le droit. Ceci, en tenant compte de l’intérêt supérieur de la nation. Puisque aujourd’hui nous nous vantons d’être scandale géologique. Puisqu’il y a les potentialités agricoles, les potentialités humaines, etc. Mais, pour que cela soit transformé en richesse, il faut le cerveau et ce qui forme ce cerveau-là c’est vous la presse. Donc, vous devez mesurer aujourd’hui l’importance de vos actions et l’utilité que vous pouvez en faire. Parce que le métier de la presse est un couteau à double tranchant. Car, autant il peut amener un pays au développement socio-économique rapide, autant il peut créer la catastrophe. Que Dieu nous en garde ! D’ailleurs, je profite de l’occasion pour saluer et féliciter ces journalistes responsables, ceux qui ont permis l’éclosion de la démocratie en Guinée, sans vous, le parcours que nous avons effectué en peu de temps, n’aurait pu être fait ; mais, qu’à cela ne tienne, vous n’êtes pas exempts de touts reproches. Car, certaines personnes ont posé des actes qui sont vraiment hautement salutaires et qu’il faut renforcer ; par contre d’autres, je vous demande de les amener à se corriger dans l’intérêt supérieur de la nation.

Vous parlez justement de former les cerveaux et d’autres pensent plutôt à un formatage de cerveau puisqu’on a quelque peu peur que le ministre Makanera ne vienne pour faire un lavage de cerveau pour vouloir inculquer la philosophie RPG arc-en-ciel.

C’est vrai que les gens ont peur et je vous dis qu’ils ont tout a fait raison d’avoir peur parce que monsieur Makanéra a été diabolisé…

Parce que vous êtes celui qui profanait ici l’opposition, tout le monde vous écoutait…

Oui ! On m’a tellement diabolisé qu’aujourd’hui j’ai la possibilité de faire en sorte que vous ayez en face de vous, le vrai Makanera et pas le Makanera voulu par mes détracteurs et je vous prie de me croire que vous allez avoir le vrai Alpha Condé, vous allez avoir la possibilité de voir la politique d’Alpha Condé, dans le domaine de la communication qui va dans le sens de libérer les initiatives génératrices de progrès. J’ai donné un exemple tout de suite, je dis que je ferrai en sorte que la presse ait la possibilité  de travailler dans de très bonnes conditions, en créant un environnement favorable ; c’est-à-dire que les conditions de travail soient suffisamment améliorées. Des journalistes m’ont posé la question si cela se ferra par la subvention du gouvernement, je dis que c’est vrai si les ressources sont là, je me battrai au niveau des ressources pour que la presse publique- comme privée- puisse bénéficier des ressources de l’Etat.

Est-ce qu’on peut s’attendre à ce qu’on double la subvention actuellement allouée à la presse ?

Si les conditions le permettent, nous nous battrons pour qu’on double ! Pourquoi pas tripler ? Tout dépendra de ce qui existe parce que le Président de la République s’est investi pour la moralisation de la gestion  publique, pour avoir une gestion saine parce que même l’Etat ne s’endette plus. Nous travaillons à base caisse ; c’est à dire que ce qui existe c’est ce que nous donnons. Mais, qu’à cela ne tienne, lorsque la presse est suffisamment responsable, lorsque la presse joue son rôle, vous savez le développement est dans la tête, cela peut amener les guinéens à connaitre un développement rapide. À supposer que vous ayez des usines partout, vous avez des entreprises qui s’installent un peu partout, ces entreprises ne pourront pas vivre sans publicité et vous connaissez le coût des publicités, je crois que cela peut vous faire des entrées d’argent beaucoup plus que ce que l’Etat peut donner comme subvention. Si vous prenez les pays occidentaux, les groupes de presse sont les plus riches. J’espère que demain vous allez être plus riches, car moi je m’investis dans ce domaine en créant des conditions pour amener la presse à être plus riche d’elle-même mais aussi de la subvention.

Est-ce que vous pourrez par exemple instituer une stratégie qui pousserait les sociétés de la place à davantage donner des publicités aux médias, comme c’est le cas dans certains pays ?

C’est ce que je vous dis. Je veux m’investir autant que je peux pour que cette richesse créée soit repartie au niveau de la population pour que chacun puisse en bénéficier. Moi, je suis convaincu du rôle combien important que joue la presse. Si seulement cette presse avait une indépendance financière qui lui permettait de garder sa ligne éditoriale, sans être influencée par qui que ce soit, ce serait bien.  Mon combat est de donner à la presse la liberté, la dignité et l’honorabilité. Cela ne peut se faire si la presse n’a pas le minimum pour pouvoir exercer dans l’indépendance totale, son métier.

Revenons sur votre fonction, vous disiez tout à l’heure que vous comptez améliorer la communication du gouvernement. Mais, il se trouve que vous n’êtes pas le Porte-parole du gouvernement. Est-ce que vous ne vous sentez pas un peu handicapé dans la démarche et même frustré ?

Pas du tout, je crois que celui qui est le Porte-parole du gouvernement joue ce rôle à merveille. Je crois qu’on n’a pas besoin de changer pendant que celui qui est là joue un très bon rôle déjà ; mais ma présence dans le gouvernement, ma volonté de participer à faire connaitre par le grand public, les actes combien de fois positifs que pose le gouvernement tous les jours ne ferra que créer une synergie au niveau de la communication gouvernementale. Ca sera un plus et non une opposition entre mon jeune frère Damantang Camara qui est déjà très excellent. Et, je profite de l’occasion pour le féliciter pour le travail abattu depuis plusieurs années.

On vous a entendu dire pendant la passation de service que vous comptez faire dans la continuité, est ce que cela veut dire qu’il n’y aura pas de grandes reformes ?

Il y aura de très grandes reformes mais je m’inscris dans la continuité parce que celui que j’hérite a fait un plus. Au moment ou il venait à la tête du département et aujourd’hui, il y a une amélioration.  Donc, quand je dis continuité, c’est que je m’inscris dans le cadre de l’amélioration. Lui-même, le ministre sortant, a évoqué certains problèmes qu’il n’a pas pu résoudre, et nous nous allons initier d’autres programmes et nous allons renforcer nos rapports avec la presse publique et privée, nous allons ouvrir grandement nos portes pour favoriser le débat contradictoire pour amener les guinéens à comprendre qu’une seule chose compte : c’est bien l’intérêt de la Guinée. Et, la plus grande richesse que nous pouvons avoir est la richesse partagée, car lorsque la richesse n’est pas partagée, elle ne profite pas. Vous pouvez être multimilliardaires, mais si par exemple l’Etat est très pauvre, il ne parvient pas à faire face au service minimum pour permettre l’éducation des enfants, pour assurer la sécurité des populations, c’est que votre richesse ne vous servira pas grand-chose. Car, si l’enfant du voisin n’a pas reçu une bonne éducation, s’il se transforme en délinquant, en bandit, il devient un danger pour toute la société. Si l’Etat n’a pas suffisamment de moyens aussi, parce que j’entends dire souvent qu’il y a l’insécurité, il n’ y a pas d’eau, pas d’électricité… Et, au même moment, on est content de dire que cette fois-ci il y a eu moins-value, que l’Etat a perdu mille deux cent milliards, donc c’est bon, ce gouvernement ne travaille pas, c’est bon… Mais, ces deux choses sont contradictoires parce vous ne pouvez pas vouloir de la sécurité quand vous appauvrissez l’Etat. Toute reforme, toute action de l’Etat nécessite des moyens. Mais, si vous lui retirez tous ces moyens et dites que vous êtes contents qu’il soit incapable d’avoir des moyens et vous exigez au même moment qu’il fasse des actes qui nécessitent des moyens, c’est vraiment contradictoire. C’est pourquoi tous les guinéens doivent comprendre que le salut aujourd’hui, c’est amener l’Etat à avoir suffisamment de moyens pour assurer la protection non seulement sur le plan sécuritaire mais également sur le plan social. Je veux parler par exemple de la subvention au niveau de la Santé et de l’Emploi. Mais, ce sont les parents qui vous ont mis au monde, qui ont sacrifié tant d’énergie, tant de moyens pour votre éducation qui doivent continuer encore à vous soutenir après que vous ayez fini vos études pendant des années, car c’est une pyramide renversée.

Selon nos informations, vous avez des protégés à la RTG. Peut-on donc s’attendre à un bouleversement de la pyramide hiérarchique au niveau de ces médias publics ?

Je crois que j’ai commencé par dire que je ne ferrai pas d’abus. J’ai des objectif à atteindre ; tous ceux qui sont travailleurs au niveau du ministère de la communication, pas seulement à la RTG, je ferrai en sorte que chacun soit rétribué en fonction du mérite. Mais, je vous garanti que je ne vais pas tolérer les gens qui ne sont pas loyaux. Je voudrais que les décisions que nous prendrons soient des décisions communes et consensuelles. Je ferrai participer tous les cadres du département à la prise de décision. Je ne suis pas le décideur, je suis le chef de département, je suis le coordinateur des décisions communes que nous allons prendre ensemble.

C’est vous qui allez former quand même votre cabinet…

Oui ! Ceux que je ne pardonnerai pas, ce sont des cadres qui ne sont pas loyaux. Et, la déloyauté commence où ? C’est lorsque vous vous engagez ensemble, vous avez étudié, réfléchi, vous avez décidé ensemble pour atteindre ensemble des objectifs bien définis et que certains dans le maillon, empêchent l’atteinte de ces objectifs par des moyens détournés, je ne pardonnerai pas cela. Mais, sans cela je n’ai pas de préférence, mes amitiés n’ont rien à voir avec le service, ce sont des amitiés extra-service et mes amitiés intra-service ne sont fonction que du résultat. C’est pourquoi dans mes rapports, je l’ai dit, je persiste et je signe, l’amour je garde ca pour mes épouses. Et, je voudrais que ceux-là qui travaillent avec moi me respectent au lieu de m’aimer. Et pour se faire respecter il faut que vous-même vous respectiez les autres, et vos engagements.

Vous insistez sur la loyauté. Entre la loyauté, la productivité et la qualité des travailleurs qu’est ce qui prime ?

La loyauté est au centre de tout ce que vous venez de citer.

C’est être du RPG, aimer le président ?

Non ! Loin de ça ! La loyauté veut tout simplement dire que lorsque vous avez défini les objectif ensemble, lorsque vous êtes tous consentants sur un programme à accomplir, que personnes n’utilise des moyens détournés pour vous empêcher d’atteindre ces objectifs. Personne n’est obligé d’accepter ce qu’il ne veut pas accepter. Je vais organiser un débat franc entre mes collaborateurs et moi. Seulement, ce que je garanti dans tous les actes que nous allons poser, c’est l’intérêt de la population. C’est pour cette population que nous sommes là. Je sais donc que la confiance de la population est plus importante que n’importe quelle autre confiance.

Des journalistes de qualité ont été renvoyés de la RTG parce que soupçonnés de ne pas être proches du pouvoir. Est-ce qu’on peut s’attendre à leur retour ?

Écoutez, je ne voudrais pas juger mes prédécesseurs. Je veux tout simplement vous dire que tous ceux qui peuvent apporter un plus à la Guinée seront les bienvenus. Ma conviction certaine est que le professeur Alpha Condé qui s’est battu pendant quarante ans et qui a tout abandonné au profit de la Guinée ne me fera pas venir pour faire régresser la Guinée, c’est pour amener la Guinée à un développement, et pour que le jour où il ne sera pas là,  que les guinéens le regrettent, je m’inscris dans cette logique. Pour cela donc je crois que c’est le choix des ressources humaines qui est le socle de ce succès.

Votre prédécesseur, Togba Cesaire Kpoghomou, n’était pas connu pour la délivrance des licences aux promoteurs de médias audiovisuels. Pensez vous que c’est lui qui refusait ou bien le Président ?

Bon ! je ne suis pas entré en possession des documents d’abord, mais tout ce que je vais vous dire, connaissant l’homme, le professeur Alpha Condé, il ne peut pas empêcher que des gens aient des licences, peut être que certaines personnes ne veulent pas vous dire la vérité, parce que le plus souvent les gens ne remplissent pas toutes les conditions et lorsqu’ils n’ont pas ce qu’ils demandent, ils ne voient pas la faute chez eux, ils préfèrent voir la faute ailleurs.

On dit le plus souvent que le régime pour chercher à monopoliser les medias empêche d’autres de se créer…

Mais, moi je pense que nous n’avons pas aujourd’hui, ni la volonté, ni la capacité de monopoliser les médias. Il y a combien de chaines de télévisions privées, combien de radios et autres, je ne connais même pas le nombre.

On vous soupçonne d’être en négociation avec les patrons de ces médias là qui sont devenus moins critiques...

Je souhaite qu’ils deviennent moins critiques par les actes que nous posons qu’ils trouveront plus raison de les critiquer, par la main tendue que nous aurons pour la presse. Par la force des arguments que nous allons avancer et qui amènerons ceux là qui ne nous avaient pas compris hier à nous comprendre aujourd’hui. Ce sont là des comportements qui amèneront les médias à ne pas nous critiquer. Et surtout donner la possibilité à tous ceux qui veulent nous critiquer qu’ils le fassent pour que les gens puissent se rendre compte de l’étendue de l’écart entre ce qu’ils disent et la réalité des actes que nous posons tous les jours.

Justement, contradiction d’idée, à la RTG, il n’y a pas de possibilité pour un opposant d’accéder aux médias publics. Est-ce que vous allez résoudre ce problème, car il n’y a pas de débat indépendant à la RTG actuellement ?

Bon ! Je ne sais pas si l’opposition a demandé parce que vous savez qu’il y a une différence entre le droit et le devoir. Je n’ai pas la gestion de tous les programmes d’abord parce que je viens juste d’être installé. Mais, je suis convaincu que toutes les conditions étaient créées bien avant monsieur Césaire pour permettre à l’opposition et tous les partis politiques d’ailleurs d’accéder aux médias d’Etat. Mais, vous savez entre le droit et le devoir, la différence est que le devoir vous recherche même dans votre lit mais votre droit c’est à vous de le réclamer pour qu’on crée des conditions vous permettant d’accéder à ce droit. Et pour cela, le ministre de la communication d’alors, Dirus Dialé Doré, avait publié une circulaire en ce sens en définissant les conditions à remplir pour accéder aux médias d’Etat. Je ne sais donc pas si les opposants avaient exprimé le désir de passer sur les antennes de la RTG ; et nous nous ne pensons pas que nous allons créer des obstacles. Il faudrait seulement que cela soit vraiment des communications responsables, objectives permettant vraiment d’amener la Guinée à plus de cohésion et à renforcer notre jeune démocratie.

Dernière ligne droite de cet entretien monsieur le ministre, actualité oblige, nous avons assisté aujourd’hui à des remous au sein du RPG arc-en-ciel, au siège du parti où on vous a d’ailleurs vu ce matin. Qu’est ce que cette contestation vous inspire ?

Je crois que c’est tout à fait naturel. Le RPG-arc-en-ciel est un grand parti politique qui a des millions d’adhérents, quand il y a des petits remous et qu’on les règle avec des principes démocratiques, je crois que c’est tout à fait normal. Je le disais à un ami que la gestion de la victoire est parfois plus délicate que la gestion de la défaite. Parce que lorsque vous avez quelque chose à repartir c’est difficile.

Vous l’avez demandé à Cellou Dalein Diallo (ndlr : ancien chalengeur du président Alpha Condé et chef de file de l’opposition) ?

Non ! Je n’ai pas rencontré Cellou depuis la dernière fois à l’Assemblée. Mais, les remous au sein du RPG n’ont pas pris d’ampleur comme ceux à l’UFDG. À l’UFDG, c’est un problème d’idéologie et de fonctionnement…

Revenons au RPG-arc-en-ciel où les militants ne sont pas contents de la composition du gouvernement. Alors pensez vous que le Président doit limoger certains ministres ?

Vous savez, la nomination relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat. Donc, on n’est pas étonné que vous soyez nommé aujourd’hui et que demain vous partez, c’est tout à fait normal. Moi, j’ai déjà inscrit mon limogeage dans ma vie le jour où j’ai été nommé. Parce que celui qui ne veut pas être limogé ne doit pas accepter d’être nommé. Mais, je ne crois pas que sous la pression de qui que ce soit, le président peut revenir sur son décret. C’est lorsqu’il va juger nécessaire de procéder à un remaniement qu’il va le faire.

Vous pensez donc que le président n’écoute personne ?

Mais, si le président n’écoutait personne, il n’allait jamais être élu Président de la République. Parce qu’il n’a pas pris les armes pour être à la tête de la Guinée. C’est quelqu’un qui est resté dans l’opposition pendant plus d’un quart de siècle. Donc, il a été parfaitement compris par la population et il a compris cette population, ce qui a permit son élection. Mais, vous savez, quand on est chef de l’Etat, on gère des choses tellement contradictoires qu’il faut être très bien placé pour comprendre certains comportements. Je vous donne un exemple pratique, je prendrai le cas d’Issène Abré. Pendant que Issène Abré était dans le maquis, il avait pris en otage certains militaires et civils français, ces français ont beaucoup souffert ; mais quand il est arrivé au pouvoir, ces militaires, diplomatie oblige, ont reçu Issène Abré en fanfare à Paris en lui rendant tous les honneurs. Mais c’est ca la politique.

Vous comparez Alpha Condé à Issène Habré ?

Non ! je ne compare pas le président Alpha Condé à Issène Habré. Je vous parle de la complexité de la gestion politique. C’est pour vous dire que les gens ne peuvent pas comprendre. Ce n’est pas Issène Habré qu’il faut voir, il faut plutôt voir la complexité de la tâche de quelqu’un qui est au pouvoir. Parce qu’on gère des situations apparemment inconciliables qu’il faut concilier. Et, il faut y parvenir parce qu’on est le père de la nation.

Revenons à ces mouvements qui éclaboussent le RPG. Dites-nous qu’est ce qui est à la base de cette fronde ?

Je suis allé moi-même, les jeunes se reconnaissent du parti RPG arc-en ciel parce que quand j’ai crié le slogan, ils ont répondu, ils adorent le professeur Alpha Condé, mais ils se disent quelque part qu’ils sont incompris. Nous leur avons donc dit de trouver une délégation qui va discuter comme dans un parti démocratique pour trouver la solution.

Les jeunes disent qu’ils ne négocient pas avec les intermédiaires, sauf avec le président ?

Ils l’ont peut être dit avant notre arrivée sur les lieux. Quand je suis venu avec Hadja Nantou, ils nous ont promis qu’ils allaient trouver une délégation demain matin [ndlr, dimanche 26 janvier] pour discuter sur toutes les questions qu’ils voudraient nous faire comprendre.  Moi, je n’y trouve pas d’ailleurs une contradiction fondamentale, car les jeunes s’inscrivent dans la ligne du RPG arc-en-ciel, ils se disent seulement qu’ils ne sont pas compris. Nous allons donc faire en sorte qu’ils soient compris pour que le parti puisse partir en fonction de la ligne tracée par le chef de l’Etat. Une ligne qui a été partagée par la population guinéenne pour permettre au président Alpha Condé d’être élu et également d’être prochainement plébiscité en 2015.

Votre mot de la fin, monsieur le ministre

Je voudrais dire que j’ai eu la chance et je voudrais partager cette chance avec la presse. Chance parce que Dieu a voulu que je sois à la tête du ministère de la communication. Et, avant que je ne sois ministre, j’étais avec la presse. Et, je suis amené aujourd’hui à jouer le rôle de la communication de l’Etat avec vous. Et, puisque je vous connais déjà- car il n’y a pas de radio, de site ou de télévision ou je ne suis pas allé au moins une fois- je suis donc très content d’avoir en face de moi des gens, j’en  suis convaincu, qui me comprendront et qui m’aideront dans ma nouvelle tâche, pour faire en sorte que la Guinée, plus que jamais, soit citée en exemple, au niveau de sa presse et que cette presse soit la vitrine  de notre pays, pour que nous retrouvions notre place dans le concert des nations parce que nous avons tous des atouts.

Entretien réalisé par Ismaël Camara et Nouhou Baldé

 

 

 

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