Poing de vue : De la morale dans l’opposition guinéenne

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Le lundi 9 juin, les guinéens apprenaient non sans amertume que certains partis de l’opposition suspendaient leur participation à l’assemblée nationale. Pour quelles véritables raisons ? Qu’on ne nous dise pas que les griefs annoncés par le sieur Aboubacar Sylla, député de l’UFDG seraient suffisants pour poser cet acte. A moins que le monde marche à l’envers, l’assemblée demeure le lieu de contradiction et de discussions autour de la gestion de la chose publique. Et non la rue.

Difficile de comprendre cette attitude de certains opposants guinéens de toujours vouloir investir la rue comme s’ils étaient à cours de stratégies de conquête du pouvoir. Désolé de le dire mais en démocratie, les combats se font à l’hémicycle et non dans la rue. Mais à observer de plus près, ce n’est pas tant le rapport de forces entre pouvoir et opposition dont il s’agit ici mais plutôt la stratégie de Monsieur Cellou Dalein pour occuper l’espace public. Et comment ?

Depuis quelques temps, l’UFDG phagocyte petit à petit les autres leaders politiques de l’opposition – et c’est de bonne guerre- car Monsieur Diallo cherche à unir cette force politique contestataire sous une seule bannière, celle de l’UFDG et lui, président de cette union. Quid les autres partis ! Le PEDN et la NGR sont pour l’instant les seules poches de résistance. Quant à l’UFR de Sidya Touré, si monsieur Diallo n’a pas encore lancé son OPA là-dessus, c’est bien parce que cette formation politique regorge de beaucoup de cadres, bien que le sieur Touré se rapproche au jour le jour de Cellou Dalein à travers un soutien orienté -sans accord parfois de sa base – et  une amitié intempestive de ce dernier ; Cellou Dalein parle souvent au nom de Sidya, histoire de toujours occuper l’espace public (voir la situation du conseil national de l’UFR au palais du peuple). Quant aux autres leaders politiques comme Mouctar Diallo et Aboubacar Sylla, excusez du peu, ils sont tout simplement devenus des caisses de résonnance de l’UFDG puisqu’étant des députés de celle-ci. Une bipolarisation politique cherche donc à voir le jour en Guinée. Cellou doit rentrer dans les grâce du « PUP». D’ici là, prions que cette dynamique donne naissance au bipartisme qui fut le souhait du général Lansana Conté du haut de tout son analphabétisme –la plupart des partis politiques s’accordant aujourd’hui sur le fait que la Guinée avait raté son multipartisme intégral-

Reveant sur le cas des députés qui ont suspendu leur siège à l’assemblée nationale, les citoyens trouvent qu’il serait difficile de comprendre le fait que Monsieur Cellou Dalein Diallo et ses alliés se soient engagés à siéger à l’assemblée non pas pour les millions qu’ils engrangent mensuellement mais pour « d’abord pour essayer de participer au débat, prendre des initiatives pour éviter que pour les échéances prochaines, il y ait moins de fraudes. » Cellou Dalein Diallo (RFI, 13/12/2013). Plus loin l’opposition ne disait-elle pas « Si on est à l’Assemblée, on peut être plus efficaces dans ce combat contre la fraude électorale.». Eh bien soit ! Qu’ils reviennent à l’hémicycle car c’est bien là où ils ont la légitimité du peuple, en refusant de prendre de passage leurs salaires du mois de juin ; respect du peuple oblige !

Autre incompréhension non la moindre, l’inconstance de l’UFDG et ses alliés. Ces partis changent en effet, constamment de discours telle un cerf-volant dans le ciel, balloté et secoué par le vent, confiait Bah Oury quelques mois auparavant. Y a-t-il réellement un commandant à bord ? Leur leader ne disait-il pas : « Nous avons aussi voulu respecter nos militants et sympathisants qui ont participé massivement à ce scrutin, qui se sont battus pour voter, qui se sont battus pour sécuriser le vote dans des conditions extrêmement difficiles. » (Cellou Dalein Diallo, RFI, 13/12/2013) et aujourd’hui, c’est le boycotte du parlement parce que « le gouvernement refuse obstinément le dialogue ». Que se passe-t-il réellement ? Ont-ils consulté leurs militants à la base avant de quitter l’assemblée ? On pourrait comprendre qu’ils soient frustrés car le champ politique guinéen est parsemé d’embûches mais est-il besoin de leur dire que la politique est un métier noble qui requiert de la patience et de la stratégie ? « Que l’opposition boude l’assemblée, c’est son droit. Qu’elle n’ait pas eu la délicatesse d’en informer préalablement le chef de l’institution parlementaire, je trouve cela discourtois et antirépublicain! » SOC. Quelle leçon républicaine pourra-t-elle donner aux peuples, le jour où elle deviendra la mouvance présidentielle ? Face à de telle situation, certains citoyens commencent à se poser des questions sur la place de l’actuelle opposition dans la vie politique de notre Guinée ; peu d’alternative : « La Guinée est un pays sans équivalent où les citoyens n’ont nulle part où se tourner. C’est scandaleux d’empocher chaque mois l’argent du pays et pour des raisons souvent farfelues refuser de faire le travail pour ce pour quoi, ils touchent notre argent. » (Thierno Aliou Diallo).

Au demeurant, il apparait clair que nos chers députés ignorent que le jeu politique est bâti sur des rapports de forces dont le bluff constitue le joker. Ils viennent d’abattre l’un de leur joker. Le législateur ne leur a-t-il pas donné des moyens légaux de discussion. Ces moyens ont-ils été tous utilisés? Les guinéens sont fatigués des lendemains incertains avec leur classe politique, mouvance comme opposition. Soyez justes messieurs et dames avec les peuples que vous souhaitez gouverner si vous voulez  qu’ils vous adoubent un jour.

Enfin, il est reste important de signaler que le salut de notre démocratie réside dans l’acceptation d’avis contradictoires. Mais la direction et surtout la façon de procéder de beaucoup de partis politiques ne feront que légitimer la gouvernance du président Alpha Condé. Le tact et la stratégie d’acquisition du pouvoir manquent souvent a beaucoup de formations politiques. Si nos « opposants » ont décidé d’aller à l’assemblée, ils doivent accepter le jeu politique; nos frères et soeurs les paient suffisamment chers pour cela.

Mohamed KOUYATE, Sociologue
Paris, le 26/06/2014

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