Ebola : le témoignage de Michel Dussuyer

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Le coach du Syli national , Michel Dussuyer, est un travailleur expatrié comme bon nombre en Guinée où l’épidémie Ebola a été déclarée en mars dernier. Sur le terrain, en Guinée, il est aussi mieux placé pour évoquer de l’ambiance qui prévaut dans ce pays. Il s’est confié à un confrère. Voici ce qu’il en pense…

 

 

Il y passe «environ sept mois par an», et dans un pays touché par l’épidémie du virus Ebola, ça peut paraitre un comportement inconscient. Le Français Michel Dussuyer est en effet le sélectionneur de l’équipe nationale guinéenne. Ces jours-ci le «Syli National» se prépare à «recevoir» le Ghana, en éliminatoire de la CAN. Entre guillemets, puisque la situation sanitaire du pays exige les délocalisations de l’équipe au Maroc.

Quel est l’impact de l’épidémie d’Ebola sur votre métier?

Ça ne m’empêche pas de rentrer en Guinée. Il y a le prisme de l’information: de l’extérieur, la situation sanitaire parait plus sérieuse que ce qu’elle n’est en réalité, en tout cas à Conakry même. L’épidémie est plus située dans la zone frontalière avec le Sierra-Leone et le Liberia. Donc quand on est sur la capitale, même s’il y a des mesures sanitaires pour éviter la propagation du virus, je ne me sens pas particulièrement en danger. Ça ne m’empêche pas de rentrer et de travailler en Guinée.

Le plus pénalisant c’est la délocalisation de vos matchs?

On est privé de notre public et de son soutien. Evoluer sur terrain neutre ce n’est pas le même avantage qu’à domicile. Ce n’est pas nous qui nous tirons une balle dans le pied, on est bien obligé d’accepter les décisions de la CAF (confédération africaine de football). Mais il faut être conscient de la réalité: il y a un problème épidémique très sérieux contre lequel il faut lutter. Donc on accepte cette décision, de fait. Mais à Conakry, il y a des rassemblements populaires, la vie continue. Il y a un petit décalage, mais il est bien évident que l’urgence c’est le traitement de l’épidémie et son éradication. Toutes les mesures qui sont prises, on ne peut pas les discuter.

Est-ce que c’est un sujet que vous avez dû aborder avec vos joueurs?

Oui. Il y a de l’inquiétude, mais pas outre mesure. Certains joueurs ont de la famille en Guinée et s’inquiètent légitimement. Donc c’est un phénomène qui les touche même quand ils sont dans leurs clubs [hors du pays, le plus souvent en Europe]. Quand ils sont en sélection, on se focalise sur la compétition. Mais ils prennent régulièrement des nouvelles.

Est-ce que vous avez des joueurs jouant en Guinée avec vous?

Le championnat n’a pas repris, donc les locaux sont moins compétitifs. Mais avec les forfaits j’en ai rappelé trois. Donc sur les 23 il y en a 5. Il y a des contrôles sanitaires effectués régulièrement. A l’aéroport, ça fait des mois que la situation est contrôlée. Les personnes qui ont de la fièvre ne peuvent pas prendre l’avion. Mais il y a des amalgames de fait. Les foyers les plus actifs sont au Liberia et en Sierra-Leone. Du coup les joueurs expatriés sont plus inquiets que ceux qui vivent à Conakry.

Avez-vous l’impression que les adversaires ont peur de jouer contre vous à cause d’Ebola?

Je ne sais pas ce qu’il y a dans leur tête. Mais ils préfèrent évoluer en terrain neutre qu’à Conakry. Tout le monde saisit la perche.

En tant que témoin, quelle est l’ambiance en Guinée?

C’est un fléau de plus en plus important parce que ça ralentit énormément l’activité économique. Les investisseurs hésitent à venir travailler. Progressivement, les populations ont été sensibilisées, et surtout font en sorte de lutter contre la propagation. Ce n’était pas forcément facile au début, parce qu’il y avait des discours un peu contradictoires. Et quelques croyances aussi qui faisaient que les messages ne passaient pas bien auprès de la population. C’est en train d’évoluer.

Est-ce qu’on se sent une importance particulière quand on est sélectionneur, dans des moments comme ça?

Je sais qu’il y a des ONG qui ont sollicité certains joueurs pour faire passer des messages. Après c’est une question de timing: il y a des moments pour le faire. Mais je suis favorable à tout ce qui peut encourager la lutte contre la maladie. Après, le regard qui est porté sur la Guinée est… (il cherche ses mots)… Oui inquiet, et quelquefois stigmatisant. Comme si les Guinéens étaient des pestiférés. Donc tout ce qui va renforcer à la fierté nationale, et l’équipe nationale en fait partie, va faire du bien à la population.

in 20minutes

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