Fodé Mansaré : « La Guinée, si elle sort de sa poule, peut atteindre la finale. »

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Fode MansaréIl y a bien longtemps que sa chevelure aux pointes dorées ne sillonne plus les pelouses de Ligue 1. Et pour cause. Depuis une vilaine blessure aux ligaments croisés en mai 2011, Fodé Mansaré peine à relancer une carrière à l’arrêt. Pour Onze Mondial, l’ancien Toulousain accepte de faire le point. Dans ce deuxième et dernier épisode, le Guinéen évoque l’actualité africaine et la prochaine CAN 2015, prévue en Guinée Equatoriale. Interview.


Fodé, que deviens-tu depuis ton départ de Toulouse ?

J’habite encore à Toulouse, car je n’ai pas quitté la ville après ma fin de contrat avec le TFC en 2011. A l’époque, je devais rejoindre un club anglais, mais je me suis rompu les ligaments croisés du genou au mois de mai et toutes mes contacts sont tombés à l’eau. Je me suis soigné ici, au club. Pendant ma convalescence, le président Olivier Sadran a mis à ma disposition les kinés et les membres du club.

C’est un geste classe de la part d’Olivier Sadran…

Oui et je l’en remercie. Je regrette seulement que personne ne m’ait proposé de prolonger mon contrat durant cette période difficile. Au moins un an pour services rendus comme le font certaines équipes. J’ai eu le président de Montpellier, Louis Nicollin, au téléphone et il partageait mon avis. J’ai quand même passé six saisons et j’ai toujours tout donné pour le Téfécé, que ce soit avec Elie Baup ou Alain Casanova. Je me suis attaché au club en restant respectueux et disponible. D’ailleurs, en ville, les gens m’arrêtent, me demandent des photos et des autographes, ils ont conservé une bonne image de moi. C’est ce qu’il y a de plus important selon moi, car une carrière est courte, elle dure une période. Ce qui reste, c’est les souvenirs. J’essaye d’être aimable, de prendre du temps en dehors, de rester simple.

Qu’as-tu fait après ta guérison ?

Il m’a fallu presque année pour retrouver l’intégralité de mes moyens physiques. J’ai eu des propositions, mais je n’étais pas prêt à accepter n’importe quoi, notamment sur le plan financier. Je m’entretenais physiquement avec Luzenac et je pouvais même signer avec eux, car je suis proche du président, Jérôme Ducros. Finalement, à l’été 2013, je suis parti en Espagne, à Cacereño (ndlr : basé dans la ville de Cáceres), en troisième division, avec mon compatriote Ibrahima Bangoura. J’ai disputé deux match, car l’entraîneur avait ses chouchous. Il percevait une partie des salaires de certains joueurs en échange de leur titularisation. Mais, pour ma part, j’ai quitté le club en janvier dernier, car les dirigeants n’ont pas tenu parole sur le plan financier. Sur le terrain et à l’entraînement, j’entretenais de très bons rapports avec mes partenaires et le public était complètement fou de moi.

Que vas-tu faire désormais ?

J’attends l’ouverture du mercato hivernal pour prendre une décision. Avec la situation actuelle, ce n’est pas facile. C’est difficile pour tout le monde, même certains noms prestigieux galèrent pour trouver une formation. On va voir ce qui va se passer. Moi, ce qui me plairait, c’est un challenge à la lensoise. Là-bas, il y a tout pour faire un gros club : une histoire riche, un grand président comme Gervais Martel et des supporters incroyables qui ont du respect pour leurs joueurs et pour leurs adversaires. Le RC Lens mérite un grand club. J’espère qu’ils s’en sortiront. En tout cas, je suis prêt à aider Lens et à relever ce défi.

Est-ce que tu penses encore à la sélection guinéenne ?

Le Syli National possède une place spéciale dans mon cœur. J’aime mon pays par dessus tout et je ne lui fermerai jamais la porte. Même sans club, certains responsables ont continué à m’appeler pour me dire qu’ils comptaient sur moi. Ils étaient même prêts à me faire jouer. A mes yeux, ce n’est donc pas fini, j’irai là-bas avec plaisir, car ce maillot est sacré. Ce sera ainsi jusqu’à la fin de mes jours. Les supporters le savent et ils m’adorent pour ça. Si je retrouve mon niveau, la Guinée va me réclamer.

Continues-tu à suivre les résultats de près ?

Je suis les matchs, je m’intéresse aux résultats, je cherche à savoir ce qu’ils font. Il y a une belle génération avec de très bons jeunes, mais il manque un peu d’expérience au sein du groupe. Le profil général de l’équipe a également change. Les joueurs sont techniques avec de petits gabarits. A notre époque, il y avait plus de grands gabarits. C’est très important en Afrique, notamment lors de la CAN.

Justement, la Guinée a obtenu son billet pour la compétition malgré Ebola. Ton avis ?

C’est notre plus belle victoire. Se qualifier pour la Coupe d’Afrique malgré Ebola, malgré les milliers de morts, malgré la délocalisation de nos matchs au Maroc. Ces rencontres, on les a disputées pour tous les malades et les pays touchés par le virus. On s’est battu pour la Guinée, mais aussi pour le Sierra Leone et le Liberia. On a donné une bonne image, on a prouvé que les joueurs n’étaient pas malades et qu’il ne faut pas avoir peur. Ce genre de catastrophes peut arriver dans n’importe quel autre pas d’Afrique. Personne n’est à l’abri.

La CAN 2015 approche à grands pas. Quelles sont les chances de la Guinée dans un groupe compliqué ?

Ce n’est pas facile de tomber dans une poule comprenant le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Mali. Mais, comme on dit, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Rien n’est impossible en football. En tout cas, la Guinée n’a rien à perdre, elle est outsider. La pression est sur les favoris. En tout cas, on ne doit pas avoir peur. On a tenu tête au Ghana, l’une des meilleures sélections en Afrique, en faisant match nul à Casablanca durant les éliminatoires et on s’est imposé avec la manière au Togo. C’est une signe qui ne trompe pas. En tout cas, au pays, le peuple est optimiste. A Conakry, les gens encouragent la sélection et croient en elle. Même si on affronte le Brésil ou la France, tout le monde est convaincu de la victoire du Syli.

Qui sont les favoris de la CAN selon toi ?

C’est compliqué de dégager un favori parce que le niveau global est relevé, mais je miserai une petite pièce sur le Cameroun. Ils ont bien rebondi après leur Coupe du monde ratée et se sont repris. En plus, c’est une équipe que j’apprécie avec la Côte d’Ivoire et le Nigeria. L’Algérie a aussi de bonnes chances. La Guinée, si elle sort de sa poule, peut atteindre la finale. J’en suis convaincu.

Qu’est-ce qui manque au football guinéen pour s’imposer durablement dans le top africain ?

Du sérieux, de la discipline. Et je ne parle pas que des joueurs. C’est valable pour tout le monde. Des dirigeants au staff en passant par le personnel de la fédération. Il faut changer nos mentalités. En Europe, tout est en place et chacun s’occupe de ce qu’il a à faire. Les joueurs jouent, les entraîneurs entraînent, les dirigeants dirigent. En Afrique, tout est mélangé. Ce n’est pas aux joueurs de gérer des problèmes de réservations ou de se battre à l’aéroport pour obtenir des visas.

A quand un pays africain vainqueur de la Coupe du monde ?

Ce n’est pas pour maintenant. Il nous faut un peu plus de modestie. Il faut rester humble. Chez nous, après deux bons matchs, le gars se prend déjà pour Zidane. Mais, Zizou a duré dix ans. Après, ça fait partie de l’humain, il ne le fait même pas exprès. C’est presque naturel, mais il faut corriger cela pour progresser.

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