Guinée : Sécurité quotidienne, présence et visibilité des forces de sécurité sur la voie publique, relations police-population.

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Carte de Guinée
Carte de la Guinée

ANALYSE-La sécurité est une mission fondamentale de l’Etat, la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 précise : « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Les objectifs des politiques de sécurité sont la lutte contre toutes les formes de délinquance et l’amélioration de la sécurité des personnes et des biens. Ceci est normal dans un pays dit normal. Mais en Guinée, depuis 5 ans, les populations constatent avec impuissance une métastase d’insécurité dans le pays. Une léproserie sans précédent.

On disait de l’ancien Président Conté, un analphabète, mais en son temps, personne n’a osé s’en prendre vertement ni aux hauts cadres du pays ni aux opposants politiques. Mais depuis quelques années, si ce ne sont pas des opposants politiques qui essuient des coups de feu nourris sur leurs véhicules, ce sont des hauts cadres du pays qui succombent sous les armes des malfrats lourdement armés et généralement habillés en uniforme militaire.
Il faut repenser les politiques publiques sécuritaires autour de la sécurité́ quotidienne, la présence et la visibilité́ des forces de sécurité sur la voie publique et les relations police-population.

De ce fait, voudrais-je sans prétention aucune proposer quelques pistes de réflexion en filigrane au gouvernement et aux élus de la République. Ces pistes de réflexion doivent avant tout bénéficier d’une solide volonté politique de stabiliser le ministère de la sécurité afin de mettre en place des politiques publiques cohérentes. Pour rappel, ce ministère est le plus instable de tous les départements ministériels le courant de ces quatre dernières années. Il y a eu quatre ministres qui s’y sont succédés de 2010 à nos jours. Comment se projeter dans de telles situations ?

Ainsi, il serait important de :

1. Retravailler les couleurs de la Police Nationale en optant pour le blanc qui permettra de reconnaître les forces de sécurité à distance dans une capitale constamment baignée dans l’obscurité comme la nôtre. Le changement de couleur de la police s’inscrit dans la logique de prévention et de dissuasion plutôt que dans la logique de répression ;
2. Doter les forces de sécurité de moyens mobiles adéquats d’intervention (motos et voitures) afin de pouvoir mettre en place dans chaque commissariat central des patrouilles 24h/24;
3. Créer une plus grande proximité entre les forces de sécurité et les citoyens à travers une présence assidue dans les quartiers. Cette présence sur le terrain doit être dissuasive pour les auteurs d’infractions, rassurante pour la population, et finement adaptée pour ne pas devenir anxiogène (sentiment de « stigmatisation » rencontré dans certains quartiers de Conakry et d’ailleurs)
4. Refonder la BAC (Brigade Anti-Criminalité) en recrutant au sein de la gendarmerie voire au sein de l’armée, des profils adéquats (les termes de référence seront élaborés dans un document technique) qui seront en civil (règle du trinôme toujours) à pieds mais aussi en véhicules très banalisés de l’extérieur pour être constamment sur le terrain. Cette démarche permettra de recueillir des informations sures pouvant déboucher sur le démentiellement de réseaux de bandes organisées. La configuration actuelle de la BAC ne correspond plus aux formes de criminalité de ces 5 dernières années. Celle-ci n’intervient actuellement qu’après des échanges de coup de feu ou dénonciation de tiers. La BAC est généralement fixe alors qu’elle serait beaucoup plus utile si elle était mobile et autonome (j’imagine qu’elle est autonome.).
5. Renforcer les capacités citoyennes à la vigilance civile à travers des formations descendantes vers les différentes communautés du pays. Il ne s’agit pas ici de promouvoir la délation mais d’apprendre aux citoyens à rester prudents et vigilants pour dénoncer tout comportement suspect ; à charge pour les forces de l’ordre de vérifier les informations à chaque alerte.
6. La formation d’unité d’élite de la Police et de la gendarmerie en lieu et place de la CMIS et de la BSIP mais également de certains bureaux de la Gendarmerie nationale où certains fonctionnaires seraient recrutés contre toutes procédures d’amission dans les rangs des forces de défense et de sécurité du pays. Il suffirait simplement de voir les interventions et les comportements des uns pour se rendre compte de leurs limites. Comment peut-on dans ce cas donner la force publique à ces genres d’individus ?

Ces mesures techniques et sociales doivent s’accompagner d’une gestion saine et transparente socle de toute politique efficiente. C’est pourquoi, il serait important d’opérer une séparation totale entre les prérogatives des ordonnateurs principaux des dépenses des différents commissariats et gendarmeries (ainsi que leurs démembrements) et les contrôleurs de ses dépenses. Il ne serait pas non plus trop demander de proposer des contrôles parfois inopinés afin de s’assurer de l’exactitude et de la justesse des dépenses par un service de contrôle interne autonome des différentes institutions. En sus, l’audit annuel par un cabinet indépendant permettra d’avoir une vision claire de la gestion matérielle et financière des forces de sécurité. C’est de l’argent publique qu’il faut gérer rationnellement !

Signalons que ces mesures ne seront pas portées prou ou contre une personne ou une entité. Elles sont proposées pour éviter que désormais les agents des forces de l’ordre ne se retrouvent pas sans carburant dans leurs véhicules d’intervention ou pire d’être dans l’incapacité d’intervenir parce que plusieurs véhicules sont tombés en panne par faute de changement des pièces qui tardent à venir puisque le marché des pièces de rechange a été passé parfois contre nature.

Enfin, il serait haute patriotique d’éviter le phénomène « NIMBY » dans ces mesures proposées ci-haut si nous voulons qu’elles fassent leurs preuves.

En espérant que ces quelques propositions tomberont dans de bonnes oreilles, je prie chacun d’accepter les limites de ces réflexions qui ne sont que le fruit d’un apprenti de la vie.

Patriotiquement, la Guinée en nous éternellement.

Mohamed KOUYATE,
Sociologue, Paris.

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