samedi, mars 2, 2024

Depuis l’Europe, la recherche des disparus au Népal passe par les réseaux sociaux

« Avez-vous vu ma mère, en trek dans l’Annapurna ? », « Aidez-moi à retrouver mon frère » , « Je cherche ma sœur, Aude, 28 ans, qui faisait un trek dans le Langtang… » Ces messages se comptent par centaines sur Twitter, sur Facebook et sur d’autres réseaux depuis le violent séisme qui a frappé le Népal samedi 25 avril, faisant plus de 5 000 morts selon le dernier bilan officiel.

Aux quatre coins de la planète, les proches des disparus tentent désespérément d’obtenir des nouvelles. Dans le chaos qui règne sur place, difficile d’obtenir des informations de la part des autorités népalaises ou des ambassades. Les familles se voient donc dans l’obligation d’agir par leurs propres moyens, de mener elles-mêmes leurs recherches, en répétant et en partageant inlassablement des messages en ligne.

Mardi soir, elle a enfin eu des nouvelles de son fils Karim, disparu depuis samedi dans la capitale, Katmandou. Quatre jours de « peur extrême », durant lesquels elle a « tout essayé ». La cellule de crise du Quai d’Orsay, qu’elle a appelée « deux cents fois », l’oriente vers différents sites Internet, comme le Person Finder de Google, qui regroupe les informations sur les personnes disparues ou retrouvées, lors d’une catastrophe. Elle y recherche le nom de son fils, « mais il n’y avait rien du tout ». Idem avec Family Links, l’outil de la Croix-Rouge, ou le Safety Chek de Facebook.

La plupart de ces services permettent non seulement de rechercher des informations sur les personnes disparues, mais aussi d’en publier. Virginie remplit alors consciencieusement les différents champs : nom, âge, description, photo, adresse… Afin de créer des avis de recherche complets sur son fils.

« Dans le chaos général, Internet va beaucoup plus vite que les institutions »

Parallèlement, elle inonde de messages les réseaux sociaux. D’abord sur Facebook, dont elle est une grande utilisatrice, mais aussi sur Twitter, qu’elle utilise depuis peu. « J’ai pensé que ça couvrait une plus large population, notamment les journalistes ou les humanitaires », nous explique-t-elle. Ses messages sont partagés des centaines de fois. Pour elle, « sans Internet, les recherches seraient beaucoup moins efficaces. Dans le chaos général, Internet va beaucoup plus vite que les institutions. Nous, on n’a pas de protocole ou de diplomatie à respecter ».
Plusieurs fois par jour, elle fait le tour des mêmes sites, en attente de nouvelles : Facebook, Twitter, Google, le site de la Croix-Rouge… En vain. Jusqu’à ce coup de fil, mardi soir, où elle entend à nouveau la voix de son fils. « Il a réussi à rejoindre l’ambassade à pied. Quelqu’un lui a dit qu’on le cherchait sur Internet, alors il a accéléré sa route. » L’appel ne dure pas longtemps. Juste le temps de lui dire qu’il va bien, qu’il compte rester pour aider les ONG. Et de blaguer : « J’espère que tu as mis une belle photo ! »

« Sur place, je ne servirais à rien »

Mais tout le monde n’a pas cette chance. Valentin, lui, est toujours sans nouvelle de son frère Dorian et de Julia, la compagne de ce dernier, partis faire un trek dans le Langtang. Utilisateur aguerri de Twitter, suivi par plus de 16 000 personnes, il y a naturellement publié son message de recherche, en plusieurs langues. « Sur place, je ne servirais à rien », assure-t-il.

Grâce à « l’effet boule de neige » des réseaux sociaux, il remonte le fil du voyage de son frère. Première étape : trouver le nom de son agence de trekking. Pour cela, il songe à « cracker » la boîte mail de son frère, et demande de l’aide sur Twitter pour y parvenir. En vain. Mais il finit tout de même par se procurer le nom de l’agence, qu’il parvient à contacter par téléphone. Celle-ci tient informés comme elle peut les proches des randonneurs. Jusqu’à ce qu’elle lui apprenne que tous les groupes ont pu être localisés, « sauf celui de [son] frère ».

Valentin ne baisse pas les bras. A force d’insister, notamment auprès des ONG, il a obtenu que la photo du guide du groupe de son frère, Dile Gurung, soit diffusée sur tous les téléphones satellites des sherpas qui étaient dans la région au moment du séisme.

lemonde.fr

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