Brésil : La « magie Lula » semble s’éteindre

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Bresil manif Anti DilmaLes centaines de milliers de Brésiliens qui ont défilé ce dimanche dans plus d’une centaine de villes du pays – entre 900 000 personnes et deux millions, selon les sources – partagent ce sentiment de colère et de rancœur envers la gauche.

Mais à Sao Paulo, ville riche, l’exaspération est sans doute plus visible qu’ailleurs. Lors d’un programme du PT retransmis à la télévision, le 6 août, les résidents, de quartiers aisés le plus souvent, ont tapé sur des casseroles. Dimanche, les mêmes sont descendus dans la rue. « Lula nunca mais », (« Lula, plus jamais »), pouvait-on lire sur les banderoles. « Le PT veut transformer le Brésil en un pays communiste ! », s’insurge un retraité de la construction civile.

«Je manifeste parce que je suis brésilienne et que j’aime mon pays. Quand on aime son pays, on veut le soigner et ôter le mal qui le ronge », explique Maria Alice, élégante sexagénaire professeure d’université. Priscila Aparecida, une jeune métisse esthéticienne, lassée elle aussi de la corruption, fait mentir l’idée que ces manifestations anti-PT seraient le seul fait de la bourgeoisie et des « yeux bleus ». Reste qu’on a croisé peu de Priscila dimanche.

Les anciens électeurs du PT aussi sont désenchantés. La « magie Lula » semble s’éteindre. En témoigne la cote de popularité catastrophique de la présidente (8 % d’opinions favorables). L’ex-syndicaliste avait sorti de la pauvreté des millions de Brésiliens, et les mêmes observent aujourd’hui avec effroi Dilma Rousseff, sa protégée, se noyer dans la crise économique. Fragilisée, la voilà qui mène une politique de rigueur et renonce à ses promesses. Les factures d’électricité augmentent, l’inflation s’envole, le chômage grimpe. Mais la colère gronde – pour le moment – dans le camp conservateur.

« Lors des grandes manifestations de juin 2013, les mouvements de jeunes progressistes et de gauche prédominaient. Aujourd’hui, ceux qui mènent les manifestations sont davantage issus de la classe moyenne et portent des messages contre la corruption, le socialisme, et exigent le départ de Dilma et la fin du PT. Il s’agit avant tout de Blancs avec une présence rare d’ouvriers », analyse Caio Navarro de Toledo, professeur de sciences politiques à l’université de Campinas, de l’Etat de Sao Paulo.

Pour Daniel Pereira Andrade, professeur de sociologie à la Fondation Getulio Vargas, à Sao Paulo, la petite bourgeoisie brésilienne a des raisons de protester. Sous le gouvernement PT, les «travailleurs misérables », petits ouvriers, femmes de ménage… sont devenus moins bon marché et plus exigeants. «Ils ont acquis des droits et un statut quand la classe plus aisée a perdu en pouvoir d’achat et en pouvoir tout court », dit-il.

Depuis l’avenue Paulista, Francisco a une lecture différente des choses. « Avant, les riches se préoccupaient des pauvres, il existait une forme de paternalisme. Le PT a rompu cette harmonie, pense-t-il. Avec Lula, les plus pauvres ont pu consommer, acheter des choses, mais à crédit. Cette richesse était artificielle. Ils se sont endettés, et maintenant qu’il n’y a plus d’argent, ils sont envieux. » Parfois violents. Or Francisco aimerait « pouvoir se balader dans la rue avec sa montre sans risquer de se faire agresser ».

Excédés, ils étaient nombreux, dimanche, à plaider pour l’impeachment – la destitution de la présidente. Mais les milieux d’affaires ne veulent pas ajouter à la crise économique une crise politique. Quant aux opposants politiques de Mme Rousseff, «ils préfèrent “saigner” le gouvernement jusqu’à la fin », analyse Caio Navarro de Toledo.

LeMonde

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