Opinion: Faut-il toujours des morts pour accéder à un accord ?

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Manif au BurkinaDepuis 2006 notre pays est entré dans un cycle de  violences qui cause à chaque fois des pertes en vies humaines et en matériels considérables. Des jeunes élèves ont été froidement abattus en juin 2006 pour avoir osé réclamer leur droit aux examens du baccalauréat.

Lors des journées folles de janvier- février 2007, on ne pourra jamais établir le bilan exhaustif des soulèvements populaires préludes à l’instauration d’un Etat démocratique. La triste répression macabre de 2009 au stade du 28 septembre, n’a pas encore fini de nous dresser son véritable bilan. Ce sont là des événements qui ont endeuillé des dizaines de familles de notre pays, et qui s’inscrivent désormais dans le registre de notre histoire commune.

La lutte pour la conquête du pouvoir nous conduit toujours à des scènes de violences, de barbaries, d’animosité et de communautarisme exacerbé. Le combat politique n’est pas synonyme de haine et de mépris, il est l’expression effective d’une simple adversité autour de programmes de société dans le seul intérêt du peuple souverain. Ce n’est donc pas un lieu où l’on doit faire des scènes de batailles rangées pour sacrifier toujours des vies.

En 2010 pour la première fois que notre pays a eu droit à une véritable élection plurielle, notre tissu social a éprouvé de sérieux coups qui ont négativement impacté son intégrité. Entre les deux tours on a frôlé la catastrophe par moment, nos communautés foulant au sol les valeurs de la nation se sont consacrées au repli identitaire pour soutenir leur candidat. A cette occasion assez de jeunes pleins de vitalité ont malheureusement été sacrifiés par les démons de la politique. Des revendications parfois absurdes ont contribué à la radicalisation des différentes positions pour mettre ainsi dos à dos les composantes de notre nation. Finalement le second tour des présidentielles a eu lieu après que de nombreux compatriotes aient été sacrifiés à l’autel des ambitions personnelles de nos politiques.

Pour les élections législatives de 2013, le même scénario s’est encore imposé à notre classe politique. Des manifestations de rue au cours desquels des biens matériels ont été détruits, des vies humaines sacrifiées. De véritables bandes de vandales sans foi ni loi ont troublé la tranquillité des paisibles populations. Ces marches ne visaient qu’à ternir l’image de notre pays pour empêcher l’arrivée des investisseurs étrangers. Après des revendications sanglantes parfois meurtrières, nos acteurs politiques se retrouvent encore pour signer un accord. Les législatives se tiendront justement à l’issue de cet accord, en  même temps, des jeunes guinéens avaient été conduits au cimetière.
Pour les prochaines présidentielles, l’opposition dite républicaine a encore radicalisé sa position à l’annonce de la date des consultations électorales. Comme par le passé, elle pousse dans la rue des dizaines de jeunes adolescents pour braver les forces de l’ordre et s’attaquer aux innocentes personnes. Ce sera encore des morts et toujours des morts avant d’aboutir à un accord. Comme il fallait s’y attendre, cet accord sera signé au mépris de ceux qui ont perdu leur vie.

Un parti politique est une association d’individus qui luttent pour la conquête du pouvoir et dans l’intérêt supérieur de la nation. C’est autour d’un programme qu’il doit se battre, avec la raison et non avec le cœur. Il doit être à mesure de comprendre analyser et poser réellement les problèmes liés à la vie de la nation afin que des solutions idoines puissent être trouvées par le biais du dialogue. Mais quand la caractéristique fondamentale de notre paysage politique est la crise de confiance, il devient alors difficile de parler d’un véritable dialogue à cause de l’a priori existant.

Le politique doit faire don de sa personne pour apporter le bonheur au peuple pour lequel il mène son combat. Dans ces conditions, il ne doit pas être égocentrique, il doit pouvoir partager les soucis de ses militants en les associant ou en les consultant pour toute prise de décision. Il doit être un altruiste celui la qui se réjouit à travers le bonheur qu’il apporte aux autres. C’est seulement à ce prix que l’on peut magnifier les actions d’un leader politique. Mais commander la violence, entretenir la violence résulte du manque de programme de société fiable.

On comprend mal qu’après la mise en place de l’assemblée nationale, que l’on continue encore à faire de la rue un lieu d’expression des idées et des revendications. Quel rôle est alors dévolu aux élus du peuple dans ces conditions? Nous sommes à notre début pour l’instauration de la démocratie dans notre pays. Il ne se fera pas par effet de baguette magique, comme les grandes nations démocratiques de ce monde, nous emprunterons ce chemin sinueux et plein d’embuches pour aboutir à ce rêve démocratique. Il y aura sur ce parcours des insuffisances, des ratés, des erreurs et des fautes qu’il faille corriger par la force du dialogue et de la concertation.

Quand un élu du peuple fait la chaise vide dans un hémicycle, il affiche sa position partisane. Il foule au sol les intérêts de ceux la mêmes qui ont voté pour lui. Dès que l’on devient député, on tait son appartenance politique pour se consacrer entièrement à la sauvegarde des acquis du peuple. Une telle attitude est de nature à décourager les populations auxquelles ils demandent à cors et à cris leur suffrage. Tout cela démontre un amateurisme de la part de nos hommes politiques qui n’ont aucune formation de base pour jouer leur rôle dans les règles de l’art. Beaucoup sont arrivés dans le but d’arrondir les fins de mois, peu le sont par conviction. Donc il faut obéir aveuglément au leader car aucune idée contraire à sa décision ne peut prévaloir.

Aujourd’hui un accord vient d’être signé par la classe politique, accord qui nous conduira certainement vers des élections présidentielles apaisées. Un adage africain nous enseigne : les immondices que l’on doit ramasser, mieux le faire à temps avant qu’elles ne soient éparpillées par la volaille. Puisque la finalité a toujours été l’obtention d’un accord, c’est absurde de se livrer à des manifestations de rue, des villes mortes ou autres formes de désobéissances civiles. A quoi auront servi ces violences meurtrières, ces actes de vandalisme et autres ? C’est le lieu de dire à notre jeunesse et aux parents de ne pas laisser leurs enfants à la merci  des vendeurs d’illusion qui ne visent que leur intérêt personnel et non celui du peuple.

Ceux qui sont morts sont morts pour rien car l’accord a été signé. De toute façon, ces politiciens pouvaient nous mettre à l’abri d’une telle angoisse, d’un tel stress. S’ils savaient qu’ils allaient accepter un accord, on se demande alors à qui imputer la responsabilité de la mort de ces jeunes compatriotes. La politique ne s’improvise pas, on ne fait pas de la politique pour la simple raison de la faire. Il ya des préalables qu’on doit connaitre et maitriser avant d’entreprendre un combat politique. Quand un homme se lance dans la politique sans formation idéologique au préalable, il devient un criminel en puissance qui est prêt à sacrifier tout pour ses ambitions personnelles.

Nous demandons humblement à nos hommes politiques à défaut de nous donner le bonheur auquel nous aspirons, qu’ils ne nous mettent pas toujours dans une perpétuelle angoisse. Le peuple n’aspire qu’à la paix et à la quiétude sociale. Qu’ils daignent également respecter la vie humaine, elle est sacrée !

Famany Condé

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