Guinée : Entretien à bâtons rompus avec le Député Uninonimal de Kissidougou,Sinkoun Camara

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Sinkoun_député kissiGuinée-Conakry : Suite à la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle, par la Cour Constitutionnelle, certains acteurs qui ont accompagné le changement prôné par le Pr. Alpha Condé, considèrent cette victoire comme la médaille et son revers.

C’est-à-dire le succès enregistré pendant le premier mandat, malgré les vicissitudes du moment et les nombreuses attentes et exigences de la population déjà ébranlée depuis des décennies par des mouvements sociopolitiques et la mal gouvernance.

L’Honorable Abdoulramane Sinkoun Camara, Député uninominal (RPG Arc-en-ciel) de Kissidougou, Président de la Commission Mines, industrie, commerce, tourisme et artisanat de l’Assemblée Nationale a participé activement à la mise sur les rails de ce train du changement. Il croit à une Guinée plutôt en mouvement et celle émergente, où des hommes et des femmes, de façon solidaire, travaillent, se battent et réinventent au quotidien, les critères d’une vie paisible et plus digne. Pour lui, il s’agit de trouver des citoyennes et citoyens capables de combiner parfaitement l’équilibre entre l’honnêteté, la rigueur, le patriotisme et la compétence pour la construction d’une Guinée unie et prospère.

Nos reporters l’ont rencontré pour nous donner son point de vue sur ce qui touche les besoins urgents des populations, la formation, l’emploi, l’éducation, la bonne gestion et la répartition équitable des richesses, le renforcement de l’unité nationale et la consolidation de la paix.

HOROYA : Quelle analyse faites- vous de la réélection du Professeur Alpha Condé dès le premier tour de la présidentielle du 11 octobre ?

HONORABLE ABDOULRAMANE SINKOUN CAMARA : Il faudrait tout simplement dire que cette réélection est le résultat du travail du Pr. Alpha Condé durant les cinq ans de son premier mandat. Il a pris des engagements qu’il a respectés. Dans le cadre de son programme de société, il a assaini en tout premier lieu les finances publiques. Quand il prenait le pouvoir il n’y avait pratiquement pas de fonds publics et il a procédé à l’assainissement des finances publiques, en créant une unicité des caisses.

Le Président Alpha Condé, a fait également des efforts dans le domaine des infrastructures. Il a organisé les fêtes tournantes de l’indépendance à l’intérieur du pays. Cette délocalisation des fêtes anniversaires, a été un vrai succès. Elle a permis la réalisation d’infrastructures dans les régions de Boké, Kankan, N’zérékoré et Mamou. Pratiquement toutes les villes ont bénéficié des avantages de cette initiative.

Nous avons eu la chance d’avoir vécu une élection apaisée, où le monde entier avait le regard régenté sur la Guinée. Dieu merci que cette élection soit passée dans les meilleures conditions. Tout ceci est à mettre à l’actif du Pr. Alpha Condé. Dans sa longue lutte pour asseoir un Etat de droits en Guinée, le candidat élu de l’élection présidentielle de 2015 a estimé que le contexte où nous trouvons, seule la démocratie doit être valorisée. Vous qui êtes des hommes de média, vous constaterez aujourd’hui que la presse est libre, la liberté d’opinion est respectée, qu’il n’ya pas de prisonniers politiques. Tout cela a permis de créer un climat d’apaisement dans le pays. Je vous ai tout de suite parlé de finances publiques, de l’organisation et de l’assainissement du climat des investissements. Parce qu’à travers le Président Alpha Condé , on a pu accéder au PPTE, ce qui est absolument une grande victoire pour le gouvernement et l’Etat guinéen. Aussi, il faut voir les grandes réalisations dans le cadre de la réorganisation de l’administration guinéenne. La création des institutions républicaines, l’Assemblée Nationale à l’occurrence, les institutions judicaires, la reforme de l’Armée, de la Justice, des Forces de Sécurité.

Ce qui a permis d’améliorer la gestion démocratique du pays, de consolider l’Etat dans ses structures, dans ses fondements. Sans pain il n’ya pas de paix. L’élu du peuple a réussi à stabiliser le prix des devises, à apporter des engrais et des tracteurs aux agriculteurs même dans les zones les plus reculées. Un grand acquis qui a facilité le renforcement de la capacité de production de la culture rizicole de nos paysans.

Nous avons aussi constaté que le prix du riz est stable. Ce sont là des aspects importants, permettant de concourir à la paix sociale. Nous avons le plaisir d’inviter des hôtes de marques de partout à travers le monde, parce qu’il y a des hôtels cinq étoiles partout. J’ai d’ailleurs la fierté de vous dire que nous pouvons actuellement concurrencer le Sénégal en la matière, car, nos hôtels de Conakry n’ont rien à envier à ceux de Dakar. C’est une réalité, puisque j’ai vécu 15 ans au Sénégal. Il faut au même moment signaler le retour de la Guinée sur la scène internationale. Nos ambassades avaient beaucoup de difficultés, les employés des ambassades se retrouvaient parfois avec une année sans salaires. De nos jours, ce problème est résolu et nos ambassades fonctionnent à merveille. La confiance est donc là. Le Président de la République a participé a beaucoup de fora en Inde, aux USA, en France, où il a toujours été reçu avec un grand honneur.

Au niveau de l’Assemblée Nationale, nous avons eu à ratifier le Projet Global Alumina, le Projet Rio Tinto et le Projet de Bauxite de Gaoual, Alliance Mining Corporation AMC. Cela a suscité un grand espoir dans le domaine minier. Nous avons reçu la Société RUSAL CBK, venue nous expliquer ses ambitions dans le cadre de la construction des infrastructures et de la réouverture très prochaine de l’Usine de Fria, la construction d’autoroute à Sangaredi et celle du chemin de fer, ainsi que sa mutualisation. Comme disait le journaliste de Jeune Afrique, François Soudan le Président Alpha Condé a réalisé beaucoup de choses, mais tout est à faire.

Malheureusement, au cours de ce premier mandat il ya eu des ‘’brebis galeuses’’ au sein de l’administration, où il ya eu assez de frustrations dans le cadre de la passation des marchés publics. Et je crois que sur ce plan, la vigilance doit être de mise. Ceci dit, ce qui est attendu par tout le peuple de Guinée, c’est le vrai changement au sein de l’administration. Que le Président mette une administration neuve qui pourrait être la locomotive, afin de pouvoir réaliser tous les grands projets qu’il ambitionne au cours de ce second mandat. Il a le privilège de connaitre les cadres patriotes, de repérer les compétences ; surtout qu’il n’ya pas de coalition à faire au cours de ce second mandat. Il a la main libre. Il a gagné parce que lui-même a sérieusement travaillé.

Nous l’avons vu, c’est la première fois qu’un Président de la République, sillonne toutes les grandes villes, la quasi-totalité des sous préfectures et certains districts. Une première depuis l’indépendance. Il y a aussi des cadres qui ont œuvré énormément pour sa réélection dans la sensibilisation. Mais, en toute franchise, cette victoire est le sacrifice qu’il a lui-même consenti. Il a pu être proche et donner beaucoup d’espoirs aux différentes communautés.

Nous avons constaté qu’au Fouta par exemple, le Président élu démocratiquement a triplé ses résultats. Ce qui est la preuve que les mentalités commencent à changer, le vote communautaire commence à baisser d’intensité au profit du bilan, des réalisations. A noter que nous sommes encore à l’école de la démocratie et nous constatons par là que le peuple réalise, que les élections, c’est le choix du meilleur.

La proclamation des résultats définitifs ne sauraient être donc des batailles rangées. La politique n’est autre qu’un débat d’idées. Je crois qu’au cours de ce second mandat il y aura beaucoup de bonnes choses à combler, parce que la confiance des partenaires s’est accrue.

Que pensez-vous de l’avenir du système éducatif de notre pays, de la formation et de la recherche scientifique ?

Dans le cadre de la formation, les boursiers des universités ne souffrent plus du payement de leurs bourses, malgré les difficultés que l’Etat a eu durant ce mandat, avec notamment l’impact d’Ebola sur notre économie. Vous constaterez que les Universités privées continuent à effectuer beaucoup d’investissements. Ce qui est une très bonne chose. Mais, je déplore un peu l’abandon des Universités publiques : Gamal Abdel Nasser, la faculté de Géo-Mines de Tamakènè, l’Université Julius Nyerere de Kankan, où nous avons fait nos études, devraient servir de références de l’Etat. Il est important d’avoir plus d’investissements dans ce secteur.

J’espère vivement que les ministres qui seront en charge de ces Départements pourront proposer au Président de la République un programme qui favorisera l’épanouissement des universités publiques. L’université Gamal Nasser, la première université du pays mérite une meilleure attention. Pour ce qui est de la recherche scientifique, il ne faut pas comparer la Guinée aux pays développés car, nous n’avons pas le même budget, ni les mêmes moyens et les mêmes recettes. Il faut tout de même dire qu’il y a eu un progrès parce que lors du passage du ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique à l’Assemblée Nationale, il nous a fait part de beaucoup de recherches effectuées à Pastoria, avec des résultats satisfaisant dans le domaine de l’agronomie. Il nous a parlé d’une étude menée sur le maïs à Faranah. J’ai le plaisir de vous informer que l’Université de Faranah a été choisie par la Chine comme étant la meilleure Université agronomique d’Afrique.

C’est pour vous dire que la Guinée peut avancer s’il ya encore plus d’attention dans le cadre de la recherche scientifique. Nous avons toujours eu de bons professeurs, des équipements adéquats à Faranah qui pourront facilitent la recherche fondamentale dans le cadre de l’agriculture. Je souhaiterais qu’au niveau de la recherche rizicole qu’il y ait un plus grand investissement a Gueckedou. Nous avions de ce côté une bonne infrastructure qui servait de Centre de Recherche Agronomique Rizicole, mais malheureusement ces infrastructures sont maintenant délabrées

S’agissant du Centre Recherche Halieutique de Rogbané (CERESCOR) , vous savez très bien que dans le cadre de la collaboration avec l’Ex-Union Soviétique, à l’époque de la guerre froide, la Guinée bénéficiait de beaucoup de subventions et appuis financiers de l’Union. Mais, avec le marché libre, les ressources sont insuffisantes pour investir dans cet institut, malgré les efforts diplomatiques du Président. Le futur ministre de l’Enseignement Supérieur doit en tenir compte. L’espoir est permis avec l’ambassadeur de Russie en Guinée, un homme très ouvert et dynamique. Lors d’une de nos rencontres, il nous a dit qu’il est de Conakry, qu’il se sent Guinéen et est prêt à aider la Guinée sur tous les plans. Donc il ya de bonne disposition de la Russie et je crois que le Président de la République étant un Professeur aimant la recherche, aura un regard attentif sur la recherche scientifique CERESCOR.

Certains pensent que les mines ne peuvent pas développer un pays. Avec le cas guinéen ne peut-on pas espérer inverser la tendance, surtout avec le second quinquennat du Pr. Alpha Condé ?

Je ne dirai pas que le développement ne peut que s’appuyer sur les mines. Les mines peuvent être une locomotive aussi pour le développement d’un pays. Quand tu prends l’exemple de Rio Tinto, la Guinée devrait avoir près de 5 milliards de recettes budgétaires avec possibilité d’emplois permanents de 45 000 personnes et en emplois directs 100.000. Or, qui dit emploi dit revenu ou éloignement de la pauvreté. Rio Tinto aurait pu être donc une locomotive pour la Guinée et la construction de ce chemin de fer de Beyla à Forécariah, permettra l’évacuation non seulement du minerai de fer, mais aussi des produits agricoles, des produits pétroliers et les passagers.

Donc, je pense que la Guinée doit jouer sur les deux bords : L’agriculture et les mines. Mais, nous avons une chance. Les Mines peuvent apporter à mon avis 60% du budget national, si le secteur est bien organisé et si il ya de grandes ambitions dans ce secteur pour consolider l’économie nationale. Vous n’êtes pas sans savoir qu’on vient de découvrir des minéraux utiles à Kissidougou qui sont de la famille des corrodons. C’est pour dire que dans le domaine de la recherche géologique fondamentale, il n’ya pas eu beaucoup de progrès et lorsqu’il y avait les liens avec l’Union Soviétique, il y avait un grand financement dans ce secteur. Moi je crois que l’une des locomotives du développement de la Guinée pourrait bien se reposer sur les mines. L’agriculture, évidemment nous avons énormément d’eau, de terre fertile, elle devra être alors un deuxième pilier de notre développement.

Nos barrages doivent aussi nous permettre de produire énormément d’énergie, d’avoir des zones franches pouvant permettre d’offrir aux entreprises étrangères, notamment chinoises de l’électricité a très bon prix, viabiliser des zones et cela pouvait attirer des investisseurs. Les entreprises chinoises par exemple qui s’installeront en Guinée peuvent produire et déverser sur le marché africain et produire aussi des articles pour l’acheminer plus facilement avec une distance plus courte en Europe.

La Guinée a une position stratégique naturelle qui nous permet de développer le commerce, l’industrie. Aujourd’hui avec Kaléta, Garafiri, et si on arrivait à réaliser les barrages Souapiti, Amaria et pourquoi pas Morisanankoro, nous pourrons demander aux entreprises de s’installer et les offrir le courant à un vil prix pour une éventuelle industrialisation du pays.

Alors pour ne pas abuser de votre temps, on souhaiterait avoir votre mot de la fin

Vous n’abusez jamais de mon temps. Quand il s’agit de l’intérêt national j’ai vraiment le temps. Je commence par dire que nous avons une mosaïque ethnique, qui a vécu jusqu’à présent dans une parfaite harmonie, illustrée par des mariages intercommunautaires, des plaisanteries à cousinages et des échanges commerciaux, il faut les préserver jalousement pour bâtir une Guinée unie et prospère.

Le mot de la fin, nous devons tous prier pour la paix et la concorde sociale.  Le roi Hassan2 lors de sa dernière visite en France, a accordé une interview aux journalistes de TF2. La première question : De quoi est-il fier ? En réponse, il a dit : «Je suis fier de la révolution verte que j’ai mené dans mon pays. Au moment où les autres pays s’industrialisaient comme l’Algérie, il avait opté pour l’agriculture et aujourd’hui, le Maroc est devenu un pays d’agrumes, de fruit. Et quand on lui a posé la question qu’est-ce qu’il souhaiterait pour le Maroc ? Il affirme : «Je souhaite des cadres intelligents et patriotes. Donc, il ne s’agit pas aujourd’hui d’être intelligent et compétent, nous devons être patriotes et compétents comme Alpha Condé, je ne cesserai de le dire, afin que la Guinée bouge. Je prie Dieu qu’il aide le Président Alpha Condé à faire le bon choix pour ce nouveau gouvernement et que tout le peuple de Guinée souhaite des compétents, des patriotes comme ministres qui pourront l’aider et participer à un développement harmonieux pour une Guinée émergente. Fini donc le sentimentalisme béant, pour faire appel aux cadres qui puissent répondre valablement aux attentes du pays et du Chef de l’Etat. Le moment est plus que jamais opportun, afin que nous ayons tous des ambitions, en plus de celles qui animent le Pr. Alpha Condé pour un meilleur avenir de la Guinée.

Je souhaite donc une bonne santé au Président de la République. Je profite de l’occasion pour saluer et remercier tous les électeurs qui ont bien voulu renouveler leur confiance au candidat du RPG Arc-en-ciel, pour le second mandat. Nous avons la tête haute, nous sommes fiers de le dire que nous avons suivi un homme qui a été à la hauteur de l’espoir, de l’espérance que nous avons placé en lui depuis de longues années.

Propos recueillis par
Lanciné Camara et Ibrahima Tioye

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