Ebola : il faut maintenant soigner les économies de trois pays

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Conference Ebola NYAFP-La Guinée, le Sierra Leone et le Liberia souffrent des retombées économiques de l’épidémie d’Ebola. Pour la Banque mondiale, il y a un manque à gagner total de 2,2 milliards de dollars.

1,4 milliard pour la Sierra Leone, 535 millions en Guinée et 240 millions au Liberia. C’est le montant des pertes en produit intérieur brut (PIB) causés par Ebola, selon la Banque mondiale.

L’épidémie a fait plus de 11.300 morts en Afrique de l’Ouest, sur 29.000 cas recensés depuis son apparition en Guinée en décembre 2013. L’épidémie s’était ensuite étendue à la Sierra Leone et au Liberia. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pourrait proclamer dans les jours qui viennent la fin de l’épidémie dans l’ensemble de la région, les pays s’inquiètent de ses conséquences économiques. Ils ont reçu en 2015 des promesses d’aide de plus de 5 milliards de dollars pour redresser des économies sinistrées. Le Sierra Leone figure en première ligne.

– Sierra Leone : chute de 20% du PIB

Freetown a vu son produit intérieur brut chuter de plus de 20% avec l’épidémie. « Les secteurs qui tirent habituellement la croissance – agriculture, mines, etc – ont été gravement perturbés », déclare à le ministre sierra-léonais de l’Economie et des Finances Kaifala Marah. L’impact économique a été aggravé par une forte baisse des prix mondiaux du minerai de fer, premier produit d’exportation du pays, et l’effondrement du secteur minier, les investisseurs étrangers ayant fui la Sierra Leone.

Ainsi l’orpailleur sierra-léonais Dauda Kamanda parvenait à vivre de la vente de ses pépites à des marchands qui les exportaient à travers l’Afrique et le Moyen-Orient avant l’épidémenie. Puis ses clients libanais et sénégalais de la province de Koinadugu, dans le nord de la Sierra Leone, ont fui un à un la propagation du virus en 2014. Ses revenus mensuels de 500 dollars (460 euros) qui suffisaient à subvenir aux besoins de sa famille de quatre enfants se sont évaporés. « Après le départ des acheteurs, j’ai dû trouver un emploi de transporteur de bagages dans une gare routière pour les gens allant dans la capitale » Freetown, raconte-t-il.

La fermeture de deux mines, exploitées respectivement par African Minerals et London Mining, s’est soldée par la perte de 7.500 emplois. Le nombre d’emplois est néanmoins revenu à son niveau antérieur à la crise, mais avec des durées et des salaires inférieurs, selon un rapport de la Banque mondiale publié en juin.

– Guinée : la coupure des transports routiers et aériens a pénalisé le commerce

En Guinée voisine, où l’impact s’est également fait sentir sur les investissements miniers, l’arrêt de nombreuses liaisons terrestres et aériennes a également asphyxié le commerce, souvent dominé par le secteur informel. Avant la crise Ebola, « j’étais souvent à Dubai et à Bangkok pour acheter des chaînes en or, ma boutique était toujours bien achalandée, j’avais beaucoup de clients, notamment parmi les détaillants », indique une négociante, Fatou Baldé.

L’import-export de produits de base, tels que le riz, le lait, la farine et le sucre, a lui aussi souffert. « En temps normal je fais entre 35.000 et 40.000 tonnes par mois », estime Elhadj Diallo, qui importe essentiellement du riz. « Mais pendant cette période d’Ebola j’importais seulement entre 10.000 et 15.000 tonnes parce que les fournisseurs avaient souvent peur d’envoyer leurs bateaux à Conakry », explique-t-il, confiant avoir dû faire convoyer ses marchandises via « le Sénégal ou la Gambie pour ne pas décourager les fournisseurs puisque la Guinée était devenue un problème ».

– Liberia : les entreprises paient le prix d’une économie en vase clos

De l’autre côté de la frontière, au Liberia, Amadou Diallo, qui importe des marchandises de Guinée, affirme avoir dû « repartir de zéro » à cause d’Ebola. « C’était vraiment l’enfer. Nous ne pouvions plus sortir du pays pour nous approvisionner et devions survivre avec l’argent que nous avions ». Dans le pays, 12% des entreprises suivies par l’International Growth Centre (IGC), basé à Londres lors du pic de l’épidémie, à l’été 2014, ont fait faillite.

La population et les gouvernants veulent pourtant rebondir après le choc de l’épidémie. « Nous pouvons et nous devons revenir aux progrès qui prévalaient avant le traumatisme d’Ebola », a déclaré en juillet la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, lors d’une réunion aux Nations unies avec ses homologues guinéen Alpha Condé et sierra-léonais Ernest Bai Koroma. Dianna Games, du cabinet-conseil sud-africain Africa At Work est optimiste. Il rappelle les perspectives de croissance encourageantes de l’Afrique de l’Ouest, estimées à 7% en 2016.

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