USA : La Convention démocrate dépèce le candidat Trump

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Hillary obamaDe Michael Bloomberg à Barack Obama en passant par Tim Kaine, le colistier de Hillary Clinton, les démocrates ont consacré la troisième soirée de leur convention à une démolition en règle, souvent humoristique, de Donald Trump.

 

Pour vaincre ton ennemi, ne le prends pas au sérieux. Ridiculise-le ! Il doit bien y avoir un proverbe qui dit cela, c’est en tout cas la stratégie qu’ont adopté, mercredi 27 juillet, les démocrates vis-à-vis de Donald Trump. Et comme disait l’autre : mission accomplie.

L’entreprise de démolition a commencé avec l’indépendant Mike Bloomberg, aussi démocrate de cœur que les délégués de Philadelphie sont milliardaires de portefeuille, elle s’est achevée en apothéose avec l’étreinte émue de Barack Obama et Hillary Clinton, l’ironie n’échappant à personne de voir un jeune président passer d’un air paternel le relais à une femme âgée de 14 ans de plus que lui. Là encore, mission accomplie.
On aurait pu s’attendre à un dépeçage en règle du Donald, un démontage numéroté, détaillé, des pièces détachées. On pensait que sa dernière énormité du jour, invitant les Russes à publier les emails de Hillary Clinton, occuperait une place de choix au menu. Il n’en a rien été. Toujours la même stratégie : on n’argumente pas contre un clown, on s’en moque. On met les rieurs de son côté.

Bloomberg fait un malheur

Michael Bloomberg, notamment, a fait carton plein sur la cible Trump. Un businessman à succès, Trump ? Quelle rigolade, a lancé la 8e fortune de la planète, détaillant ses faillites, escroqueries procès et actionnaires mécontents.
« Donald Trump nous dit qu’il veut diriger la nation comme il dirige ses affaires. Dieu nous en garde. […] Je suis un New-Yorkais, quand je vois un escroc je le reconnais illico », a-t-il lâché.

Avant d’ajouter : « A la vérité, la chose la plus riche, à propos de Donald Trump, est son hypocrisie. » Dans le public, Lawrence Hamm, un démocrate du New Jersey qui a soutenu Bernie Sanders, n’en revenait pas :

« Pour moi, Bloomberg était ‘Monsieur 1%’, un milliardaire. Mais il a donné l’un des discours les meilleurs de toute la convention ! »

Ce fut ensuite le tour de Tim Kaine, le colistier de Hillary Clinton. Les partisans de Bernie Sanders sont mécontents du choix de ce centriste, mais il a été largement acclamé et, pour un politicien qui assume son manque de charisme, il a éviscéré Trump avec un vrai talent. Bloomberg avait esquissé le thème mais Kaine a enfoncé le clou sur la question centrale : peut-on faire confiance à un escroc narcissique ? « Trump a une passion, c’est lui-même ». Et il se contente de dire à son public : « Croyez-moi », a dit Kaine. Comme dans :

« Croyez-moi, il n’y a rien de suspicieux dans ma déclaration d’impôt [que Trump refuse de publier, NDLR]. »

Rires dans la foule. Et Kaine de refaire l’inventaire des sous-traitants, retraités ou étudiants de la Trump University que le milliardaire a arnaqués. Pour un citoyen « boring » (barbant), c’était plutôt efficace. Grace Pendland, une déléguée du Texas, est en tout cas « tombée sous le charme ».

« Il est humble, il a capturé le cœur de tant de gens, en seulement cinq jours. »

Et il a parsemé son discours de quelques phrases en espagnol, qu’il parle couramment, sans trop en faire.
L’optimisme d’Obama

Restait le plat de résistance. Après la projection d’un petit film panégyrique, Barack Obama est entré en scène sous un tonnerre d’applaudissements. L’émotion était palpable.
Barack Obama a fait l’éloge que l’on attendait de Hillary Clinton, détaillant les quatre années à ses côtés comme secrétaire d’Etat. Un tableau efficace, sinon surprenant. Il a lancé des piques contre Trump, sans trop descendre de son piédestal présidentiel.

Mais c’est sur un autre thème, évoqué par petites touches avant lui, qu’Obama s’est montré excellent : Trump ne représente pas « la vraie Amérique », contrairement à ce qu’il prétend, l’Amérique réelle est aux antipodes du tableau frileux et catastrophiste qu’il dépeint.

« Nous ne sommes pas un peuple fragile. Nous ne sommes pas un peuple apeuré. Notre puissance ne vient pas d’un sauveur auto-proclamé déclarant que lui seul peut restaurer la loi et l’ordre », a insisté le président.

« L’Amérique est déjà formidable, elle ne dépend pas d’une seule personne », a-t-il ajouté. Jamais, depuis le début de cette convention, l’opposition entre le « moi » providentiel de Trump et le « nous » de l’Amérique n’avait été exprimée avec autant d’éloquence.

Jamais, non plus, le contraste n’avait paru aussi marqué entre le pessimisme d’un discours face à l’optimisme d’un autre : « Après presque deux mandats de président, je suis plus optimiste que jamais à propos de l’Amérique », a confié Obama, tandis qu’à la convention des républicains, à Cleveland, « nous avons entendu une vision profondément pessimiste d’un pays où nous nous tournons les uns contre les autres et où nous tournons le dos au reste du monde. Il n’y a pas eu de solution sérieuse à des problèmes pressants – juste l’attisement du ressentiment, du blâme, de la colère et de la haine. »

L’Amérique veut-elle encore croire à cette vision optimiste qu’a décrite son président ? C’est toute la question. Mercredi soir, à Philadelphie, le ciel était en tout cas plus bleu qu’à Cleveland.

nouvelobs

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