France-PS : Benoît Hamon, le petit frondeur devenu grand

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Hamon, il créé la surprise face à Valls
Crédit : libé

On imaginait qu’il allait faire un simple tour de piste. Mais dès décembre, après le renoncement de Hollande et un passage télé réussi, sa campagne décolle : les débats tournent autour de ses idées. Il devient favori.

Jeudi 5 janvier, Benoît Hamon est face à la rédaction de Libé. L’entretien se termine. Le candidat est posé à la cafétéria. Un petit café. Il joue à la politique-fiction. Il se projette au soir du second tour quand le gagnant appelle le perdant : «Je compte sur toi, Manuel, hein ?» Depuis, les jours ont passé. Et la scène est devenue réelle. Benoît Hamon, 49 ans, a raflé la primaire. Aujourd’hui, sa victoire paraît logique. Sauf qu’elle n’était pas au programme. Personne ne l’avait prévue, ni lui ni ses adversaires. Le député des Yvelines est passé, en quelques semaines, de «petit» candidat à «grand» favori. Du vide à des meetings bondés à travers le pays. Une aventure folle. Le mec formé au cœur du PS a réussi à imposer ses idées tout au long des débats. Et, surtout, à se poser en homme neuf. Son équipe se frotte les yeux : «On part à l’arrache et on termine loin devant. Ce qui nous arrive est dingue.»

 

L’épopée débute au printemps. Benoît Hamon réunit ses proches, une cinquantaine d’élus, dans un gymnase au sud de Paris. Des têtes connues, comme les députés Pascal Cherki ou Régis Juanico. D’autres moins. La parole tourne et les reproches tombent. Le quinquennat de l’ex-ministre passe mal. Notamment son deal de l’automne 2013 qui a propulsé Manuel Valls à Matignon six mois plus tard. Ali Rabeh, intime du député, se souvient : «Tout le monde a dit ce qu’il avait à dire. Sans violence, mais il fallait que ça sorte. Ça a permis de dissiper les doutes.» Une décision est prise : si primaire il y a, Benoît Hamon en sera. Le 17 juin, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, dit «oui» à la primaire. Dans la foulée, les frondeurs se retrouvent (presque) au complet dans le XIVe arrondissement de la capitale. Il ne manque que Montebourg. Les présents cherchent un moyen de se rassembler autour d’une seule candidature. En vain. La députée Barbara Romagnan, elle-même frondeuse, est «fâchée» : «Je trouvais notre division irresponsable.»

«Espace à prendre»

Le 11 juillet, Hamon retrouve son petit cercle. Juanico, Balas, Cherki et consorts s’installent dans l’arrière-salle de l’Européen, une brasserie près de la gare de Lyon. La discussion ne traîne pas. Ils veulent se lancer rapidement afin de devancer Montebourg et de combler le déficit de notoriété. Une date est bloquée pour l’annonce de candidature : ça sera le 21 juillet. Sauf que l’horreur se produit trois jours plus tard à Nice. La déclaration est repoussée. Prenant de vitesse son principal concurrent sur la gauche, le député des Yvelines devient officiellement candidat le 16 août. Ali Rabeh est soulagé : «Benoît a toujours eu un problème de légitimité. Il n’a jamais voulu faire le pas avant les autres. Cette fois, il l’a fait.» Nadjet Boubekeur, chargée de communication chez Audrey Azoulay, quitte le ministère de la Culture. Et rejoint la petite équipe. «On ne pensait pas à la victoire. Notre objectif était double : imposer nos idées et se faire plaisir», dit-elle cinq mois plus tard. Le seul qui y croit un peu, c’est le directeur de campagne, Mathieu Hanotin : «J’ai tout de suite vu qu’il y avait un espace à prendre, il était mince mais réel.» Cinq jours plus tard, Montebourg annonce, comme prévu, sa candidature à Frangy-en-Bresse.

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