Education : « Rien ne peut justifier le fait de prendre les enfants en otage » (M.Sylla, Syndicaliste)

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Entretien : Mohamed SYLLA est  Syndicaliste au sein d’un groupe de discount Alimentaire. Actuellement responsable juridique pour le compte d’une Fédération de Syndicats en France. Guinéetime lui a posé quelques questions. sur la grève des enseignants en Guinée


Guinéetime : Depuis  quelques temps,  les écoles guinéennes sont en congés à cause de la grève des enseignants… Les négociations semblent trainer…. Votre réaction…

 

Oui tout à fait. j’ai appris la nouvelle depuis la commune de Venizia (Italie )  où je suis actuellement en déplacement.

Cette grève des enseignants semblent paralyser le pays. Les négociations trainent au grand dam des élèves. Ma réaction c’est que le gouvernement devrait écouter plus attentivement les enseignants. L’avenir du pays est au creux de leurs mains fragiles.

C’est une situation extrêmement pitoyable pour tout le pays, à tous les niveaux. Nous ne pouvons pas imaginer de telles situations au 21 e siècle en raison même du sens de l’école et sa place dans tout système démocratique et social. Cela met en évidence l’échec total de la politique générale du gouvernement et plus particulièrement la médiocrité du système éducatif du pays.

Il est impensable que l’école guinéenne puisse être en congé en raison d’une simple grève des  enseignements qui pour moi, est la résultante de deux états d’esprits : l’inefficacité de l’Etat guinéen et le manque de responsabilité des enseignants. Avons-nous besoin d’en arriver à ce stade ?

L’Etat est par nature fort, puissant et responsable. Il doit être capable en raison de la nature même de sa raison d’être de trouver les remèdes aux différentes difficultés rencontrées au niveau de tous les secteurs. Cela doit passer par l’autorité, par le dialogue et par le bon sens. A ce stade de l’évolution de la situation, l’échec total du chef de l’Etat est évident.

Le corps des  enseignements porte des revendications tout à fait légitimes et qui nécessitaient d’ailleurs en amont, un véritable travail de réflexion et d’analyse par le département en charge de l’éducation. Le dialogue social trouve à ce niveau tout son sens et toute sa portée. Malheureusement, l’inefficacité et la médiocrité du système ne laissent pas de place à un véritable dialogue sociale. D’autres moyens d’actions étaient pour moi envisageable outre la paralysie totale des écoles guinéennes : … Les journées  de rassemblement par exemple dans  les 04 régions du pays avec l’implication de la presse nationale et internationale, la mobilisation de tous les parents d’élèves pour un mouvement populaire…

Est-il normal que les élèves aillent en congés si les maîtres sont fâchés ?

Vous savez l’enseignement est un métier difficile. C’est un sacerdoce.  Je pense à  ce mot d’un personnage de William Sassine, maître d’école dans un village de Guinée «mon dieu, donnez-moi la force et l’inspiration pour semer dans la tête des enfants qui me sont aujourd’hui confiés ces deux petites graines de vérité, parmi eux peut être grandira le guide ». Saisissez-vous toute la teneur de la noblesse de ce métier. Alors est ce qu’il est normal que les représentants de ce corps de métier soit mécontents ?

Comme je l’ai énoncé ci haut, c’est une situation impensable, rien ne peut justifier le fait de prendre les enfants en otage à des fins personnelles. L’éducation est la base efficace de développement durable d’un pays. Mieux , nous ne devons pas toucher à nos enfants. Il ya une double responsabilité : l’Etat et le corps des enseignements.

De cette question , découle  une autre, elle est primordiale à mon sens. Pourquoi, face à l’ampleur et à la gravité de cette situation, le ministre en charge de l’éducation est toujours en place ?

Malheureusement le sens de l’honneur perd de plus en plus sa place dans notre pays et cède complètement sa place à la cupidité et l’égoïsme…

La légitimité de la grève ne prime pas sur l’ecole guinéenne , elle doit y résider normalement. Cette grève aurait eu tout son mérite si le corps enseignant mettait un service minimum en place dans l’interêt exclusif des élèves. Dommage !!!

3-La réalité de nos jours est que cette grève serve à d’autres qui bloquent les rues et affrontent les forces de l’ordre… Qu’elle analyse en faites vous ?

votre question posée à l’indicatif me glace le sang. Peut-être faudrait il la mettre au conditionnel et affirmer de manière plus nuancée, qu’il se pourrait que certaines personnes tirent avantage de cette grève à des desseins très peu avouables. Je préfère cette formulation. Elle me fait espérer. Elle me donne le courage de regarder le DEMAIN de mon pays.

Si votre utilisation de l’indicatif est justifiée. Si des fils de la Guinée instrumentalisent, effectivement, l’éducation, il me reste du haut de mon indignation à crier à ces gens : HONTE A VOUS ! Honte à vous fossoyeurs qui pillez la nation cependant qu’elle agonise!

La violation est l’arme des plus faibles et des ignorants. C’est une situation que je condamne avec la plus grande fermeté. Je suis un fervent Partisan de la conception de  Mahatma Ghandi,

«La non-violence est la plus grande arme que l’humanité ai à sa disposition… Sans faire couler du sang, elle aboutit à des résultats extraordinaires .cette arme ne se rouille jamais et personne ne peut la voler … ».

Aimer son pays, c’est respecter les valeurs de la République : l’éducation , la justice , les forces de l’ordre …

La première forme de violence est celle manifestée par le gouvernement, celle de laisser les écoles guinéennes dans cette situation sans aucune réaction concrète. Le gouvernement  a complètement perdu son autorité et sa capacité à dialoguer. C’est aussi celle d’hypothéquer l’avenir de ces nombreux écoliers et de renforcer l’inquiète  de ces nombreux parents qui riment  actuellement dans le désespoir.

4-Comment le gouvernement doit il en prendre avec des grèves du secteur de l’éducation,  jugé très sensible.

 

Il fut un temps où les enseignants pouvaient dire fièrement «j’agis sur l’avenir, j’enseigne ». Aujourd’hui, la vérité c’est que les enseignants ont faim. Les enseignants souffrent. Ils ont faim parce qu’ils ne gagnent pas assez. Ils souffrent parce que leur travail, leur sacrifice n’est pas reconnu. J’aimerais profiter de cette tribune qui m’est offerte pour dire mon indignation, pour dire la légèreté avec laquelle les autorités « pensent » l’éducation en Guinée. J’aimerais profiter de cette tribune pour citer Hugo : « Tant vaut l’école, Tant vaut la nation ». J’espère que le gouvernement se laissera inspirer par le vieux poète dans ses futures négociations avec les enseignants.

Le dialogue social avec les enseignements est un point essentiel pour l’amélioration du niveau de l’éducation d’un pays. Cela permet des échanges constructifs, concrets et objectifs afin de mettre en place des négociations cruciales dans l’interêt des élèves et des enseignements.

 L’OIT et l’UNESCO ont défini le dialogue social dans le secteur de l’éducation comme «toute forme de partage d’informations, de consultation et de négociation entre les autorités éducatives, tant publiques que privées, et les enseignant(e)s et leurs représentants démocratiquement élus au sein des organisations d’enseignants »

En GUINEE, le dialogue social avec les enseignants doit se faire de manière permanente afin d’anticiper les difficultés et les crises. Pour cela, il faut un État fort avec des cadres compétents et responsables. Au-delà même des revendications pécuniaires, j’en suis persuadé qu’il y’a de nombreux chantiers dans le domaine de l’éducation dans notre pays .

 

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