Guinée : Un « dossier » de crimes perpétré sous Conté est « négligé » (Rapport FIDH)

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Conakry, Guinée : Le rapport intitulé  « Justice, réconciliation et réformes législatives : 3 priorités pour l’État de droit en Guinée »  publié par la FIDH et ses organisations partenaires en Guinée dénoncent le fait que les répressions de Janvier-Févier 2007, sous feu Général Lansana Conté soit un « dossier négligé ». Extraits du rapport ci-dessous.

Il y a dix ans, le 10 janvier 2007, alors que président Lansana Conté était déjà au pouvoir depuis 1984, une grève générale avait été décrétée par les principaux syndicats du pays. L’appel a été largement suivi et les manifestations organisées sur l’ensemble du territoire ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre. Le bilan total de la répression s’élève à des centaines de morts, de blessés, de victimes de viol, et des pillages.

La FIDH et l’OGDH ont ainsi recensé plus de 1 400 témoignages de victimes d’exactions, de violences et de pillages issus des enquêtes menées par les équipes de l’OGDH au sein de ses sections régionales en 2007.

Pendant plus de cinq années, ces graves violations des droits humains n’avaient fait l’objet d’aucune enquête, ni d’aucune procédure judiciaire, qui auraient permis de faire la lumière sur l’une des plus violentes répressions politiques qu’a connue la Guinée.

Si une Commission d’enquête nationale avait bien été chargée d’enquêter sur les crimes commis au cours de cette vague de répression, celle-ci n’avait jamais pu terminer et remettre son rapport et les auteurs des crimes commis n’avaient jamais été inquiétés.

Le 18 mai 2012, la FIDH et l’OGDH ont déposé plainte avec constitution de parties civiles contre toute personne ayant commis, entre janvier et février 2007, les crimes « d’homicide volontaire, tentative d’homicide volontaire, coups, blessures, violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et acte arbitraire portant atteinte à la liberté individuelle ou à la Loi fondamentale et toute autre infraction que l’information permettra de révéler » contre les victimes. Une information judiciaire est aujourd’hui en cours. Compte tenu de l’ampleur et de la gravité des crimes commis, mener cette procédure à son terme constitue pour la justice guinéenne un enjeu et un défi important. Cependant, les enquêtes n’ont jusqu’ici pas connu les développements espérés.

Les répressions de janvier et février 2007 ayant fait des victimes sur l’ensemble du territoire national, il est nécessaire que les magistrats instructeurs puissent mener des enquêtes et des auditions de parties civiles dans l’ensemble des régions de la Guinée. Or, faute de moyens matériels et de budget consacrés aux déplacements des juges par le ministère de la Justice, celles-ci n’ont pu avoir lieu.

Le 30 septembre 2015, les juges d’instruction en charge du dossier avaient néanmoins communiqué au parquet du tribunal de Dixinn une liste de plusieurs anciens hauts responsables, par ailleurs inculpés dans le dossier du 28 septembre, susceptibles de s’être rendus complices des crimes commis par les forces de l’ordre lors de la vague de répression, et notamment des exactions commises à Conakry le 22 janvier 2007.

Ce jour-là, l’armée guinéenne avait tiré, près du pont du 8 novembre, sur des manifestants désarmés, faisant alors plusieurs dizaines de morts et de blessés. Cependant ces personnes n’ont finalement jamais été inquiétées et les enquêtes se sont enlisées.

Au-delà de la procédure en cours, le caractère particulièrement généralisé de cette vague de répression politique, qui fait écho à toutes celles qu’ont connues les Guinéens depuis l’indépendance du pays, doit trouver sa place dans le processus de réconciliation nationale.

Alors que la FIDH et l’OGDH commémoraient, le 22 janvier dernier, le dixième anniversaire de ces événements, nos organisations rappelaient que, si les efforts consacrés par les autorités à la lutte contre l’impunité et au renforcement des institutions judiciaires ont permis des avancées importantes, l’État doit répondre également à l’attente de justice exprimée par les milliers de victimes de violences politiques commises au cours du demi-siècle de régimes autoritaires qu’a connu la Guinée. »

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