Primature française : cinq mois et la série de  » couacs » d’Ayrault

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« Il y a quelques erreurs, c’est vrai, et il faut les reprendre », a reconnu le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, mardi 16 octobre, à propos du fonctionnement de son gouvernement. Rappelant à l’ordre ses ministres, le locataire de Matignon a ajouté, sur Europe 1, à leur attention : « On n’est pas là pour se faire de la publicité pour soi-même, on n’est pas là pour faire des débats de société, on est là pour défendre son ministère (…) et la politique du gouvernement. »

Près de cinq mois après sa nomination, M. Ayrault est critiqué pour son manque d’autorité et de réactivité. Accusé de ne pas tenir ses troupes, le premier ministre est confronté à une série de « couacs » à répétition au sein de son gouvernement.Le 2 septembre, le premier ministre avait pourtant déjà effectué un recadrage en règle des membres du gouvernement, qui intervenait au terme de trois mois émaillés de conflits, petits et grands, entre plusieurs ministres. « Si ça devait continuer, je dirais que chacun devra prendre ses responsabilités. C’est clair, c’est net », affirmait-il alors. Mais depuis, cela a continué… Revue de détails des désaccords qui se sont multipliés ces dernières semaines, avant que le projet de loi de finances (PLF) pour 2013, ne soit débattu en séance publique à l’Assemblée nationale.

    Redevance audiovisuelle : Cahuzac recadré

Le premier ministre a déclaré mardi sur Europe 1 que la contribution à l’audiovisuel public ne serait pas étendue aux résidences secondaires. Un recadrage en règle du ministre délégué au budget, Jérôme Cahuzac, qui s’était dit « favorable » à cette extension de la redevance, proposée par les députés PS et qui aurait rapporté quelque 110 millions d’euros en 2013.

« Non, ce n’est pas la position du gouvernement », a dit M. Ayrault. « Le gouvernement est favorable à cet amendement parlementaire, d’origine parlementaire », avait pourtant soutenu dimanche M. Cahuzac.
    Mariage homo : Touraine non écoutée

M. Ayrault a répété mardi que le projet de loi sur le mariage pour tous se limiterait à l’adoption pour les couples homosexuels, tout en reconnaissant que « le débat parlementaire » aurait ensuite lieu. « Le projet du gouvernement, celui qui sera présenté en conseil des ministres par Mme Taubira [le 31 octobre], c’est à la fois le mariage pour tous et l’adoption. Et il sera limité à cette proposition », a déclaré le premier ministre.

Dimanche, la ministre de la santé et des affaires sociales, Marisol Touraine avait déclaré être « personnellement favorable » à ce que la procréation médicalement assistée (PMA) soit accessible à tous. Cette dernière, qui fait figure de postulante à Matignon et qui avait critiqué ouvertement la discrétion estivale de M. Ayrault, avait en fait soutenu l’initiative du chef de file des députés PS. Bruno Le Roux avait indiqué vendredi qu’il souhaitait voir déposer un amendement sur la PMA dans le projet sur le mariage homosexuel.

    Cannabis : Peillon et Duflot rappelés à l’ordre

M. Ayrault a confirmé mardi avoir rappelé à l’ordre le ministre de l’éducation Vincent Peillon, qui a suscité un tollé à droite et a mis la majorité dans l’embarras en se déclarant dimanche en faveur d’un débat sur la dépénalisation du cannabis pour lutter contre les trafics dans les cités. Le président Hollande et le premier ministre sont pourtant opposés à tout infléchissement de la législation. « Vincent Peillon m’a appelé hier matin pour reconnaître son erreur parce qu’il a fait effectivement une erreur. (…) Les choses sont rentrées dans l’ordre. Maintenant tout le monde est au travail », a assuré le premier ministre.

« Les ministres ont à se concentrer sur la mission qui est la leur. (…) Et rien d’autre, nous ne sommes pas des commentateurs », avait-il déjà lancé sèchement la veille.

Cet épisode en rappelle un autre…  S’exprimant en tant que secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, la ministre du logement Cécile Duflot avait défendu début juin la légalisation du cannabis, alors que M. Hollande s’y était déclaré opposé pendant la campagne présidentielle. Les propos de la ministre avait gêné M. Ayrault, qui avait pris ses distances en affirmant qu’elle s’était engagée à titre personnel. Le chef de l’Etat avait alors rappelé qu’il restait hostile au projet évoqué par Mme Duflot.

    Education : Peillon, le mauvais élève

En cinq mois, c’est la troisième fois que M. Peillon se fait recadrer par le chef du gouvernement. Le 17 mai, jour de son entrée au ministère de l’éducation, il avait annoncé de manière hâtive le retour de la semaine de cinq jours à l’école pour la rentrée 2013, alors même que le premier ministre avait demandé à ses troupes discrétion et cohésion. M. Ayrault l’avait recadré fermement, rappelant qu' »il y aura une concertation (…) avec tous ceux qui ont leur mot à dire et puis (…) il y aura un arbitrage, je le prendrai, pour que l’objectif principal soit respecté ».

Un mois plus tard, M. Peillon avait récidivé, en promettant l’allongement à deux semaines des vacances de Toussaint. Et une fois encore, M. Ayrault était intervenu pour tempérer son ministre.

    Contrôles d’identité et droit de vote des étrangers : Valls se démarque

« Convaincu » par son ministre de l’intérieur, Manuel Valls, M. Ayrault a entériné le 28 septembre l’abandon de récépissé après contrôle d’identité. Le 30e « engagement pour la France » du candidat Hollande pour lutter « contre le délit de faciès dans les contrôles d’identité par une procédure respectueuse des citoyens » n’évoquait pas explicitement les récépissés. Mais le 1er juin, le premier ministre Jean-Marc Ayrault avait semblé ouvrir la voie à ce dispositif du « reçu », expliquant qu’il s’agissait d’un « engagement » de campagne du président Hollande. Mais M. Valls a fait part de son scepticisme à plusieurs reprises…

Le 17 septembre, le locataire de la place Beauvau a également fait entendre sa petite musique sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Alors que 77 députés de la majorité lançaient, dans les colonnes du Monde, un appel à François Hollande pour qu’il n’oublie pas de faire appliquer cette promesse de campagne, M. Valls a assuré que cette mesure, promise par la gauche depuis trente ans, n’était pas « une revendication forte de la société française ». « Ça n’a pas la même portée qu’il y a trente ans. Aujourd’hui, le défi de la société française est celui de l’intégration », avait-il lancé.

     Banque des PME : Moscovici et Montebourg priés de se calmer

Un autre « couple » a quelque peu empoisonné la vie de M. Ayrault : l’attelage entre Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, et Pierre Moscovici, ministre de l’économie. Le 2 septembre, le premier ministre a rappelé à leur devoir de discrétion les deux ministres, qui se sont égratignés sur la Banque publique d’investissement (BPI), sur fond de soupçons de conflit d’intérêts. Cause de cette tension : le choix de désigner la banque Lazard comme conseil du gouvernement pour créer la future BPI qui sera chargée de financer les entreprises.

Les deux ministres ont démenti tout mélange des genres, mais M. Montebourg a critiqué ce choix sur le fond. M. Moscovici avait réagi en marquant son territoire, affirmant que le dossier lui revenait à lui seul, et que c’était lui qui prenait les décisions, assurant au Monde que le choix de cette banque est issu d’un appel d’offres. Et ajoute, à destination de M. Montebourg : « Quand on appartient à un gouvernement, il vaut mieux la jouer solidaire ». M. Ayrault, qui avait recadré M. Montebourg, était apparemment du même avis.

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