Grand Angle : Guinéetime dans une famille ravagée par Ebola

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L'homme en chemise rouge est le porte-parole de la famille..face aux agents de l'OMS
L’homme en chemise rouge est le porte-parole de la famille..face aux agents de l’OMS

Quand le test de notre défunte sœur a été jugé positif à Ebola, et qu’on nous a tenus informé, on s’est mis à la disposition des autorités, des ong qui travaillent dans la riposte contre Ebola. Nous sommes passés dans une émission de radio à Kindia et nous avions demandé de l’aide.

Il est 16 heures ce 14 avril lorsque nous arrivons à la Direction préfectorale de la Santé de Kindia, la « ville des agrumes », à plus de 135 kilomètres de la capitale Conakry. Des véhicules de terrain occupent l’essentiel du parking du QG de tous les partenaires impliqués dans la riposte contre l’épidémie Ebola.
La première des choses à voir, après le parking, est le dispositif de lavage des mains. Un bidon d’eau chlorée sert tous ceux qui veulent avoir accès à ces locaux. En ce moment, un silence de cimetière règne. La salle de conférence de la Direction préfectorale de Santé est occupée.
 « C’est la réunion de la Coordination préfectorale de riposte à Ebola » nous renseigne Dr Saa Billo Solano, Pharmacien et Chargé de la logistique au sein de cette commission.
Des représentants de l’Unicef, de la Croix Rouge locale, de l’OMS, de CDC Atlanta y sont présents. Tout comme ceux des institutions locales dont le Préfet de Kindia, les journalistes, les membres de la coordination préfectorale, en majorité des médecins. La réunion dure deux ou trois heures. Elle se penche sur la situation générale de riposte contre l’épidémie Ebola dans cette préfecture de près de 220.000 habitants (Banque mondiale en 2014).
Depuis le 30 mars 2015 – date de l’apparition de la maladie à Kindia- au 14 avril, le tableau révisé à la suite de la réunion donne : 5 cas confirmés, 218 contacts à suivre, 209 suivis, 09 contacts en fuite et deux cas probables.
Ce tableau d’affichage renseigne sur la localité des contacts. Ces personnes que doivent suivre les équipes de la Coordination préfectorale sont disséminés dans les localités de Koliady 1, Gangan, Caravansérail, Manquepas et Tanènè Kéla.
Le 29 mars 2015, Fatoumata Camara, mareyeuse de son état, est décédée dès suite d’Ebola. Dans son quartier, à Koliady 1, la Coordination enregistre 131 contacts à suivre.
Mercredi 15 avril, en compagnie de l’équipe de la Coordination préfectorale, nous nous sommes rendus dans cette  famille. Ce jour sans l’accompagnement d’une équipe de la gendarmerie, comme d’habitude. Trois morts ont été aussi notés après le décès de Fatoumata Camara. Le seul malade au centre de traitement de Kindia, est aussi issu de cette famille.
Vivant dans une zone enclavée, les véhicules ne peuvent directement atteindre la grande concession familiale. Nous garons à quelques mètres alors de là.
« Messieurs les journalistes, il faudra patienter. Je vais demander d’abord le consentement  de la famille, voir si c’est possible qu’on vous parle » nous dit l’Anthropologue de l’équipe.
« Souvent il y a des réticences, il faut vraiment avoir une bonne approche. Sinon ça va se bloquer. Vous avez vu, contrairement aux autres, je ne porte pas de gilet. C’est pour les rassurer à mieux collaborer avec l’équipe » poursuit cette jeune dame, de grande taille.
« Sous surveillance »
Cinq minutes d’attente, seulement, puis elle revient. Sourire aux lèvres, la famille de dame feu Fatoumata Camara, a un porte-parole, un de ses frères qui accepte de parler aux médias.
« Je suis Sékouba Camara, frère aîné de la défunte Fatoumata. Nous sommes sous surveillance des agents de la coordination préfectorale depuis le décès dès suite d’Ebola de notre sœur. Chaque matin, ils viennent prendre la température des membres de la famille. Ils posent aussi des questions sur l’évolution de l’état de santé de chaque membre de la famille. On nous sensibilise à la bonne utilisation du chlore, pour le lavage des mains et exhorte à signaler rapidement tout cas de maladie.
Quand le test de notre défunte sœur a été jugé positif à Ebola, et qu’on nous a tenus informé, on s’est mis à la disposition des autorités, des ong qui travaillent dans la riposte contre Ebola. Nous sommes passés dans une émission de radio à Kindia et nous avions demandé de l’aide.
S’agissant du regard des autres de la communauté, je dois reconnaitre que quelques uns seulement viennent nous saluer, d’autres non. Ce que nous avons eu, ce n’est pas de notre volonté, mais celle de Dieu. Et nous prions le Tout-Puissant que cette épidémie prenne fin. Notre temps d’incubation de 21 jours finit bientôt. Nous prions qu’il n’y ait pas un autre malade.
A l’approche de ce jour important pour nous, la sortie de cette période de quarantaine, il y a brin de joie. La famille a bénéficié du soutien des ong, des agents de la coordination préfectorale…qui ont tous fait leur travail. »
Dans la grande famille Camara, pendant le contrôle de température des membres de la famille, un silence règne. Les agents de la Coordination préfectorale, en dépit de tout, font leur boulot. Si une partie de la famille accepte le passage des médecins, certains sont encore réticents. La collaboration n’est pas comme le voudrait l’équipe. Mais elle doit faire avec.
« Un membre de cette famille interdit à tout agent de se présenter devant sa porte. Il a menacé de se faire entendre. Pour lui, on envoie un message et il vient se présenter dans la cour pour le contrôle de sa température au thermo flash. Au décès de dame Fatoumata, ils ont caché ici son bébé. Le refus de mettre ce nourrisson à la disposition des agents de santé a provoqué sa mort » murmure un membre de l’équipe.
Afin de lever toute réticence, les agents de l’OMS procèdent à la formation d’un membre issu de la communauté. Cet agent communautaire, facilite le travail dans les familles affectées par l’épidémie.
« Je suis Moussa Keita, agent communautaire de Santé, chargé du suivi des personnes contacts à Koliady 1. Nous avons 130 contacts à suivre dans ce quartier. Mais une dizaine est à rechercher. L’épidémie Ebola, faisait peur  au début. Les gens ont pensé qu’à la suite de leur suivie, ils seront conduits au Centre de traitement Ebola. Des femmes qui craignaient d’aller au CTE, ont même changé de quartiers. Ils ne présentent pas de signes de la maladie. Mais ces personnes étaient en contact simplement avec des malades d’Ebola, sans le savoir. Ceux qui sont en fuite ont participé aux cérémonies de funérailles de personnes décédées d’Ebola. On ne les voit toujours pas. Mais il y a de l’espoir de les retrouver.
Notre rôle est de contrôler la température  des personnes contacts le matin, revenir la journée pour constater leur état de santé et le soir, passer du temps avec eux. Dans cette famille par exemple, j’ai des amis d’enfance  donc le soir nous faisons du thé. J’en profite pour détecter des problèmes afin de les remonter  à la coordination préfectorale de la lutte contre Ebola.
Avant, il faut partager leur peine. C’est pourquoi nous n’avons pas de problèmes majeurs dans notre collaboration.
Il y a eu la formation de 34 personnes de Koliady 1 formés par l’OMS. Ces jeunes passeront le porte à porte pour sensibiliser sur l’existence de la maladie, la transmission et son danger. On conseille aussi de s’abstenir de se serrer les mains dans les lieux de funérailles. »
Dr  Françoise Bigirimana est épidémiologiste et coordonne les activités de surveillance pour l’OMS à Kindia. Elle explique les procédés de cette surveillance.
« Quand il y a un cas confirmé d’Ebola ou un mort, il y a assez de choses qui se passent dans la communauté. Les gens ont peur de se déclarer. Ce n’est pas automatique de reconnaitre qu’ils ont été en contact de ces personnes. Il faut tout un travail de sensibilisation. Nous travaillons avec des communicateurs traditionnels, des chefs religieux etc…Les gens confondent une personne contact et une personne malade, testée positive d’Ebola. Un contact  n’est pas un malade. On le surveille durant les 21 jours d’incubation et s’il ne le développe pas la maladie, c’est finit. Les citoyens pensent que lorsqu’ils se déclarent comme personne contact, ils seront stigmatisés. Il faut poursuivre la sensibilisation car beaucoup de personnes se cachent et ne viennent que timidement vers nous.
Dès qu’il y a décès ou un malade d’Ebla, il faut rapidement organiser le suivi des contacts. Chaque matin, il faut les voir, demander leur état de santé durant toute la période des 21 jours. A peu près nous savons que les contacts peuvent développer la maladie. Le plus important c’est de pouvoir extraire le malade très vite de la communauté quand il a une forte température ou autres signes…C’est l’activité la plus importante et occupe l’essentiel de nos employés.
Nous faisons de la surveillance active aussi, c’est-à-dire là où il n’y a pas même pas de contacts. Nous élaborons une stratégie avec les comités de veille villageois et autres collaborateurs à identifier un cas de fièvre ou un cas suspect d’Ebola. C’est ce que demande le plan d’urgence sanitaire contre Ebola.

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