Guinée : L’espoir dans les mines s’effrite-t-il ?

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Simandou SudGuinée-Conakry : La Guinée, ce pays de l’Afrique de l’Ouest, auquel on attribue les plus grandes réserves bauxitiques du monde, croule encore sous l’effet de la pauvreté, de la misère. Les nouvelles autorités, depuis 2010, ont aussi fait feu de tout bois pour amorcer un réel décollage de ce secteur. Les dernières nouvelles en provenance de Rio Tinto- où des centaines de guinéens seront licenciés, laissent le citoyen pantois.

Ne rappelez surtout pas au Chef de l’Etat guinéen tout l’espoir qu’il avait mis sur le développement du mont Simandou – le plus riche en fer du monde-, lorsqu’il accéda au pouvoir en 2010 ! Une envoyée spéciale de la radio RFI en a eu à ses dépens. Le locataire de Sèkhoutouréyah a piqué une colère noire lors de sa dernière conférence de presse à propos de tous ses engagements pris  pour le pays, basés sur la  mise en valeur de ce riche gisement.

Depuis l’Indépendance de la Guinée, l’exploitation de quelques mines du pays n’ont réussi à extirper les populations de la misère. Pourtant, tous les régimes successifs à la tête de la Guinée n’ont manqué de magnifier le scandale géologique du pays, face aux potentiels investisseurs étrangers.

Selon les données officielles, les principales substances sont mal exploitées. Le sous-sol guinéen regorge  29 milliards de tonnes de ressources identifiées (soit entre 1/3 et  2/3 des ressources mondiales, et plus de 16 siècles d’exploitation au rythme actuel) ; le minerai de fer, plus de 3 milliards de tonnes de ressources identifiées, dont plus de 360 millions de tonnes (Mt) à haute teneur prouvés aux Monts Nimba et plus de 1 200 Mt à haute teneur au Simandou. L’Or  compte plusieurs centaines de tonnes, dont 270 tonnes de ressources identifiées en primaire et le diamant, plusieurs millions de carats, en majorité de qualité joaillerie (alluvionnaire et kimberlites) etc…

Entre les espérances et l’apport réel de ce secteur aux caisses de l’Etat, un grand fossé. Selon les chiffres de l’ITIE ( Initiative de transparence dans les industries extractives), l’exploitation minière assure aujourd’hui plus de 80 % des exportations du pays, 25 à 30 % des recettes de l’Etat, et 17 à 20 % du PIB.

En faisant un parallèle avec beaucoup de pays, moins riches que la Guinée, en termes de ressources minières, le citoyen peut être amené à désespérer de ses mines. Au regard de l’écart entre les espérances et la réalité. L’annonce de licenciement de plus 800 guinéens de Rio Tinto qui détient le permis sur les blocs 3 et 4 du Simandou, décourage plus d’un de ce secteur.

« Avec le secteur des mines, on n’a pas besoin de toujours tendre la main. Ce secteur qui est à la phase de production simple des matières premières – en évolution vers la transformation — peut apporter plus qu’il n’a apporté jusqu’ici », estime Abdoulaye Soumah, ingénieur géologue et responsable des passations de marchés au bureau guinéen de l’Initiative de transparence dans les industries extractives (ITIE), il y a quelques années à Conakry.

Pour une meilleure orientation de l’économie guinéenne, pas mal d’experts guinéens ont misé sur le secteur des mines. Ce, au profit du secteur agricole.

« après 50 ans d’une politique sans résultats, la Guinée doit changer d’orientation. L’on ne peut pas continuer depuis 50 ans (1958-2008) à considérer l’agriculture comme une priorité », estimait Alpha Amadou Bano Barry, chercheur en sociologie.

Pour sa part, Boubacar Bokoum, un expert senior des mines à la Banque mondiale, réagit autrement. « Je ne vois pas d’exclusion entre les secteurs de l’agriculture et des mines, il doit y avoir plutôt une complémentarité. Nous avons d’une part une industrie dont les ressources finiront un jour, les mines, et l’agriculture dont les ressources sont pérennes ».

Certaines économies citées quelques fois en exemple par le chef de l’Etat guinéen, ont réussi grâce à une diversification de leurs sources de recettes. Qu’attend la Guinée donc?

 

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