Les poignantes « impressions » de l’historien Lansinè Kaba sur la Guinée…

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Lansine_Kaba_IMG_2658Guinée-Conakry : Dans l’article « Guinée 2016 : Impressions de voyage », l’historien émérite, Lansinè Kaba, plonge le doigt dans la plaie et évoque son pays entre le passé et le présent, marqué la gestion du pays par Alpha Condé.  Lisez ces poignantes « impressions ».

Lecteurs et lectrices, je vous prends à témoin et partage avec vous mes impressions de voyage. Elles appartiennent ni à l’histoire politique ou religieuse propre ni à l’ethnographie géographique descriptive, moins encore au journalisme événementiel. Elles cherchent à exprimer un sentiment qui m’a envahi lors de mon séjour en terre natale et qui se confond avec l’exigence de vérité.

Je ressentis le besoin d’exposer mes pensées sur la Guinée à travers les différentes étapes de mon voyage de Conakry à Kankan, en passant par Koya et Kindia sur la côte, Mamou, Timbo et Dalaba au cœur du Fouta, et ensuite Kouroussa, Kankan et Siguiri dans la vallée du Niger. L’importance du fait religieux précolonial, en l’occurrence la rénovation de la mosquée de Karammo Ibrahima de Timbo, l’évolution du pays depuis les élections de 2009, le phénomène Alpha Condé, les conditions des gens, la montée d’une ploutocratie, le malaise et le mécontentement dans l’électorat du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), tout cela attira mon attention.
Mon texte évoque une tension entre,d’une part, l’acceptabilité d’une réalité inéluctable, à savoir l’existence du régime du RPG, et,de l’autre, l’espoir d’amélioration qui meut les populations et qui,hélas, tarde à se matérialiser. Les Guinéens, chacun à sa façon, tentent de gérer ce problème.

Timbo et les charmes du Fouta

J’ai rassemblé ces impressions à la fin d’un voyage imprévu, mais intéressant, dans ce pays dont le choix populaire a confié le commandement à Alpha Condé, fondateur du parti RPG. Quoi que l’on pense et dise, l’accession de ce leader au pouvoir, la magistrature suprême, est une réalité inéluctable. Sa politique est de l’ordre des choses qui peuvent changer et s’améliorer (ou alors son pouvoir disparaîtra}. Mes impressions concernent donc la réaction des Guinéens à sa conduite des affaires nationales ainsi que leur espoir sous-jacent (qu’il peut ou peut ne pas réaliser).La politique est un vaste champ de possibilités et d’incertitudes.

Le périple, je le dois au respect et à l’admiration mutuelle qui nous lient depuis un demi siècle environ,moi Lansiné Kaba, originaire de Kankan, et lui, Boubacar Barry, originaire de Mamou et éminent historien à l’université de Dakar.

Boubacar demanda au Haut Conseil des Anciens du Timbo de m’inviter à participer le 27 mai 2016 à l’inauguration de la mosquée rénovée de Karammo Alpha Ibrahima Mo Timbo. Le cercle de cette amitié finit par englober les membres de ce Haut Conseil présidé par ElhadjiMoly Oury Barry et comprenant, entre autres, les universitairesIsmaël Barry, Elhadji Sidy Baldé, Abdoulaye Bobodi Barry et Elhadji Amadou Tidjane Traoré de Conakry, leurs nombreux parents et amis dont Elhadji Alphadio Guelguédji Barry de Mamouet Elhadji Abdourahim Chérif de Sagaley.

En compagnie de Boubacar et de son cousin Elhadji AlphadioGuelguédji, Mori Kaba, mon compagnon de route de Houston au Texas, et moi découvrîmes les charmes de l’hospitalité foula ainsi que la beautédu paysage doux et aimable de la région. Ce voyage impressionnant nous transposa, nous du crû du Bâté dans la vallée du Milo-Niger, au cœur du terroir de Karammo Ibrahima-Mo Timbo et de ses vaillants preux qui firent du Fouta Djallonune terre réputée de sainteté islamique en Afrique de l’Ouest.
Mes remerciements vont aussi aux organisateurs du symposium tenu à l’université de Sonfonia et aux journalistes qui portaient un intérêt particulier aux questions d’histoire, de religion et de culture qui sont des déterminants quasi inéluctables de l’identité humaine. La géographie et la flore, la culture, les traits de personnalité et l’histoire s’entremêlèrent toutes pour faire de ce voyage un événement mémorable et riche en sentiments de bonne volonté.

Nos hôtes, leurs familles et leurs amis de Mamou, de Dalaba et de Timbo firent tout pour agrémenter notre séjour. Ils ont approfondi notre sens de l’identité peule, et nous avons vécu ensemble ce qui sous-entend l’appartenance à une même nation. D’emblée, Timbo et la saga de Karammo Alfa Ibrahima Sambégou et de ses successeurs s’inscrivaient dans le cadre de l’unité de la Guinée.

Comme d’autres enfants du pays qui, de près ou de loin, chérissent l’image du pays natal, l’avenir de la Guinée nous intéresse et nous concerne. Nous regrettons les querelles et violences partisanes qui continuent d’assombrir les horizons et de retarder l’avance du pays vers la prospérité dans la démocratie. Nous compatîmes aux souffrances dont les populations firent l’expérience lors de l’épidémie d’Ebola. Les prièresaux mosquées et à la maison redoublèrent l’ardeur dans la quête de la paix dans l’unité.Mes impressions suggèrent ainsi un chant en l’honneur des temps anciens et présents.

Loin de moi, cependant, toute intention ou velléité de donner des conseils au Président, magistrat suprême de l’État,ou de lui adresser des doléances personnelles. Je n’ai pas non plus sollicité de rendez-vous avec lui, son temps précieux pouvant servir à d’autres problèmes nécessaires et urgents.Je souhaite que mes impressions de voyage donnent des raisons d’espérer pour le meilleur de la Guinée sous sa direction. D’ores et déjà, j’attirerai l’attention sur quelques points plus ou moins contentieux ou anodins qui, s’ils restent sans application, risquent de porter ombrage à l’héritage qu’il essaie de bâtir et de léguer (j’en vis des exemples dans la capitale et dans les villes de l’intérieur qui, dans l’ensemble, disons-le, jouissent de plus de fraîcheur que Conakry).

La capitale

Conakry a, hélas, perdu, il y a longtemps, son titre de perle sur la côte atlantique de l’Afrique.Ses routes défoncées et impraticables, ses trottoirs encombrés ou cassés et ses cantonniers occupés à creuser des fossés pour les câbles en font une zone de chantier permanent plutôt qu’un lieu d’habitation. Avec l’amoncellement des déchets sur les trottoirs au coins des rues, la putréfaction qui émane des égouts, et la désolation des taudis, Conakry qui se veut le portail de la Guinée sur le monde, symbolise l’inertie et la crise du pays. Mais, rien de ce qui s’y fait ou qui la concerne ne laisse les Guinéens indifférents.
Depuis longtemps, c’est-à -dire les années 1960, Conakry a cessé d’être la ville resplendissante d’alors pour devenir, selon les reportages, le vaste bidonville qui s’étale sous les yeux. Elle a beaucoup changé. Sa croissance anarchique démontre le manque de planification systématique au Service des domaines et de l’habitat ainsi qu’au niveau des chefferies de quartier. Mieux que toute autre cité, Conakry expose les façades de l’État-providence et patron. Bien qu’en apparence puissant, cet État a tout l’air d’un manager incompétent ou en français d’un aménageur inapte avec une administration désuète et désunie qui vit du système de la cooptation et de la prébende.

Ce système arrête le recrutement des agents capables et ingénieux.La maffia bureaucratique, la corruption, l’impunité, l’inefficacitéet, bien sûr, l’absence de moralité caractérisent cette administration. Il est difficile, cependant, de réformerles habitudes remontant aux régimes défunts et à la colonisation même.
Aussi, certains en Guinée s’attendaient-ils à un changement profond avec le gouvernement du RPG-Arc-en ciel en 2010. Le voyage récent me permit de priser les problèmes ainsi que la popularité du Président.

Le phénomène Alpha

Ici et là, on nota qu’à la mystique du Président s’attachent encore des populations. Ces gens, parfois imberbes, parfois d’un âge avancé, portaient son effigie sur leurs habits. Ils croient en lui. Au fil de la discussion, dans leurs maisons, ils prodiguent des bénédictions pour sa santé et son succès. Pour eux, Alpha continue de symboliser un certain rêve, le rêve d’une certaine fougue, d’un certain populisme accompagné de probité. Caveat. Le temps émousse les sentiments qui reposent sur des fondements volatiles. Pour s’implanter, en effet, les sensations ont besoin de substances nutritives matérielles.

La portée du phénomène Alpha Condé n’échappa pas aux Guinéens, avant le second tour des élections présidentielles de 2009. Il incarnait les vertus et les espoirs. Le peuple s’attendait à des lendemains sinon radieux, mais meilleurs pour rompre sa longue corde de dénuement dans la monotonie de l’existence quotidienne. Les observateurs avisés s’accordent à reconnaître que le premier mandat du leader du RPG connut des victoires dans plusieurs domaines, au point d’assurer,par un consensus clair et net,sa victoire au premier tour pour le second mandat. Quel couronnement dans un pays naguère connu pour les contestations électorales violentes !

Cette situation élargit l’attrait du parti. De nombreux gens avides de gains se sont joints à la caravane en marche. Alpha, le Président, se fit de nouveaux amis, parfois au détriment de ses anciennes relations. Dans un système à tendance autocratique et autoritaire et tout de même influent, cela se conçoit, malgré l’utilité de la notion de gratitude envers les aides et les donateurs qui, les premiers,souffrirent de l’adhésion au parti et financèrent ses campagnes (la reconnaissance n’est pas vaine). Autant dire que les valeurs morales, l’acquisition des biens et des charges contribuent toutes à déterminer l’opinion que l’on se fait du leader et le sort qu’il se réserve lui-même.

Monument emblématique

Les impressions concrètes révèlent bien d’autres choses. La vue des sites, disait un auteur, aiguillonne l’esprit et lui offre de la nourriture. Comment peut-on, par exemple à Kankan,rester insensible à l’idée de transformer le Grand marché (Lofè-ba) ? Des officiels, certes bien intentionnés pour la célébration de l’anniversaire de l’indépendance nationale, veulent remplacer l’architecture sobre et élégante de ce marché,selon leurs perspectives. Est-ce que cela est nécessaire ?

Depuis 1947, cet édifice magnifique appartient aux monuments emblématiques de l’ère coloniale, avec son style sahélo-soudanien classique et simple, impressionnant et harmonieux. La structure, cohérente, solide et régalienne, renvoie à l’âgedes grands administrateurs et négociants qui étaient intrépides dans leur mission de régir et d’inspirer. La préservation de tels monuments historiques est un devoir sacré : elle interditles rajouts.
Tout ce qui dénature et détruit l’œuvre d’artoriginale ne mérite pas de considération.C’est pourquoi l’addition au Grand marché que les citoyens mentionnés plus haut proposent et veulentréaliser est grotesque, inappropriéevoire dangereuse en termes du coût environnemental (leur projet implique la déforestation en cette période d’échauffement de notre planète).

Pourtant, Kankan qui a souffert de la négligence par les régimes antérieurs et qui se réveillede la léthargiedu commerce postcolonial ne manque pas d’espace pour recevoir un nouveau grand marché moderne : avec allégresse, ai-je appris, les populations l’accueilleront et s’en réjouiront. Mais, en nul cas, les mêmes habitants voudraient dénaturer, corrompre et « désacraliser » l’ancien Grand marché, site du négoce béni par les grandes figures d’antan, les vénérés kanda Karammo Mori et Alfa Amadou, l’incomparable érudit et Maire indigène Karammo Oumar Talibi et le vénérable illustre saint, Cheikh Mouhammad Chérif.

La tâche de préservation et de conservation du patrimoine architectural historique incombe au leadership et au gouvernement bien inspirés. Les joyaux des temps anciens sont des trésors que le tourisme bien organisé apprend à explorer et exploiter. L’appel de Kankan pour Kankan mérite quelque considération.

Ploutocratie bureaucratique et autorité du Président

Les impressions suivantes concernent des événements récents (d’aucuns les liraient volontiers comme part des ‘’vérités au Président Alpha Condé). En premier lieu, dans bien des régions du pays, on note un désarroi réel ou en tangence. On sent la pesanteur du retard et de l’inertie, de la négligence et de l’impunité dans l’exercice des fonctions. L’impression couve le regret voire le mécontentement dans d’importantes couches de la population.
Les travailleurs, nombreux, se plaignent du retard dans leurs rémunérations ainsi que du non-paiement des arriérés. Aussi bien les cadres que les commis ordinaires se lamentent du non versement du budget de leurs services. Les bureaux, vétustes, poussiéreux et crasseux, rappellent une autre époque. Les jeunes gens, rêvant de facilités scolaires et d’opportunités d’études, révisent leurs leçons le soir sous les lampadaires dans les rues, tandis que leurs camarades avides de facilités sportives jouent au ballon sous la pluie,et tard la nuit au carrefour.
Par ailleurs, les transporteurs, les négociants et les autres opérateurs économiques déplorent le banditisme. Ils se plaignent de l’insécurité quotidienne dans laquelle ils exercent leurs professions. Ils méprisent les précepteurs et autres agents vénaux du service des impôts. De plus, ils se plaignent du ralentissement des affaires, de la cherté des denrées, surtout au mois Ramadan, ainsi que de la peur d’investir dans les projets, étatiques ou privés.
Pire, les fournisseurs grossistes dénoncent un système de concurrence malhonnête et déloyale qui, comme une pandémie, se propage de ministères à ministères et suce les caisses aussi bien du gouvernement que du privé (les opérateurs auscultent les pulses de l’État à l’instar d’un médecin généraliste).
D’après les businessmen, opérerait un genre de réseau de maffia qui,du trésor et des finances,s’entrelace avec les agences administratives et bancaires et renfloue les comptes individuels des membres du chaînon. En d’autres termes, les bureaucrates ont établides sociétés fictives de toutes sortes dont le but est d’entrer en compétition dans les appels d’offres et de remporter les contrats juteux,en leurs doubles qualités de «soumetteurs d’offres » et d’adjudicateurs de contrats. Devant un tel faux-semblant que faire?

Les bureaucrates s’érigent ainsi en patrons de l’économie avec un genre de vie époustouflant. Le processus, synonyme de corruption à grande échelle, annonce une ploutocratie dont l’existence affaiblit le privé. Cette corruption outrancière ternit le nom de la Guinée sur le marché des investissements et des finances et dans les institutions dits de Bretton-Woods.

Dans un contexte international de plus en plus sombre, le non-retour des sociétés minières et des autres partenaires du développement sème le désarroi dans le pays, des propriétaires fonciers aux marchandes de fruits et d’agrumes. En somme, la croissance et l’amélioration se font toujours attendre, à la manière un tant soit peu picaresque de Godot. L’économie freine, en conséquence. Rien ne marche excepté le trafic des biens ou de l’influence, le détournement et la corruption.

Nombreux les électeurs s’interrogent ainsi sur le leadership du Président dans les «affaires qui importent réellement». On doute de son pouvoir et de son autorité sur les membres de son gouvernement.Selon l’opinion de la rue, «ceux-ci font ce qu’ils veulent », l’Exécutif n’appliquant pas de sanctions.Car, les transgressions et l’impunité pullulent là où il n’y a pas de punitions. Cela fait partie des causes de la déception. Doit-on l’imputer à l’âge ? Non. La qualité de leader ne se juge pas par le vieillissement, écrivait en 1958 François Mauriac. Elle ne repose pas non plus sur des actions ou réactions intempestives. Elle dépend de la réflexion.

Les progrès promis lors des campagnes électorales précédentes sont-ils devenus des chimères, s’interrogent les Guinéens ? Le chômage persiste. Avec la fin prochaine de l’année scolaire, la crise de l’emploi va même à la hausse, au grand dam des parents d’élèves qui, faute de mieux, affluent encore vers la multitude d’établissements à prétention d’université dont le but apparent consiste, pour le moment, à inscrire des boursiers de l’Etat et à percevoir les indemnités d’inscription. La confiance se dissipe. La popularité et la réputation du Président s’effritent en conséquence.

Clairement, le Second mandat piétine. La démocratie libérale donnerait-elle des raisins amers ? Il est sans doute prématuré de porter un jugement définitif sur le régime du Président Alpha Condé ou le bastion de son électorat.

Un nouveau contexte après les propos du 28 mai?

Les propos que le Président a tenus au siège de son parti le 28 mai 2016 ont créé, pour dire le moindre, le doute et la lassitude.Dans cette sortie oratoire plutôt surprenante, et sans doute malvenue, il traita «les cadres malinkés comme les plus malhonnêtes». Il fit des Bagas et des Guerzés les pionniers bâtisseurs du RPG, méconnaissant ainsi la très longue tradition d’engagement militant et de lutte courageuse des gens de la Haute-Guinée pour son parti sous le régime du général LansanaConté. Ces propos rimaient à se mettre la main dans les yeux et à scier la branche sur laquelle il s’assoit.

Pourquoi le Président Alpha Condé réinventerait-il l’histoire ? Pourquoi éprouva-t-il le besoin de prononcer ce discours,et en outre vitriolique ? De telles proclamations ne faisaient honneur ni au vétéran de l’activisme sagace et clairvoyant, ni au Chef d’État dont la mission est de rassembler les citoyens d’une nation qui se remet des soubresauts du tribalisme aveugle. Pourtant l’unité nationale guinéenne est un fait historique indiscutable dont le leader du RPG-Arc-en-ciel est très conscient et fier.

Suite aux propos du 28 mai, les députés Diawara et Savané de Siguiri et Kaba de Kankan, dans une lettre commune, se démarquèrent du Président. La tension s‘éleva cette semaine en Haute-Guinée,quand des agents du parti enregistrèrent une conversation du député Kaba, en secret, à son domicile et à son insu. Ce genre de Watergate sur les bords du Milo causa le tollé. Par bonheur, un semblant de volonté de réconciliation,réapparut,grâce à l’intervention du Conseil des sages du Mandé et d’autres gens de bonne foi.

Mais, le Bureau politique national du RPG, dans un geste que d’aucuns trouvèrent prématuré et excessif avait pris la décision d’exclure les trois députés de son sein à l’Assemblée nationale. Qui l’eût cru ! Clairement le Bureau politique ignorait ou même mésestimait les règles de la pratique de la démocratie libérale. Or, ces principes affirment et soutiennent le droit des membres de critiquer les décisions de leur leader. Le parlementarisme, à la différence du centralisme démocratique, ne tolère ni le culte du chef, ni l’ostracisme, moins encore l’intolérance;il réaffirme les libertés et les droits. Une méconnaissance aussi criarde de l’histoire du pays par le RPG fut surprenante. Pourtant l’ère du parti unique avait bel et bien disparu de la scène guinéenne.

Je vais maintenant clore mes impressions de voyage. Les propos anti-malinkés d’Alpha Condé étaient probablement fortuits et donc regrettables. Les réactions des députés sont également pardonnables,comme je l’ai dit dans plus d’une émission radiophonique. Tout cet épisode représentait sans doute une erreur et une diversion en cette phase critique du second mandat. Mais, à quelque chose malheur est bon, dit l’adage. Désormais, chacun, le Président et l’électorat, sait comment et où se tenir. La porte de l’après Alpha s’ouvre-t-elle ainsi ? Qui sait ?

Il est certain que le Président s’est lui-même heurté. Il a peut-être heurté aussi les chances pour son fils, si les rumeurs d’une succession à la Eyadema ou à la Bongo qui circulent dans certains milieux de Conakry sont concevables. Les réactions des trois députés dénotaient, cependant, le courage ainsi que le patriotisme, vertus cardinales dans un Etat démocratique moderne fondé sur les valeurs de liberté, de tolérance et de décence.
Désormais l’incertitude plane dans le firmament politique guinéen. Aucune formation n’en est épargnée, aussi bien celles de la mouvance présidentielle que celles de l’opposition. Divers courants et penchants vont s’affronter, avec des personnages certes intéressants, mais dont le passé et les programmes seront à évaluer objectivement. Pour l’auteur,ces notes d’un retour en Guinée comportent quelque chose d’un pèlerinage. Elles sont donc importantes.
De par la splendeur du paysage naturel et humain, le voyage m’a enrichi et revigoré d’énergie vivifiante. En cela, je remercie Boubacar Barry et sa famille. La compagnie du Professeur Djibril Tamsir Niane, de l’ambassadeur Lamine Kamara alias Capi, du Dr. Malhadho Baldé et du Dr. Ibrahima Kalil Kouyaté à Timbo donna à l’événement un cachet particulier. Car, en ce jour, la sainteté, en l’occurrence celle de Karammo Ibrahima, se manifesta sous forme de pluie qui, du ciel, arrosa les manifestants et apaisa les troubles. Ce fait débouchait, comme dans un miracle, sur les problèmes des vivants, c’est à -dire de ceux auxquels l’histoire a la vocation de parler.

En conclusion, le retard que le pays a pris, certes crée la tristesse et l’inquiétude. Comme il n’y a aucune justification aux problèmes, il nous faut recourir à l’optimisme. Cette vertu qui est toute différente du fatalisme doit l’emporter, d’autant plus que l’ombre des grandes figures spirituelles d’antan, et de toutes les régions, plane sur le pays. Ces ombres régénératrices, inciteront, c’est une prière,les vivants et les générations futures à exploiter et à développer une source existante de miracle, le riche sous-sol guinéen. L’État peut et doit s’armer de volonté de réformes fortes pour faire mouvoir les enfants du pays, tous ensemble et d’un sursaut commun, pour le développement de ces ressources en un avenir commun prochain dans la dignité.

Par Lansiné Kaba, Ph. D.
Thomas W.Kerr Distinguished Professor of History
Carnegie Mellon University in Qatar
Doha, State of Qatar

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