Journée internationale de la femme : «Je demande aux femmes guinéennes de prendre l’exemple sur les Amazones» (Sous-Lieutenant Yaya Kouyaté, Amazones de Guinée)

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Conakry-Guinée : Tout premier orchestre féminin d’Afrique, les Amazones ont bercé le monde culturel en 1961. Le groupe essentiellement composé de femmes musiciens gendarme a été pour les femmes africaines la première référence du continent et le socle de l’émancipation de la femme africaine. Dans un entretien que la cheffe d’orchestre Yaya Kouyaté nous a accordé à la veille de la journée internationale de la femme au Camp Camayenne, elle invite les femmes guinéennes à se battre corps et âmes en prenant exemple sur les amazones qui ont réalisés un grand exploit, mais surtout au développement du pays et de la couche féminine.

A l’entame de cet entretien, la cheffe d’orchestre est revenue sur l’histoire des Amazones : « Depuis 1961, les amazones ont prouvé au monde entier tout ce que l’homme est capable de faire sur la chaîne politique, économique et culturelle, elles l’ont symbolisé. Elles ont été le socle de l’émancipation de la femme à l’époque où les instruments étaient réservés que pour les hommes. Elles ont pratiqué ces instruments sans complexe au fil du temps, elles ont reçu à apporter une contribution non négligeable à la nation guinéenne, à l’accession de l’indépendance, le pays était pauvre en fonctionnaire quand les anciens maîtres sont partis avec tout, il a fallu que le feu président Ahmed Sékou Touré utilise les Amazones dans les concerts, dont les recettes servaient les frais de formations de nos cadres, elles se sont saignées pour soutenir cette nation en tant que femme ».

La cheffe d’orchestre du groupe a rendu Hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour former cet orchestre. « Je vais citer ici le nom de feu Fodéba Keita, ancien ministre de la Défense et le feu président Ahmed Sékou Touré qui ont cru à la culture guinéenne, à la femme guinéenne et à l’armée guinéenne. Parce que les Amazones possèdent en elles ces trois entités : musiciennes femmes et militaires. Il y a d’autres qui nous ont fauché compagnie, la mort les a séparés de cet orchestre et d’autres, la retraite. Donc, nos pensées vont à ses pionnières qui ont permis  à ce que cet orchestre soit sur une scène aujourd’hui ».

Coté difficultés les amazones ont connu paradoxalement une période de turbulence : « Vous savez qu’elles ont été créés sous un régime civil après un régime miliaire est venu qui a mis tout à terre sur le plan culturel de 1984 jusqu’en 2005. Elles ont connu une vie difficile, mais elles étaient toujours accrochées à leurs instruments parce qu’elles étaient passionnées, mais c’est en 2005 que les bonnes volontés sont venus en aide pour apporter leur grain de sel pour ne pas que l’orchestre tombe, notamment en la personne d’un jeune promoteur manager, Moussa Moise Diabaté qui est présentement toujours manager de l’orchestre avec le soutien de feu Ibrahima  Sylla de Syllart production qui ont fait que les Amazones se sont relevées de leurs cendres. Elles étaient complètement grillées malgré que c’est l’armée qui dirigeait, mais c’est au temps de l’armée qu’elles ont été grillées. A travers Syllart Production, elles ont repris la scène internationale, elles ont fait une tournée africaine et européenne jusqu’à l’arrivée du Général Baldé qui était en Haïti en mission. Dès après sa nomination comme chef d’état-major de la gendarmerie, il nous a montré que les Amazones l’appartient et qui avait marqué son enfance, c’est comme pour dire qu’on peut compter sur lui. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées n’eut été son soutien moral, militaire et financier, on n’allait pas être ici. Donc, à travers lui, nous remercions toutes les forces de sécurités qui ne ménagent aucun effort pour ce qui concerne les Amazones ».

Parlant de la structure de l’orchestre, les Amazones sont structurées comme suit : « Il y a la section cuivre, la section guitare, la section rythmique, la section vocale. Par rapport à la direction, le Sous-lieutenant Yaya Kouyaté, guitariste-soliste, est cheffe d’orchestre des Amazones de Guinée. Il y a un encadreur technique qui s’occupe de tout ce qui est apprentissage musicalement  et couronné par un manager qui est Moussa Moise Diabaté ».

Le sous-lieutenant Yaya Kouyaté rappelle qu’elle a été intégrer l’armée à cause de sa guitare uniquement en 2008. « Moi, j’ai fait 8 ans derrière les Amazones avant d’être intégré au sein du groupe. Finalement, ce sont eux qui sont venus me chercher lorsque Maman Gnépou vivait, elle a été la première guitariste féminin de toute l’Afrique, mais en ce temps elle était déjà à la retraite. Donc, l’armée cherchait quelqu’un pour la remplacer, c’est ainsi on m’a vu derrière Maman Gnépou, paix à son âme, qu’on m’a approché ».

Pour ce qui concernant cette journée internationale des femmes, elle souligne : « Nous étions sur les préparatifs, mais fort malheureusement, on nous a informé qu’il n’y a pas de regroupement à cause de la pandémie qui sévit dans le monde ».

La cheffe d’orchestre des Amazones a prodigué des conseils à l’endroit des femmes qui ne font rien comme activité en dehors des travaux ménagères. « Je conseille mes petites sœurs, mes filles, nos mamans, c’est de n’est se laisser faire, c’est de se battre comme les hommes le font et de mettre en tête que tout ce que tu veux, Dieu le veut. Nous avons demandé de l’égalité, cela ne se gagne pas en restant à la maison pour cuisiner seulement où prendre son sac et aller se promener de bureau en bureau. Elles n’ont qu’à se battre corps et âme pour chercher l’égalité-là ».

Abordant comment elle concilie le service et le foyer, la soliste répond : « Le matin, je prépare ma maison après je viens pour faire ma répétition, ensuite je vais au haut commandement de la gendarmerie, je suis conseillé. Je gère tout ce qui est culture et sport, donc nous avons j’ai des responsabilités, tout ce qu’on matérialise après on met sur papier ».

Par rapport au mode vestimentaire que font certaines de nos sœurs et filles, elle demande à aux mamans de veiller beaucoup sur le style vestimentaire qui sont devenus facteurs de provocations que subissent les jeunes filles de nos jours. «C’est là où j’interpelle nos mamans, nos sœurs à ce qu’elles s’investissent  dans l’éducation des enfants. Si vous voyez aujourd’hui le viol est beaucoup fréquent, c’est lié à plusieurs facteurs. Si nous prenons le  mode vestimentaire extravagante des femmes en est une illustration. La femme est sacrée, quand le corps est dehors, l’homme résiste difficilement. Donc, il faut beaucoup veiller sur le  style vestimentaire, car c’est le départ de l’éducation. La femme africaine doit correctement s’habiller ».

Enfin, le sous-lieutenant Yaya Kouyaté invite les femmes à se lever afin d’exercer une activité. Parce que tout ce que l’homme peut faire, la femme peut également le faire. « Le message que j’ai  pour les femmes, c’est d’interpeller nos sœurs, nos filles de se lever, de prendre les Amazones  comme une référence pour tout ce qui concerne l’autonomisation de la femme et tout ce qui est soutien à la nation dans tous les domaines,  que ce soit être  mécanicienne, chauffeur, couturière, politicienne, commerçante, tout ce tu fais, réfères-toi aux Amazones de Guinée. Il y a plus de 60 ans, elles ont prouvé au monde qu’elles peuvent faire ce que les hommes font », conclut-elle.

Propos recueillis par

Saraf Dine Condé